
Si « Vakita », le média du journaliste Hugo Clément, s’affiche comme « 100 % indépendant », il a en réalité été financé par plusieurs milliardaires. Il bénéficie aussi des retombées de partenariats avec des marques, quitte à brouiller son activité journalistique.
Par Alexandre-Reza KOKABI, Fanny MARLIER, Jeanne CASSARD et Moran KERINEC
« “Vakita” est en danger », a annoncé Hugo Clément le 2 mars. Le média d’investigation vidéo serait menacé par l’accumulation des procédures-bâillons. Ce jour-là, le journaliste sortait tout juste du tribunal, où il a remporté le procès en diffamation intenté par le dresseur Pierre Cadéac, accusé de maltraitances sur ses animaux par d’anciens employés. Malgré sa victoire, Vakita plierait sous les pressions judiciaires et le journaliste affirme avoir besoin de 20 000 nouveaux abonnés pour survivre.
La réalité est que Vakita est en déficit constant depuis sa fondation en 2022 par Hugo Clément et son ami Régis Lamanna-Rodat, producteur. Donc bien avant les procédures-bâillons que ses enquêtes ont suscitées. Dès sa première année, Vakita a accusé un résultat net de -253 579 euros, selon ses comptes disponibles en ligne, qui s’est écroulé à -671 993 euros en 2023. Le média est lui-même détenu via les holdings personnelles de Hugo Clément et Régis Lamanna-Rodat, dont les comptes sont ouverts à la banque privée Rothschild Martin Maurel. Et si Vakita s’affiche comme « 100 % indépendant », il a en réalité été financé par plusieurs milliardaires et réalise régulièrement des partenariats commerciaux.
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Comme l’a révélé L’Informé, Hugo Clément a financé son média grâce à une levée de fonds de 1,5 million d’euros réalisée en 2022 auprès de plusieurs millionnaires : Xavier Niel (Free), Jacques-Antoine Granjon (Veepee), Marc Simoncini (Angell, Meetic), Jean-Sébastien Decaux (JC Decaux), la famille Parisot, le groupe audiovisuel Mediawan (Matthieu Pigasse) et Artémis, holding de la famille Pinault.
Rebelote en 2024 : 800 000 euros ont été récoltés par Hugo Clément auprès de « nouveaux investisseurs et de certains de [leurs] premiers actionnaires », toujours selon L’Informé.
Si Hugo Clément n’a pas souhaité nous indiquer le nombre d’abonnés payants de Vakita, le média a revendiqué fin mai avoir réussi à mobiliser 20 000 nouveaux abonnés lors de sa dernière campagne d’abonnement. Sa principale force de frappe se situe, elle, sur les réseaux sociaux, où il réunit plus de 1 million d’abonnés sur Instagram, 571 300 sur TikTok et 212 000 sur Facebook.
Des partenariats en pagaille
Mais Vakita a une autre rentrée d’argent : des partenariats commerciaux rémunérés. Certains prennent l’allure de reportages diffusés sur le site internet et les réseaux sociaux du média. Vakita a ainsi noué en 2024 une collaboration avec la banque « verte » Green-Got, qui s’interdit tout soutien aux activités liées aux énergies fossiles. Le média lui a consacré un publireportage doublé d’une offre promotionnelle dédiée à ses spectateurs. Deux de ses journalistes incitent leur audience à ouvrir un compte chez Green-Got. La banque a aussi été longuement promue dans quatre infolettres d’Hugo Clément (comme ici et ici).
Le journaliste engagé dans la cause animale s’est lui-même fendu d’une publication sur LinkedIn où il a annoncé avoir ouvert un compte dans cette banque, mais assure qu’il ne s’agit pas d’une collaboration rémunérée.

De mai à juin 2025, le média d’Hugo Clément a publié quatre vidéos consacrées à Yuka, une application qui permet de scanner les produits alimentaires et cosmétiques pour en analyser la composition. Là encore, il s’agit d’une collaboration commerciale diffusée sur les réseaux YouTube et Instagram de Vakita. Ce projet est né quand Vakita couvrait le combat de Yuka pour interdire les additifs nitrités, facteurs de cancers, explique à Reporterre Julie Chapon, cofondatrice de l’application, qui indique que la proposition serait venue de l’équipe de Vakita.
Les tournages ont été réalisés par les journalistes pour la société de production Première saison, filiale de Winter Productions, qui appartient à Hugo Clément. « Les journalistes ont proposé leur trame, on a fait quelques retours, mais c’est eux qui ont été moteurs et ça nous allait très bien », explique Julie Chapon.
D’abord prévues pour la chaîne YouTube de Yuka, les vidéos ont finalement été diffusées sur celle de Vakita pour profiter de son audience. « C’est très commun comme collaboration, je me fais contacter un jour sur deux par un média qui veut faire un article sponsorisé, raconte la fondatrice de Yuka. La différence, c’est que “Vakita” ne choisit que des partenaires engagés en qui ils croient. »
Toujours en 2025, Libération a relevé que les émissions « 50 degrés » de Vakita étaient entrecoupées d’une « coupure pub » où, face caméra, le journaliste mène une élogieuse présentation de son partenaire Team for the Planet et d’une solution de chauffage soutenue par cette société.

Contacté par Reporterre, Hugo Clément conteste cette lecture. « “Vakita” est un média 100 % indépendant, qui ne dépend d’aucune subvention publique, détenu majoritairement et entièrement contrôlé par mon associé Régis Lamanna-Rodat et moi-même, écrit-il. Nous sommes reconnaissants d’avoir pu compter sur le soutien d’investisseurs qui nous ont fait confiance et qui ont permis la création de ce média, sans en avoir aucun contrôle éditorial. » Il n’a cependant pas souhaité nous répondre sur la nature et le montant des partenariats commerciaux.
Vakita a également fait la promotion de PlantJoy, une marque d’alimentation végane. Pendant quatre minutes, les journalistes de Vakita dégustent les produits de The Chef Tomy, qui déroule son parcours et sa marque. Si les vidéos n’indiquent pas être des collaborations commerciales, elles sont accompagnées d’un code promotionnel qui permet de bénéficier d’une réduction chez PlantJoy.
En 2024, Hugo Clément a aussi réalisé un partenariat avec la marque MoEa, des sneakers véganes siglées Vakita. Pour chaque paire de chaussures achetée 129 euros, 25 à 50 euros sont reversés au média. « C’est un moyen pour eux de lever de l’argent », détaille MoEa à Reporterre, qui décrit avoir fait « une grosse opération » sans préciser le nombre de chaussures vendues. « Il ne faut pas vous attendre à un game changer pour faire vivre le média », précise la marque, qui dit avoir réalisé cette opération pro bono pour Vakita.

Pour les mettre en valeur, les journalistes ont posé pour les vendre. Tel le rédacteur en chef adjoint de Vakita, William Thorp, qui s’est prêté à un photoshoot avec un teckel. Vakita a par ailleurs consacré une vidéo entière à ce partenariat. Les chaussures sont mises en avant jusqu’à la page Instagram de Vakita et l’infolettre d’Hugo Clément.
Quand Hugo Clément prête son image
Le journaliste fait aussi des partenariats avec des marques en son nom propre. Ses infolettres envoyées chaque mercredi sont régulièrement financées par « des marques qui s’engagent pour réduire leur impact sur l’environnement », indiquent-elles. Parmi elles : Peugeot, mis à l’honneur pour faire la promotion de son modèle 3008, un SUV électrique ; la multinationale automobile Stellantis, à qui appartient la société française ; Peau Éthique, une marque de sous-vêtements responsables ; l’assureur Generali en collaboration avec la SPA ; les éditions Albin Michel ; Suisse Tourisme ou encore TGV Inoui.
Après avoir joué les mannequins pour la marque de chemises Hast en 2017 — une initiative qui n’avait pas été du goût de son employeur de l’époque, « Quotidien » —, Hugo Clément a depuis diversifié ses activités en dehors du journalisme. Celui qui pratique la course à pied et enchaîne des parcours de 10 km jusqu’au marathon est depuis plusieurs mois ambassadeur de la marque de chaussures de running Hoka et encore plus récemment de la marque de nutrition pour sportifs Overstim.s.

À chaque course officielle ou lors d’entraînements, le journaliste partage du contenu sur son deuxième compte Instagram dédié aux sports d’endurance, Hugo Clément Sport, en remerciant son partenaire Hoka dont il porte les baskets et les t-shirts.
Interrogé sur ce mélange des genres entre publicité et journalisme, le Conseil de déontologie journalistique et de médiation (CDJM) rappelle que la Charte mondiale d’éthique de la Fédération internationale des journalistes demande au journaliste d’éviter « toute confusion entre son activité et celle de publicitaire ou de propagandiste ».

Pour le CDJM, ces règles valent pour les publicités classiques comme pour les partenariats avec des marques, y compris s’ils ne sont pas rémunérés ou s’ils s’inscrivent dans le cadre d’une activité de loisirs séparée de son activité professionnelle. Selon l’organisme, l’enjeu est l’indépendance du travail journalistique : « Un journaliste ne peut utiliser sa notoriété à des fins commerciales, au risque d’altérer sa crédibilité et de créer des conflits d’intérêts, notamment si le média qui l’emploie est amené à traiter de cette marque ou de ce secteur économique. »
Interrogé par Reporterre sur ses collaborations avec les marques Hoka et Overstim.s et sur la compatibilité de ces partenariats avec son activité journalistique, Hugo Clément n’a pas souhaité répondre.
Source: https://reporterre.net/Vakita-un-media-finance-par-des-milliardaires-et-des-partenariats
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