
Après l’Assemblée nationale lundi, le Sénat a adopté ce mardi 21 juillet la loi d’urgence agricole qui prévoit notamment la facilitation de construction de méga-bassines et la possible réintroduction de deux pesticides interdits en France mais autorisés en Europe. La gauche, les associations, des scientifiques et la Confédération paysanne dénoncent un texte qui bafoue « la santé et l’environnement ».
Par Tom ROSSI
Le projet de loi d’urgence agricole définitivement adopté par le Parlement. L’Assemblée nationale ce lundi 20 juillet, et le Sénat ce mardi, se sont prononcés en faveur du texte grâce aux voix de la droite, de l’extrême droite et de la majorité des macronistes. Il « redonne de l’espoir au monde agricole », se réjouit Arnaud Rousseau, le président de la FNSEA, le premier syndicat des agriculteurs.
Un an après la pétition contre la loi Duplomb qui avait dépassé les deux millions de signatures, la gauche, les associations environnementales et des scientifiques dénoncent notamment l’objectif de doubler les volumes de stockage d’eau d’ici 2035 en facilitant leur construction, y compris en zones humides, des secteurs clés pour la biodiversité. Le texte supprime l’obligation de réunions publiques pour l’autorisation environnementale de ces bassines.
Le texte « ne répond pas aux besoins des agriculteurs »
Selon Jacques Dupont, éleveur de canard à Saint-Etienne-de-Mer-Morte (Loire-Atlantique) et membre de la Confédération paysanne, cela ne servira qu’une minorité : « nous ne sommes pas opposés à l’irrigation puisqu’elle peut permettre, dans les bonnes conditions, de garantir la production. Mais là, c’est une appropriation de l’eau aux dépens des autres populations, pour des intérêts limités, pour faire des cultures d’exportation
D’un point de vue général, nous sommes pour une agriculture productive qui rémunère ses agriculteurs, mais pas aux dépens des autres pans de la population. Et là, clairement, ça ne répond pas aux besoins des agriculteurs, seulement aux besoins de l’agro-industrie. Le texte ne prend pas du tout en considération l’environnement, la santé. C’est uniquement pour garantir des volumes de production. Un point, c’est tout ».
« Avec un tel texte, les tensions sur les usages de l’eau ne pourront que s’amplifier, voire dégénérer en « guerre de l’eau » dans un futur proche », ajoute Greenpeace. D’autres associations et scientifiques rappellent qu’une partie de l’eau stockée dans ces bassines s’évaporent, ce qui n’est pas le cas quand elle rejoint les nappes phréatiques.
« Contre la santé des citoyens »
L’autre point de crispation majeur avec ce texte, c’est l’ouverture à la réintroduction de deux pesticides. « C’est un truc de dingue« , s’insurge Jacques Dupont qui pointe la multiplication des cancers chez les agriculteurs et dans la population générale. « Au lieu d’appliquer un principe de précaution qui serait justifié, on va revenir en arrière au risque de pénaliser la santé des citoyens. C’est scandaleux ».
Avec ce texte, c’est l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) qui a le pouvoir de réintroduire à titre dérogatoire l’acétamipride et le flupyradifurone pour quelques filières, comme la noisette et la betterave. Mais selon l’ONG Générations Futures, l’Anses, sous tutelle du ministère de l’Agriculture, est « sous la pression du pouvoir politique ».Jacques Dupont, membre de la Confédération paysanne 44
Avec cette loi, la construction de bâtiments d’élevages sera aussi facilitée. De quoi favoriser « l’élevage intensif » selon ses détracteurs et plusieurs éleveurs, comme Jacques Dupont : « Lorsqu’on a des densités d’élevage au mètre carré qui dépassent tout ce qu’on peut imaginer, on peut difficilement s’assurer du bien-être et de la santé des animaux.
On sait très bien que les petits élevages en plein air, lorsqu’ils respectent comme tout le monde les règles de biosécurité, sont plus robustes au niveau sanitaire. Ils ont été moins touchés par la grippe aviaire ».
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