
© Franck CRUSIAUX/REA
Timothée Durand, candidat déclaré à la reprise de la verrerie du Pas-de-Calais en redressement judiciaire, a reçu les syndicats de l’entreprise. Ses confidences laisseraient craindre jusqu’à 900 suppressions de postes, sur les 3 500 actuels.
Par Ludovic FINEZ.
Arques (Pas-de-Calais), correspondance particulière.
Au début des années 2000, la verrerie Arc, dans la commune quasiment homonyme d’Arques, près de Saint-Omer (Pas-de-Calais), comptait 12 000 salariés. Ils sont aujourd’hui 3 500. Et combien demain ?
Après le coup de massue, le 7 janvier, du placement en redressement judiciaire d’Arc France, l’avenir inquiète dans ce bassin qui a vu disparaître plus de 300 emplois ces derniers mois, avec la liquidation de la cartonnerie RDM et de la papeterie Wizpaper.
Dès le 7 janvier, Nick Hodler, directeur général d’Arc France, annonce qu’« un projet de reprise sera présenté par Timothée Durand », membre de la direction de l’entreprise jusqu’en 2024, petit-fils de Jacques Durand, l’emblématique patron de la verrerie disparu en 1997. Patrick Puy, président du directoire d’Arc International entre 2013 et 2015, est également sur les rangs.
Ces derniers jours, Timothée Durand a rencontré à plusieurs reprises les syndicats de l’entreprise. Son offre, qui doit être déposée avant le 28 janvier au tribunal de commerce de Lille, serait financée à hauteur d’une cinquantaine de millions d’euros par Matthieu Leclercq, fils du fondateur de Decathlon, qui a lui-même dirigé l’enseigne d’articles de sport de 2012 à 2018.
Selon nos informations, Timothée Durand aurait présenté aux syndicats des ratios entre niveau de production et nombre de salariés qui pourraient faire craindre 900 suppressions de postes1, uniquement pour les emplois directs. En comptant les sous-traitants, « peut-être y aura-t-il demain 1 500 ou 2 000 personnes à France Travail ? », interroge Pascal Poly, délégué CFDT chez Arc France.
Un « pacte social » comme préalable à la reprise ?
Timothée Durand aurait également posé comme préalable à son offre un engagement des syndicats à signer, une fois la reprise actée, un « pacte social » comprenant des mesures de « flexibilité », « mobilité » et « polyvalence ». Le prélude à une annualisation du temps de travail ? Au passage régulier d’un poste de travail à un autre, en fonction des besoins ?
« La grande idée, c’est de se passer complètement des intérimaires », prédit Frédéric Specque, délégué CGT à la verrerie. Bastien Vasseur, délégué SUD, très remonté contre ce « pacte social », estime que le nombre d’intérimaires est monté jusqu’à 500 et qu’il est aujourd’hui d’environ 200.
Le pacte social comprendrait aussi des objectifs de « transmission des compétences » et de « dialogue professionnel », sans plus de précisions. Inès Meftah-Hegedus, avocate du syndicat SUD d’Arc, se demande si ce « pacte » prendra la forme d’un accord de performance collective (APC). Auquel cas, « un APC s’impose au contrat de travail », et si « le salarié refuse, il sera licencié », assure-t-elle.
« Annulation de la dette » de l’État et des collectivités
L’autre crainte, c’est le contenu du plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) pour les salariés licenciés. Sera-t-il au ras des pâquerettes, car intervenant en période de redressement judiciaire et donc financé par le seul régime de garantie des salaires ?
Le 8 janvier, le préfet du Pas-de-Calais, François-Xavier Lauch, a reçu les syndicats et les élus locaux pour tenter de les rassurer. « L’État sera présent sur le volet social », assure-t-il alors à l’Humanité. Il ajoute que France Travail identifie « 1 200 offres d’emplois disponibles dans les vingt kilomètres autour d’Arques ». Quant aux conditions de reprise de l’usine, il avance une « annulation de la dette » contractée par Arc auprès « de l’État et des collectivités ».
À l’arrivée en 2015 de l’actuel actionnaire américain Dick Cashin, la verrerie a en effet bénéficié d’un prêt d’État de 48,5 millions d’euros, intégralement remboursé selon un porte-parole de l’entreprise. Mais, depuis, beaucoup d’autres ont suivi. Le même porte-parole évoque 195 millions d’euros depuis 2019.
La Communauté d’agglomération du pays de Saint-Omer et la région Hauts-de-France ont également mis la main à la poche. Ces prêts ont « participé au fonctionnement global de l’entreprise : factures d’énergie, paiement des salaires, maintenance, recherche et développement, investissement… » nous confie la même source.
La direction cherche à corriger l’image d’une entreprise perfusée aux fonds publics, en assurant que les actionnaires ont, de leur côté, apporté 290 millions d’euros en dix ans, dont 260 millions d’euros pour Dick Cashin. Le reste a été versé en 2025 par les deux derniers arrivés, Pascal Cagni et Patrick Molis. Emportés par le redressement judiciaire et la cession probable, ils ne seront pas restés longtemps chez Arc.
- Contacté par l’Humanité, Timothée Durand n’a pas donné suite au moment d’écrire ces lignes. ↩︎
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