Loi Jeanbrun sur le logement : l’« aveuglement » du gouvernement face à la crise dénoncé par les associations (H.fr-10/07/26)

La séquence caniculaire a mis en lumière l’impréparation de l’État. Selon le CAL, le projet de loi ne comportait initialement aucune mesure spécifique sur les fortes chaleurs. © IMAGO / Pond5 Images

Après un rendez-vous avec le ministre du Logement Vincent Jeanbrun, le Collectif des associations pour le logement a alerté, jeudi 9 juillet, sur un texte jugé insuffisant face à l’urgence sociale et climatique. Expulsions, morts à la rue, hébergement saturé : les indicateurs continuent de virer au rouge.

Par Pierre CAZEMAJOR

Près de 25 000 expulsions locatives en 2025, 929 morts de la rue, 350 000 personnes sans domicile et 2,9 millions de ménages en attente d’un logement social. À l’issue d’un rendez-vous avec le ministre du logement Vincent Jeanbrun, le Collectif des associations pour le logement (CAL) a dressé, jeudi 9 juillet, un bilan sévère de l’année écoulée et du projet de loi Logement examiné au Sénat les 7 et 8 juillet.

Pour Manuel Domergue, directeur des études de la Fondation pour le logement et co-porte-parole du CAL, le texte révèle d’abord « un aveuglement idéologique » et « une méconnaissance » des réalités du mal-logement. Présenté comme un outil de relance, il ne répondrait pas aux besoins les plus urgents. « Il y a beaucoup de colères à la Fondation pour le logement », résume-t-il.

« Un arbitrage au détriment des locataires »

L’un des points les plus contestés concerne les passoires thermiques. Le projet de loi prévoit de donner un sursis aux propriétaires bailleurs pour réaliser des travaux, alors que les logements classés G sont progressivement considérés comme indécents depuis la loi Climat et résilience. Pour les associations, cette mesure risque surtout de maintenir des locataires plusieurs années de plus dans des logements dangereux pour leur santé.

« Ces logements n’étaient pas vraiment sortis du marché, c’était du fantasme », estime Manuel Domergue. Ce qui disparaît, selon lui, c’est surtout le droit du locataire à exiger de son bailleur qu’il agisse. « Ceux qui sont victimes là-dedans, ce sont les locataires. On est encore une fois sur un arbitrage au détriment des locataires », dénonce-t-il. Une inquiétude d’autant plus forte que les logements mal isolés deviennent, l’été, de véritables « bouilloires thermiques ».

La séquence caniculaire a aussi mis en lumière l’impréparation de l’État. Selon le CAL, le projet de loi ne comportait initialement aucune mesure spécifique sur les fortes chaleurs. Ce n’est qu’après les épisodes de canicule en cours que quelques dispositions ont été ajoutées. « Il y a eu une impréparation », accuse Manuel Domergue.

Les acteurs associatifs en crise

Sur le terrain, les réponses restent très insuffisantes. La Fédération des acteurs de la solidarité recense 1 101 places supplémentaires ouvertes pendant la séquence canicule jusqu’au 28 juin, souvent pour une durée très courte, en hôtel social, en halte de nuit ou en gymnase. À Paris, 400 places ont ainsi été refermées dès que les températures sont redescendues à 30 degrés, le 29 juin.

D’autant plus que, comme l’explique Nathalie Latour, directrice générale de la Fédération des acteurs de la solidarité et co-porte-parole du CAL, la crise de l’hébergement et du logement se double désormais d’une crise des acteurs associatifs eux-mêmes. « Une association de solidarité sur trois est aujourd’hui menacée de disparition », alerte-t-elle, dans un contexte où les besoins ne cessent pourtant d’augmenter et où certaines structures doivent déjà fermer des dispositifs en pleine canicule.

Source: https://www.humanite.fr/societe/canicule/loi-jeanbrun-sur-le-logement-l-aveuglement-du-gouvernement-face-a-la-crise-denonce-par-les-associations

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