VSS : Des manifestations pour ne pas « désintégrer la loi intégrale » (H.fr-4/07/26)

Mobilisations et manifestations dans les rues de Paris et dans 110 autres endroits en France, pour réclamer un engagement politique efficace contre les violences sexuelles. ROMAIN PERROCHEAU / AFP
« 160 000 enfants, où êtes-vous ? 160 000 enfants,

110 rassemblements se sont tenus en France pour réclamer une loi intégrale contre les violences sexuelles à l’appel de 180 organisations membres de la coalition féministe et enfantiste.

Par Kareen JANSELME

« 160 000 enfants, où êtes-vous ? 160 000 enfants, que faites-vous ? » Sous une chaleur quasi caniculaire, une foule enfantiste et féministe s’est ébranlée ce samedi 4 juillet dans les rues de Paris et dans 110 autres localités en France, pour réclamer un engagement politique efficace contre les violences sexuelles.

« Nous avons besoin d’une loi intégrale qui recense toutes les mesures sur lesquelles nous, associations qui accompagnons les victimes, travaillons depuis des années », explique Clémence Pajot, directrice générale de la Fédération nationale des CIDFF (Centres d’information sur les droits des femmes et des familles). « Nous demandons des moyens à la hauteur des enjeux pour la prévention des violences, au sein de la justice et pour le soin des victimes. »

« Ras le bol de faire des marches et de répondre à des commissions »

Comme 179 autres associations, ONG et syndicats, la FNCIDFF appartient à la coalition féministe et enfantiste pour une loi intégrale, dont le Premier ministre a assuré l’inscription à l’agenda parlementaire en octobre prochain. « Cette loi intégrale ne doit pas être désintégrée », insiste Solène Podevin-Favre, présidente de l’association Face à l’inceste, alors que le gouvernement annonce déjà ne pas pouvoir reprendre tous les articles de la proposition de loi déposée en décembre dernier.

« Nous en avons ras le bol de faire des marches et de répondre à des commissions », réagit Arnaud Gallais, de Mouv’Enfants. « Les solutions, nous les connaissons, maintenant il faut agir. On se remobilisera le 7 septembre et j’appelle les hommes à nous rejoindre ! »

Dans la foule, si les femmes sont majoritaires, de nombreux hommes leur ont emboîté le pas. C’est le cas de l’acteur Bruno Solo, présent les lundis soir devant le ministère de la Justice depuis un mois, à l’appel de cette même coalition : « De plus en plus d’hommes s’engagent dans la lutte contre les violences sexuelles, mais il faut aussi qu’ils écoutent. Ils ne doivent pas rester au bord du chemin mais monter dans le wagon. » À ses côtés, David Pelicot, fils de Gisèle et frère de Caroline Darian, l’étreint un instant.

« Darmanin, démission ! »

« Darmanin, démission ! », entend-on de plus en plus fort. À l’abri du soleil, sur le trottoir, Sarah, 33 ans, a entraîné sa nièce de 14 ans à venir manifester. Elle lui montre sa pancarte reproduisant une peinture d’Artemisia Gentileschi où Judith tranche la tête du général Holopherne : « J’ai hésité à porter cette image, mais cela parle d’agression, de viol, et ce que nous dénonçons est violent. » C’est leur première manifestation.

L’élue communiste à la mairie de Paris en charge de l’égalité femmes-hommes est aussi présente, écharpe tricolore à l’épaule. « Paris est la première ville à avoir soutenu officiellement la loi intégrale », se réjouit Barbara Gomes. « En concertation avec la coalition, nous nous sommes engagés à mettre en place à notre échelle les mesures portées par cette loi, notamment concernant la prévention et la sensibilisation. Il faut engager un rapport de force avec le gouvernement pour que cette loi soit votée. »

Plus loin dans le cortège, les féministes révolutionnaires refusent de leur côté une « énième loi » mais demandent « plus de moyens pour la prévention ». Elles ont cependant tenu à défiler aujourd’hui contre les violences de genre et enfantistes. Tout comme les députées LFI Sarah Legrain et Gabrielle Cathala. Si elles n’ont pas signé la loi transpartisane, en désaccord avec certains articles, elles soutiennent cependant sa mise à l’agenda.

« Nous voulons une réponse politique aux violences et nous voulons montrer au gouvernement notre vigilance », précise Sarah Legrain. « À l’automne, le budget sera voté et les associations vont le scruter. Il faut trois milliards pour accompagner les victimes dans leur parcours de soins, pour des formations, etc. Nous sommes là aujourd’hui pour soutenir ce mouvement social. » La pression de la rue depuis un mois semble déjà porter ses fruits.

Nouveau rendez-vous le 7 septembre

Pour la psychologue Louisadonna, du LAO Pow’Her à Bagnolet, l’effet est palpable : « Les dossiers judiciaires que je suis ont avancé d’un seul coup. Les personnes attendaient une réponse judiciaire depuis neuf ou dix ans. La réponse reçue aujourd’hui n’est pas forcément satisfaisante, mais les dossiers ont été débloqués, alors qu’ils avaient toujours été considérés comme de prétendues « urgences »… »

Les manifestants se sont donné un nouveau rendez-vous le 7 septembre. « On ne lâchera rien », assurent les organisateurs et organisatrices, déjà prêts pour une rentrée contre les violences sexuelles et « à hauteur d’enfants ».

Source: https://www.humanite.fr/feminisme/acces-a-la-justice/vss-des-manifestations-pour-ne-pas-desintegrer-la-loi-integrale

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