Séisme au Venezuela : l’aide pas si désintéressée de l’Oncle Sam (OF.fr-28/06/26)

Des officiers américains conduisent une évaluation avec leurs homologues vénézuéliens le 26 juin sur l’aéroport international Simon-Bolivar. | U.S. SOUTHERN COMMAND

Washington a massivement répondu aux appels à l’aide lancés par les autorités de Caracas après la meurtrière catastrophe qui a frappé le pays. L’aide US mérite toutefois d’être décryptée.

Par Philippe CHAPLEAU

On ne reprochera pas aux autorités américaines d’avoir traîné pour envoyer au Venezuela équipes spécialisées, moyens aériens et vivres. Depuis jeudi et le séisme qui a fait au moins 1 430 morts et plus de 50 000 disparus, Washington est en pointe de l’aide. Après un état des lieux conduit par des militaires américains et vénézuéliens, une piste de l’aéroport de Caracas a été rouverte en priorité samedi et accueille désormais de multiples aéronefs, dont des avions-cargos américains transportant de l’aide humanitaire et des équipes spécialisées dans le SAR (search and rescue). Trois jours après le double séisme qui a frappé le Venezuela, cette ouverture et l’arrivée des équipes de sauveteurs spécialisés vont permettre la montée en puissance d’une vaste opération de secours.

L’administration Trump, et en particulier le Département d’État (DoS) et le Département de la Guerre (DoW), a déployé une unité d’intervention sur les théâtres de catastrophe (une DART, pour Disaster Assistance Response Team) composée de plus de 250 personnes.

Ce DART inclut trois équipes spécialisées dans la recherche et le sauvetage en milieu urbain qui effectuent depuis leur arrivée au Venezuela des opérations cruciales de sauvetage.

La première équipe vient du comté de Miami-Dade, en Floride ; il s’agit de la Florida Task Force One (FLTF-1) forte de 80 sauveteurs et de six équipes cynophiles qui est déployée depuis vendredi.

Des aviateurs US et du personnel de l’USA-2 sur la base de March chargent du matériel de secours destiné aux victimes du séisme. | 452ND AIR MOBILITY WING

Une équipe des pompiers du comté de Los Angeles (LA County Fire Dept), connue sous le nom d’USA-2, a été mobilisée par le Département d’État (DoS) et déployée le 25 juin. Elle est composée de 71 membres, avec six équipes cynophiles et transporte 38 tonnes de matériel.

Elle a rejoint une autre équipe américaine venant, elle, du service d’incendie du comté de Fairfax (Virginie), USA-1, qui apporte aussi son aide en matière de recherche, de sauvetage. L’équipe USA-1 regroupe 79 personnes et 6 équipes cynophiles. Ces deux équipes ont rejoint le Venezuela à bord d’un C-17 Globemaster III de l’US Air Force.

La Task Force 1 venant de Virgine à bord d’un C-17 Globemaster III, le 26 juin. | AIR MOBILITY COMMAND

Cette opération américaine a été confiée au Commandement Sud (le SOUTHCOM) pour garantir un soutien opérationnel rapide et continu, en particulier dans le domaine aérien. Ce soutien comprend des avions-cargos C-17 de l’US Air Force transportant les équipes de recherche et de sauvetage en milieu urbain et du matériel de manutention vers Caracas, des MV-22 Osprey de l’US Marine Corps effectuant des évaluations des aérodromes à proximité de l’épicentre du séisme, des hélicoptères CH-47 Chinook de l’US Army déployés depuis le Honduras pour transporter du personnel et du matériel, deux bâtiments de l’US Navy l’USS Fort Lauderdale et l’USS Billings fournissant un soutien naval depuis les eaux proches du Venezuela et des images satellites de l’US Space Force permettant d’évaluer les dégâts et de prioriser les efforts d’aide.

Des engins amphibies de la Littoral Combat Force-24, du Corps des Marines dans le port de La Guaira le 27 juin. | 24TH MARINE EXPEDITIONARY UNIT

Le Venezuela, en plein hémisphère Ouest

Il faut donc se féliciter de la solidarité affichée par Washington et de sa réactivité, qu’on ne peut pas toutefois qualifier de totalement désintéressées.

L’hémisphère Ouest (appellation qui ne s’applique plus géographiquement à l’Ouest, celui de la Guerre froide et de l’après-chute du Mur de Berlin), et dont le Venezuela fait partie, est désormais sous le parapluie militaire américain. Sa création ne s’inscrit ni dans un simple redécoupage territorial et ni dans une refonte des strates hiérarchiques aux plus hauts niveaux du Pentagone.

Elle s’inscrit dans le droit fil de la très récente Stratégie de sécurité nationale dévoilée en novembre dernier par le président Trump. A 14 reprises dans ce document diffusé en décembre 2025 figurent les termes Western Hemisphere, signe tangible de cette restructuration géopolitique et organisationnelle en cours. Il s’agit donc bien d’un corollaire Trump à la doctrine Monroe ; ce corollaire réorganise les théâtres d’opérations militaires autour de trois menaces dans l’hémisphère occidental : les migrations, le trafic de drogue et la criminalité, et la Chine.

La stratégie de sécurité nationale 2025 de l’administration Trump réoriente résolument les États-Unis vers l’hémisphère occidental, affirmant de fait une présence néo-impérialiste dans la région. Or, cette conception des intérêts et du rôle des États-Unis – et le refus de s’excuser pour toute action passée du pays – alimente depuis longtemps déjà un profond ressentiment à l’égard des États-Unis.

Les États-Unis, puissance omnipotente de cet hémisphère, ne peuvent donc pas être absents de ces opérations de secours.

Par ailleurs, ces opérations doivent aussi faire oublier la baisse significative, voire tragique pour certains pays, des aides US à l’international. La neutralisation, pour des raisons budgétaires officiellement, de l’US Aid, l’agence chargée de l’assistance aux pays émergents ou dans le besoin, a gravement entaché l’image des États-Unis. Il était temps d’inverser la tendance. Ce séisme donne à Marco Rubio, le patron de la diplomatie US, une bonne occasion de démontrer la détermination fraternelle et la réactivité puissante des USA qui annoncent des centaines de millions de dollars d’aide immédiate et des fonds encore plus considérables pour la reconstruction.

Enfin, une telle catastrophe humaine pourrait bien se doubler d’une catastrophe économique, surtout si les infrastructures pétrolières étaient affectées. Il était donc essentiel pour Washington d’établir une cartographie rapide des dégâts et d’envisager des mesures urgentes pour permettre au secteur des hydrocarbures du Venezuela de pouvoir fonctionner.

Source: https://www.ouest-france.fr/monde/venezuela/seisme-au-venezuela-laide-pas-si-desinteressee-de-loncle-sam-7126566c-72d1-11f1-a0e7-4fa27dc4c816

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