
Les socialistes, qui avaient décidé de ne pas voter la motion présentée par les écologistes et insoumis, ont montré leur isolement à gauche et leurs divisions internes.
Par Rachel GARRAT-VALCARCEL
Les motions de censure qui n’ont aucune chance de passer (seuls 132 députés ont voté pour) ont ce défaut : elles donnent au gouvernement et aux groupes qui le soutiennent une belle tribune pour défendre leur politique. Lundi était débattue à l’Assemblée nationale une motion de censure déposée à l’initiative du groupe Écologiste et social et cosignée par La France insoumise contre l’inaction climatique du gouvernement.
Elle a donné l’occasion aux orateurs de la droite et du centre de poursuivre le procès instruit contre les écologistes depuis les premières semaines de canicule. Il est permis de résumer leurs interventions comme suit : oui, c’est terrible ; oui, il faut faire plus ; mais c’est déjà pas mal et vous êtes pires. « Aucune censure ne baissera la température », a, avec quelques autres, lancé Agnès Pannier-Runacher, l’ancienne ministre Renaissance de la Transition écologique, niant le caractère politique de la canicule.
Devant une affluence famélique, y compris dans les rangs du groupe écologiste, Marie-Charlotte Garin, leur porte-parole à la tribune, avait prévu le coup : « Dès que nous ne sommes pas d’accord avec le gouvernement, dès que nous vous demandons des comptes, chaque ministre au micro s’offusque, nous reproche la polémique, ou pire encore… de faire de la politique. » Face aux alertes nombreuses et anciennes, « non seulement vous n’avez rien fait, mais vous avez aggravé le problème. Vous êtes coupables », a jugé la députée lyonnaise.
« Une politique violemment climaticide »
Et de détailler : « Coupables d’avoir raboté MaPrimeRénov’et cassé l’élan des rénovations thermiques, fait passer la loi Duplomb, les mégabassines, l’acétamipride… Vous avez enterré les cent milliards promis au rail. Vous avez rallumé les centrales à gaz en pleine canicule, pour compenser des réacteurs nucléaires à l’arrêt, faute d’eau pour les refroidir… »
« Ce qu’a révélé cette canicule, c’est le choix répété de traiter comme des dépenses ce qui devrait être traité comme des investissements de long terme dans la vie et la santé de nos concitoyens, comme dans la protection de notre environnement », a ajouté la communiste Soumya Bourouaha. Pour l’insoumise Anne Stambach-Terrenoir, le gouvernement mène même « une politique violemment climaticide ».
Le Parti socialiste, lui, avait décidé de ne pas voter la censure, contre la position défendue par Olivier Faure, le premier secrétaire. « Elle ne doit être animée ni par l’émotion ni par la tactique politicienne », a clamé Fabrice Barusseau, le regard vers les bancs d’une gauche parlementaire avec laquelle le PS creuse un peu plus un fossé.
« Notre responsabilité n’est pas d’ajouter de l’instabilité à l’inaction », a-t-il ajouté. Doit-on comprendre que plus aucune censure ne sera votée par le PS ? En tout cas, l’orateur socialiste a semblé faire une offre de service au gouvernement en vue du prochain débat budgétaire : « Pour faire la démonstration concrète d’une prise de conscience et d’un changement de braquet. Les socialistes seront au rendez-vous pour en juger. » Déclaration accueillie par une bronca à gauche.
Non seulement les socialistes se sont isolés à gauche mais ils ont exposé leurs divisions. Vingt députés roses ont tout de même voté la censure, y compris Olivier Faure, le premier secrétaire. Le groupe vit de moins en moins bien.
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