Sommet de l’Otan à Ankara : l’alliance divisée… Sauf sur la Russie (H.fr-6/07/26)

Le secrétaire général de l’Otan, Mark Rutte, à son arrivée à Ankara, le 6 juillet 2026, pour le sommet de l’Otan.
© Abdullah Guclu/Pool via REUTERS

Le sommet de l’organisation atlantiste se tient en Turquie mardi et mercredi. Le président des États-Unis devrait encore émettre des critiques sur les membres européens de l’Alliance. Sans surprise, le communiqué final devrait répéter, comme en 2025, que Moscou reste une « menace à long terme ».

Par Vadim KAMENKA

Ankara va accueillir mardi et mercredi, le 36e sommet de l’Alliance atlantique Nord (Otan). Membre de l’organisation militaire depuis 1952, la Turquie profite de son rôle stratégique pour se montrer de plus en plus incontournable. À proximité de l’Europe, de l’Asie et du Moyen-Orient, sa position géographique lui permet de tenir un rôle de médiateur dans divers conflits : Ukraine, Gaza, Liban, Iran, Syrie, Haut-Karabakh.

Durant deux jours, les dirigeants des 32 États membres, dont le président Donald Trump, vont discuter des défis de l’Otan et faire « le point sur les progrès accomplis depuis le sommet tenu à La Haye en 2025 ». L’an dernier, aux Pays-Bas, ils se sont engagés à porter leurs dépenses de défense à 5 % du PIB d’ici à 2035. Seul le premier ministre espagnol avait indiqué les porter à 2 %. Une somme que le chef de gouvernement a confirmé, fin avril, précisant qu’elle serait atteignable dès 2026.

Trump critique l’Europe

Cette course aux armements est bien lancée, notamment par les dirigeants européens. Un an plus tard, l’Allemagne, la Pologne, Lituanie, l’Estonie et les pays nordiques ont trouvé des marges budgétaires pour augmenter leurs dépenses. En 2014, seuls trois pays membres de l’Otan avaient franchi ce palier des 2 %.

En 2025, les dépenses militaires des pays membres de l’Otan ont augmenté de 20 % par rapport à 2024. Avec l’Allemagne qui atteint les 120,7 milliards de dollars, le Royaume-Uni (92,9 milliards), la France (68,9 milliards), l’Italie (51,2 milliards) et de la Pologne (44,4 milliards).

Mais Donald Trump continue de s’attaquer à l’Otan et ses membres européens. Le 2 juillet, sur son réseau Truth social, il a de nouveau qualifié leur engagement de « ridicule » et affirmé que les États-Unis continuent d’entretenir une relation qu’il considère comme « unilatérale ».

Encore une fois, il a menacé de réduire le rôle des États-Unis, voire de se retirer complètement de l’Alliance. « Si cela n’avait pas été organisé en Turquie par le président Erdogan, je ne pense pas que j’aurais accepté », a récemment lancé le milliardaire républicain à des journalistes présents dans le Bureau ovale.

Cette réunion de l’organisation militaire est la seconde en Turquie. La première avait eu lieu en 2004 à l’époque où Recep Tayyip Erdogan entamait son premier mandat de premier ministre. Ankara dispose désormais de la deuxième plus grande armée de l’alliance après celle des États-Unis, contrôle l’accès maritime à la mer Noire et constitue une grande partie du flanc sud de l’Otan.

Selon les derniers chiffres publiés par le Sipri (Institut international de recherche sur la paix de Stockholm), l’industrie de défense turque est classée au 11e rang mondial avec une croissance de ses exportations d’armes de 48 % en 2025. La Turquie représente désormais 1,8 % des exportations mondiales d’équipements de défense, elles ont doublé en cinq ans. D’ailleurs, un forum sur la défense se tient en marge du sommet pour permettre aux entreprises turques de présenter leurs drones et autres armes.

Les alliés se réuniront le deuxième jour pour discuter des budgets de défense et des capacités de l’industrie militaire. Mais la déclaration finale qui a déjà été approuvée par les 32 ambassadeurs de l’Otan dont le représentant des États-Unis a fuité. L’organisation doit qualifier une nouvelle fois la Russie de « menace à long terme » pour « la sécurité euro-atlantique », et que les États membres doivent fournir à l’Ukraine une aide militaire de 70 milliards d’euros par an en 2026-2027, d’entériner la hausse des dépenses de défense promise.

Des allégations pour semer l’inquiétude ?

Une « menace » qui permet de justifier encore une fois ses augmentations au détriment d’autres secteurs (santé, éducation, environnement). Le secrétaire général de l’Alliance, Mark Rutte, a de nouveau déclaré que la Russie « pourrait être prête à recourir à la force militaire contre l’Otan d’ici cinq ans ».

De son côté, le quotidien britannique The Telegraph, citant des sources de l’entourage du président polonais, évoque une alerte des États-Unis : Moscou pourrait préparer une provocation militaire de faible ampleur dans les mois à venir afin de tester l’Otan. D’autres pays, dont l’Allemagne et les pays Baltes, ont dressé les mêmes scénarios.

Depuis plus d’un an, ces annonces catastrophistes justifient une accélération sécuritaire au niveau européen. Pourtant, des évaluations réalisées par plusieurs militaires et des hauts responsables ont été clairement mis en doute ce scénario. Dans le Financial Times, début juin, le général Alexus G. Grynkewich, commandant des forces des États-Unis en Europe (EUCOM) a indiqué : « La Russie ne recherche pas le conflit. Elle comprend le terme d’alliance défensive et elle comprend que nous disposons de plusieurs avantages asymétriques. »

Autre remise en cause, celle du président finlandais, Alexander Stubb, dans le quotidien suisse Neue Zürcher Zeitung, qui s’interroge sur ces allégations qui sèment l’inquiétude car il ne croyait pas que « la Russie planifiait une attaque contre les États membres de l’Otan dans la région baltique ».

Source: https://www.humanite.fr/monde/donald-trump/sommet-de-lotan-a-ankara-lalliance-divisee-sauf-sur-la-russie

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