
Selon les derniers chiffres communiqués par les autorités, au moins 2 295 personnes sont mortes après le double séisme du 24 juin. Alors que les chances de retrouver des survivants s’amenuisent chaque heure, l’ONU redoute que le pays ne soit désormais frappé par des pénuries et des épidémies.
Par la rédaction de l’Huma
À un bilan humain déjà élevé, s’ajoute désormais le risque de pénuries et d’épidémies. Selon les derniers chiffres communiqués par les autorités vénézuéliennes, au moins 2 295 personnes sont mortes après le double séisme qui a frappé le pays le 24 juin. Mardi 30 juin, l’ONU s’est dite inquiète que les survivants ne manquent d’abris et de nourritures, et ne soient exposés à des épidémies.
Les séismes de magnitude 7,2 et 7,5, les plus violents ayant touché le pays sud-américain depuis plus d’un siècle, ont en outre fait au moins 11 000 blessés, selon le détail donné mardi par le président de l’Assemblée nationale, Jorge Rodriguez. Selon lui, environ 30 000 personnes se trouvaient dans la zone du port de La Guaira, la plus ravagée, au moment du double tremblement de terre. Depuis, 6 461 personnes ont été secourues mais des dizaines de milliers de personnes restent portées disparues. Elles seraient 50 000 selon l’ONU. Un drame terrible qui survient alors que le pays est déjà asphyxié par les sanctions économiques internationales impulsées par les États-Unis.
« L’accès à l’aide demeure limité »
La fenêtre fatidique des 72 heures – période au cours de laquelle des survivants sont susceptibles d’être retrouvés après un séisme – s’est achevée samedi 27 juin. Néanmoins, des secouristes jordaniens venus en renfort sont parvenus, mardi, à extraire un enfant de trois ans des décombres à Caracas.
La zone touchée par les séismes semble avoir été rasée au sol : sur la base d’images satellitaires, la Nasa estime qu’environ 58 870 bâtiments y ont été endommagés ou détruits, anéantissant au passage les services vitaux. Dans l’État de La Guaira, au nord, le plus durement touché, « les pénuries alimentaires sont généralisées, les services de base se sont effondrés et les communications sont en grande partie coupées », s’est alarmé mardi le Haut-commissariat aux réfugiés des Nations unies (HCR).
« Les tensions au sein de la population s’accroissent, alors que l’accès à l’aide demeure limité », a-t-il souligné. « De l’aide est distribuée ici, mais parfois les gens s’entretuent pour de la nourriture (…) Tout le monde se bat, comme dans un combat de coqs », a raconté à l’Agence France-Presse Daniela Armas, une vendeuse de 18 ans blessée lors des tremblements de terre. C’est dans ce chaos que le Programme alimentaire mondial (PAM) a lancé mardi un appel initial de 50 millions de dollars destiné à nourrir quelque 500 000 personnes pendant trois mois.
« Les séismes ont touché de nombreuses familles, dont certaines luttaient déjà pour se procurer des aliments de base. Maintenant, avec les moyens de subsistance détruits, les infrastructures gravement endommagées, de nombreuses familles sont menacées de sombrer encore plus dans la précarité », a expliqué Stéphanie Hochstetter, responsable de l’agence onusienne dans le pays. Selon l’ONU, début 2026, 7,9 millions de Vénézuéliens avaient déjà besoin d’aide humanitaire.
Washington a doublé son aide bilatérale
L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) redoute de voir apparaître des épidémies et s’inquiète de systèmes « inadéquats » de suivi des disparus et d’enregistrement des victimes. Les perturbations des services de santé, des réseaux d’eau et d’assainissement, combinées aux déplacements de population, pourraient favoriser des flambées « de maladies évitables par la vaccination comme la rougeole, la diphtérie et la coqueluche », a averti un porte-parole de l’OMS, Christian Lindmeier, lors d’un point de presse à Genève.
Le HCR chiffre, lui, ses besoins à environ 15 millions de dollars, notamment pour abriter temporairement 30 000 personnes sans domiciles pendant six mois. En attendant, les survivants se débrouillent comme ils peuvent, à l’image de Celix Ruiz, à Ciudad Piar (est), qui dort sur le parking d’une pharmacie : « Ici, personne ne veut aller dans un refuge. Être dans un refuge, c’est comme être dans la rue. »
Paradoxalement, après avoir kidnappé le président Nicolas Maduro au prétexte de la lutte contre le narcotrafic, Washington a doublé le montant de son aide bilatérale, atteignant désormais 300 millions de dollars, dirigés vers les ONG et les agences onusiennes. Depuis la capture de Maduro, Donald Trump s’accommode de sa remplaçante par intérim, Delcy Rodriguez, tout en s’emparant des secteurs miniers et des hydrocarbures. Son administration a par ailleurs suspendu temporairement une partie de ses sanctions contre le Venezuela.
Forte mobilisation de la communauté internationale
Dès les premiers jours après le drame, une morgue de fortune a été improvisée sur le port de La Guaira, les hôpitaux étant complètement saturés face à l’ampleur du désastre. Selon l’OMS, qui s’appuie sur les déclarations de la présidente par intérim, 38 hôpitaux ont été endommagés dans le pays et trois se trouvent actuellement dans un état critique.
« Ma famille est ici. On me dit que sa sœur et ses enfants sont là, ainsi que les enfants de mon frère », a expliqué à l’AFP Wilker Molalla dans la file d’attente pour identifier leurs corps. « Il y avait onze personnes chez moi, seuls deux d’entre nous ont survécu parce que nous étions au travail », a-t-il lâché.
Le Venezuela peut tout de même compter sur une forte mobilisation de la communauté internationale. Selon le coordinateur des Nations Unies dans le pays, Gianluca Rampolla Del Tindaro, 27 pays différents ont envoyé plus d’une quarantaine d’équipes de secours, soit « plus de 2 000 secouristes et autres personnes sur le terrain, avec plus de 160 chiens ».
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