
Frédéric Dubrana et Dominique Le Nen, spécialisés dans la chirurgie orthopédique à Brest (Finistère), vont à l’étranger plusieurs fois par an pour former des praticiens. Les deux médecins de 65 et 69 ans reviennent d’une mission dans la capitale de Madagascar. Ils posent des prothèses à ceux qui ne peuvent se les payer.
Par Lucile VANWEYDEVELDT
« C’est l’un des pays les plus pauvres au monde. On a passé dix jours à Madagascar, en septembre, pour aider à poser treize prothèses à des personnes en situation de handicap. Notre but, c’est de transmettre des techniques aux médecins sur place pour qu’ils prennent le relais. » Frédéric Dubrana, chef de service d’orthopédie au CHU de Brest (Finistère) est l’une des chevilles ouvrières de l’association humanitaire Othopeadics without borders (OWB).
Avec son ami Dominique Le Nen, également chirurgien à la retraite, professeur à la faculté, ils sont partis aider les praticiens de l’hôpital public malgache à exercer leur métier. « Le prix d’une prothèse est d’environ 2 500 € et le salaire médian à Madagascar est de 23 €, précise-t-il. On comprend pourquoi cette chirurgie n’est pas pratiquée couramment là-bas. D’où l’importance de ce compagnonnage. On a soigné en priorité des jeunes âgés de 18 à 30 ans qui ont bénéficié de prothèses de hanche ou du genou. »
Une cinquantaine de prothèses posées chaque année
Les deux médecins sont partis avec une équipe réduite et soudée. Thomas Williams, un jeune chirurgien du CHU ; Maëlys Thépaut, interne et Marie-Annick Jacq, infirmière instrumentiste étaient du voyage. « Ce qui est intéressant, c’est l’échange et le partage d’expérience avec les équipes locales, ajoute Dominique Le Nen. La population, en demande, est très reconnaissante. C’est ça qui nous motive. »
Au-delà du temps et de l’énergie dépensée, les deux hommes sont mobilisés pour aller chercher des financements à l’international pour financer ces programmes. « Cela permet d’effectuer plusieurs missions dans l’année à Madagascar mais également au Cambodge et au Laos. Grâce à l’association OWB, on pose une cinquantaine de prothèses chaque année avec les médecins locaux. En Asie, cette chirurgie orthopédique a fait de gros progrès depuis quinze ans que ces échanges existent. C’est moins le cas à Madagascar où l’hôpital public est en déshérence depuis dix ans. On constate d’ailleurs une fuite des chirurgiens qui quittent le pays pour travailler ailleurs. » Une centaine de chirurgiens malgaches exercent en France. Deux sont en cours de formation au CHU Brest-Carhaix.
Vingt-huit missions à Gaza
Dominique Le Nen, spécialiste de la main, est également médecin humanitaire depuis une vingtaine d’années. « J’allais deux fois par an en Palestine quand on pouvait encore s’y rendre. Je me trouvais d’ailleurs à l’aéroport de Tel-Aviv au matin du 7 octobre 2023, jour de l’attaque terroriste perpétrée par le Hamas, témoigne-t-il. J’étais prêt à embarquer après avoir accompli une mission chirurgicale en Cisjordanie. » Lui et le reste de l’équipe humanitaire ont pu décoller de justesse. Ce n’est qu’à leur arrivée en France qu’ils ont réalisé l’ampleur du drame.
Mais pourquoi soigner en dehors des frontières françaises ? « C’est mon service militaire au Bénin qui m’a donné cette fibre humanitaire, informe Dominique Le Nen. En 2000, j’ai démarré les missions à Gaza. J’en ai effectué vingt-huit au total. » Frédéric Dubrana évoque, lui aussi, le service militaire comme déclencheur : « Seize mois en Tunisie, ça marque. J’ai appris que soigner, c’est aimer les gens. Et vous ne pouvez pas imaginer tout ce que l’on reçoit en retour. C’est donnant donnant. On revient si riche. »
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