
Le bilan du double séisme du 24 juin au Venezuela s’élève désormais à 3 889 morts. Les Nations unies appellent à transformer la solidarité internationale en aide durable, quand plus d’une centaine d’économistes demandent la levée des sanctions américaines. Caracas réclame le dégel de ses avoirs bloqués à l’étranger, estimés à quelque 30 milliards de dollars.
Par Luis REYGADA
Les Nations unies ont lancé mercredi un appel aux dons pour aider le Venezuela à faire face aux conséquences du double séisme du 24 juin, de magnitude 7,2 et 7,5, qui a principalement touché la zone côtière nord du pays sud-américain. Les pertes directes sont estimées à 6,7 milliards de dollars, soit 6 % du PIB du pays, tandis que le bilan humain a été révisé à la hausse et s’élève désormais à 3 889 morts, et peut-être plusieurs dizaines de milliers de disparus.
Depuis Caracas, le chef des opérations humanitaires de l’ONU, Tom Fletcher, a sollicité mercredi 296 millions de dollars de dons pour aider « 1,3 million de personnes ayant des besoins socio-économiques, pendant six mois », lors d’une réunion par vidéo avec les États membres de l’ONU.
Sanctions économiques imposées par les États-Unis
Alors que l’ONU estime à 627 millions de dollars le déficit de financement pour répondre aux besoins urgents, le responsable humanitaire a souligné que « la solidarité internationale ne doit pas s’arrêter à la phase de recherche et de sauvetage, mais se poursuivre pendant la transition vers l’aide humanitaire, le relèvement rapide, la reconstruction et le développement » du pays.
En déplacement à Playa Grande, dans l’État de La Guaira (une des zones les plus sinistrées), Tom Fletcher a aussi souligné la nécessité de veiller à ce que les fournitures destinées à l’aide humanitaire ne soient pas soumises à des restrictions découlant de mesures coercitives.
« Pour nous, il est toujours important de pouvoir bénéficier d’exceptions humanitaires, afin que rien de ce dont nous avons besoin (pour répondre à l’urgence sur place) ne soit soumis à des sanctions », a-t-il déclaré en faisant allusion aux sanctions économiques imposées par les États-Unis depuis plus d’une décennie.
Tom Fletcher a également souligné que « l’assouplissement des sanctions était essentiel pour aborder la phase de reconstruction », rapporte le média Xinhuan, estimant que les restrictions actuelles pourraient « avoir une incidence sur la capacité d’intervention humanitaire et sur la remise en état des infrastructures ».
30 tonnes d’or vénézuélien séquestrées par la Banque d’Angleterre
Victime d’une véritable guerre économique lancée par Washington durant le second mandat du président démocrate Barack Obama, le gouvernement vénézuélien sollicite aujourd’hui plus que jamais la fin des plus de mille sanctions qui vise à asphyxier son économie et le déblocage de ses fonds gelés à l’étranger.
Alors que les dommages causés par le séisme sont estimés à plusieurs dizaines de milliards de dollars, la présidente par intérim Delcy Rodriguez a annoncé mercredi avoir demandé au roi Charles III d’autoriser le retour des quelque 30 tonnes d’or vénézuélien séquestrées depuis plusieurs années par la Banque d’Angleterre.
Une centaine d’économistes demande à Washington la levée des sanctions
« Nous lançons un appel à tous les pays qui maintiennent encore bloqués des fonds appartenant au Venezuela, afin que nous entamions un plan de libération de ces fonds et que nous puissions les utiliser pour la reconstruction », a plaidé de son côté le ministre vénézuélien des Affaires étrangères, Yvan Gil, rappelant que les gels des avoirs de son pays résultent de « sanctions illégales ».
Le 26 juin, le gouvernement américain a suspendu pour quatre mois quelques-unes des sanctions économiques visant le Venezuela afin de ne pas entraver les opérations de secours. Mais s’il se vante d’avoir apporté « une réponse massive » face à la catastrophe, notamment avec l’envoi de plus de 300 secouristes et une aide humanitaire s’élevant à plus de 300 millions de dollars, le gouvernement de États-Unis ne paraît pas disposé à desserrer l’étau économique mis en place ces dernières années. Et poussé à son paroxysme depuis la séquestration du président Nicolas Maduro, le 3 janvier dernier, avec la mise sous tutelle de la rente pétrolière du pays.
Alors que, sous couvert d’aide humanitaire, le très important déploiement logistique des États-Unis au Venezuela ressemble à s’y méprendre à un positionnement stratégique « davantage tourné vers le contrôle du territoire que vers les secours », plus d’une centaine d’économistes et d’universitaires ont publié cette semaine une lettre dans laquelle ils réclament à Washington la levée des sanctions économiques à l’encontre du pays.
Gels des avoirs à l’étranger : « un acte barbare »
« L’urgence est d’ordre humanitaire avant d’être politique. Les secours, les abris, les hôpitaux, l’eau, l’énergie, les transports, la nourriture et les médicaments ne peuvent pas attendre les négociations diplomatiques, les comités de créanciers ou la mise en place des sanctions. Chaque heure de retard transforme une catastrophe naturelle en une catastrophe sociale qui aurait pu être évitée », souligne le manifeste signé par des économistes de renom.
Parmi eux, Mark Weisbrot, président du Center for Economic and Policy Research, décrit « un acte barbare » de la part des États-Unis et de l’Europe, qui retiennent « des milliards de dollars de fonds appartenant au Venezuela (alors que ce pays) en a désespérément besoin ».
30 milliards bloqués à l’étranger selon Caracas
« On oublie souvent que ce sont les sanctions américaines qui ont détruit l’économie vénézuélienne », précise le chercheur qui rappelle que ce pays « a connu la récession la plus profonde de son histoire en temps de paix entre 2012 et 2020, période durant laquelle il a perdu 74 % de son PIB, un chiffre record, soit plus du triple de l’ampleur de la Grande Dépression américaine des années 1930. 88 % de cette perte est survenue à la suite des sanctions imposées par les États-Unis ».
En plus d’un moratoire sur la dette du Venezuela, les économistes demandent au Fonds monétaire international de libérer les près de 9 milliards de dollars déblocables pour des cas de catastrophe naturelle comme celui-ci, et au Royaume-Uni et au Portugal de dégeler les 6,2 milliards de dollars appartenant au gouvernement du pays sud-américain. Au total, Caracas estime le montant de ses avoirs gelés à l’étranger à quelque 30 milliards de dollars.
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