
Désormais, la colère du monde agricole toque à la porte de sa ministre Annie Genevard. 150 paysans venus de toute la France, dont une importante délégation des Drom, se sont retrouvés mercredi 14 janvier pour envahir un bâtiment du Ministère de l’agriculture à Paris. Entre ras-le-bol de l’hégémonie productiviste et revendications anti-coloniales, les militants de la Confédération paysanne n’ont pas échappé à la répression policière. 52 d’entre eux ont été placés en garde-à-vue avant d’être libérés jeudi 15 janvier.
Par Arthur BESNARD.
Ce mercredi 14 janvier, la colère paysanne est arrivée jusqu’au ministère de l’agriculture. Près de la rue de Varenne, c’est une centaine de manifestants de la Confédération paysanne qui a déferlé dans le bâtiment de l’Etat pour alerter la ministre Annie Genevard. À la base de la colère, la gestion de l’épizootie de dermatose nodulaire, qui impose l’abattage total d’un troupeau pour une seule bête contaminée, décimant les cheptels et le moral des paysans. Il s’agissait aussi de dénoncer la signature du très asymétrique traité du Mercosur, rappelant que le texte doit encore être signé au Parlement européen.
Ça n’est en tout cas pas la loi d’urgence de Sébastien Lecornu qui apaisera la situation. « On nous sort des sparadraps dans tous les sens » précise la porte-parole de la confédération paysanne Fanny Métrat, qui dénonce une loi qui « va dans le sens de la loi Duplomb » sans « rien dire sur les revenus ».
Pour l’éleveuse ardéchoise, le texte reprend « la liste de courses d’Arnaud Rousseau », le président de la FNSEA, céréalier industriel. Les paysans redoutent un texte rempli de dérégulation, à la botte d’une agro-industrie qui veut lever des barrières sur l’accaparement de l’eau ou la pollution aux nitrates. Sur des cartons, les militants ont inscrit plusieurs noms, dont celui du syndicat productiviste, à côté de groupes agro-industriels comme Tereos ou Lactalis, tous montrés du doigt pour leur emprise sur la politique agricole nationale.
Garde à vue à la conf’, tapis rouge à la FNSEA
En plus de mesures à l’avantage de l’agro-industrie, la Confédération paysanne n’a de cesse de dénoncer un « deux poids, deux mesures » dans la répression, après la garde à vue accompagnée de placages au sol vendredi 9 janvier suite à une tentative de blocage du périphérique parisien.
Elle en a fait de nouveau l’expérience avec cette nouvelle mobilisation mercredi 14 janvier. 150 paysans venus de toute la France, dont une importante délégation des Drom, ont envahi pacifiquement un bâtiment du Ministère de l’agriculture à Paris. Si cette fois plusieurs dizaines de manifestants ont été vite évacués par la police, une autre partie a été nassée par les forces de l’ordre pendant plusieurs heures, les embarquant au compte-goutte.
Bilan : 52 gardes à vues parmi lesquelles les trois porte-parole nationaux du syndicat ainsi que le président de la chambre d’agriculture de Guyane Jean-Yves Tarcy. Dans la foulée, la Confédération paysanne a appelé à un rassemblement devant le commissariat du XVIIIe arrondissement, dans le nord de Paris, pour protester contre le « mépris constant » du gouvernement envers les paysans. La quasi-totalité des militants ont été libérés sans poursuites le lendemain, en milieu de journée ce jeudi 15 janvier.
« Les mensonges sur de prétendues ”dégradations” des locaux de la DGPE ou de ”saccage”, assénés en boucle auprès de parlementaires et de journalistes depuis hier soir, relèvent de la diffamation », a réagit le syndicat dans un communiqué après la libération de ses militants. « Le combat de la Confédération paysanne ne fera que se renforcer face à la criminalisation systématique de ses actions », promet-il.
Le contraste saute aux yeux, quand la FNSEA et ses 350 tracteurs avaient droit à un « tapis rouge » loin de toute répression policière la veille, le 13 janvier, pour un rassemblement devant l’Assemblée nationale.
Si pour le porte-parole de la Confédération paysanne Stéphane Galais, le gouvernement est « en train de faire crever l’agriculture », le problème dépasse bien les frontières de l’hexagone. « La lutte est commune, et même mondiale » au sein de la paysannerie, précise Glaucus Gratien, président d’un syndicat affilié à la Confédération paysanne en Martinique, lors du rassemblement avant que la police ne procède aux arrestations.
Très active dans les DROM-COM, la « conf » est à la tête des chambres d’agriculture de Guyane, et candidate à sa réélection à Mayotte. Elue du syndicat à la chambre d’agriculture de Guyane, Irina Dorilas rappelle sa précarité face aux accords avec les pays du Mercosur, voisins bien plus laxiste autant dans les pesticides que dans la taille de ses fermes : « Il n’y a qu’une rivière qui nous sépare, on n’a que des petits paysans, et le Brésil c’est monstrueux ».
5 familles qui touchent cette aide
Ce sont notamment les subventions POSEI, spécifiques à l’outre-mer, qui sont dénoncées. « C’est les mêmes 5 familles qui touchent cette aide, il faut répartir le POSEI pour toute la population, c’est un système d’esclavage moderne » rappelle Glaucus Gratien à propos de la situation dans les Antilles. Venue aussi de Guadeloupe ou de la Réunion pour cette mobilisation, toute la foule dénonce la mainmise de ces familles de « békés », héritières des profits ensanglantés de l’esclavage, sur l’agriculture antillaise. Entre slogans en créole et chants de la campagne hexagonale, les paysans ont pu se motiver entre eux, fermes sur leur volonté de « continuer la mobilisation ».
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