« La sécheresse peut arriver très rapidement » : pourquoi la Bretagne n’en a pas fini avec les incendies d’été ? (OF.fr-23/07/26)

L’incendie du Ménez Hom, hameau de Plomodiern (Finistère), le 26 juin 2026. Plus de 200 pompiers ont été déployés sur ce feu qui a détruit 30 ha. | GUILLAUME SALIGOT / OUEST-FRANCE

Selon l’Observatoire de l’environnement en Bretagne (OEB), le risque de feux va s’intensifier à l’horizon 2050, particulièrement dans le Morbihan et l’Ille-et-Vilaine. Une étude de chercheurs de l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae) démontre que le changement climatique « a considérablement accru la probabilité d’étés présentant un risque d’incendie extrême ».

Par Laêtitia JACQ-GALDEANO

Le cauchemar a commencé très tôt, fin juin, par un symbole : 30 ha partis en fumée au Ménez Hom, le plus haut mont de Bretagne, à l’entrée de la presqu’île de Crozon (Finistère). Plus de 35 ha calcinés au Cap Fréhel (Côtes-d’Armor), mi-juillet, près de 30 ha à Névez (Finistère sud), le 20 juillet 2026. Des moissons interdites entre 13 et 21 heures. Les feux d’artifice du 14 juillet annulés. C’est l’été de tous les dangers pour les pompiers bretons, parfois confrontés à dix départs de feu en une seule journée, comme dans le Finistère, mardi 21 juillet. Et si l’on en croit les spécialistes, la Bretagne va devoir s’habituer.

Selon l’Observatoire de l’environnement en Bretagne (OEB), le risque incendies va s’intensifier à l’horizon 2050, particulièrement dans le Morbihan et l’Ille-et-Vilaine, où il pleut moins et où il fera plus chaud que dans le Finistère. Une étude de chercheurs de l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae) démontre que le changement climatique a considérablement accru la probabilité d’étés présentant un risque d’incendie extrême.

Entre neuf et 21 jours supplémentaires à fort risque d’incendies

Comment ? Le recensement des surfaces brûlées et du nombre de feux permet de corréler les années particulièrement chaudes avec les plus gros incendies.

Lors de la canicule de 1976, plus de 6 000 ha de forêts et près de 3 000 de landes ont brûlé, en Bretagne, avec près de 650 départs de feux. En 2022, considérée comme une année charnière de l’histoire des incendies en France, plus de 2 000 ha de landes (dont une partie des monts d’Arrée) et 500 ha de forêts ont été détruits par 550 départs de feux. 2026 sera-t-elle aussi un record ? On est proche de ces années-là, soupire Ronan Lucas, directeur de l’OEB. 2022 est la première année où l’on a eu une rupture d’approvisionnement en eau.

Les prévisionnistes sont formels. Dans une France à + 2,7 degrés, à l’horizon 2050, ils estiment que la Bretagne comptera entre neuf et 21 jours supplémentaires à fort risque d’incendies. Par rapport à la période 1976-2005, le nombre de jours à risque de feux doublerait, indique Ronan Lucas. Les modèles montrent que les sécheresses vont déborder sur l’automne et le printemps. La particularité de la Bretagne : son sous-sol granitique la rend dépendante à 75 % de la pluviométrie pour ses réserves d’eau. La sécheresse peut arriver très rapidement comme cette année alors que nous avons eu un hiver et un début de mois de mai très pluvieux.

Feu de landes dans le secteur du Cap Fréhel, à Plévenon (Côtes-d’Armor), le 13 juillet 2026. Toute la nuit du dimanche 12 au lundi 13 juillet 2026, les pompiers ont combattu deux feux de landes qui se sont déclarés vers 21 h 30, dans le secteur du Cap Fréhel et du Fort La Latte, à Plévenon (Côtes-d’Armor). Un camping a dû être évacué et le GR 34 est fermé. | ELSA RANCEL / OUEST-FRANCE

Sept territoires à risques

Ce n’est pas un hasard. Depuis 2023, la Bretagne, ses 460 000 ha de forêts (privées à 90 %) et ses 47 000 ha de landes sont classés nouveau territoire de feux. Les landes littorales fréquentées des Côtes-d’Armor, du Finistère et de l’Ille-et-Vilaine, les monts d’Arrée et la presqu’île de Crozon, les landes de Lanvaux et autour d’Auray (Morbihan) et les massifs forestiers de Rennes Liffré, de Chevré (Ille-et-Vilaine) et de Paimpont-Brocéliande sont identifiés comme particulièrement à risques dans le Plan interdépartemental de protection des forêts et des landes contre l’incendie en Bretagne (PIPFCI).

Les propriétaires forestiers privés qui possèdent plus de 20 ha sont désormais obligés de débroussailler leurs parcelles, de les doter d’une piste pour y accéder et des points d’eau. Pour les autres, les petits propriétaires (qui détiennent en moyenne moins de 4 ha chacun), la loi ne prévoit aucune obligation. Le Centre national de la propriété forestière (CNPF) travaille à les sensibiliser. Avec la sécheresse, on a davantage de bois mort et sec en forêt, constate Nicolas Duval, référent défense des forêts contre les incendies (DFCI) pour le CNPF en Bretagne. Les propriétaires le voient. Cela aide à la prise de conscience du risque incendie.

Source: https://www.ouest-france.fr/faits-divers/incendie/la-secheresse-peut-arriver-tres-rapidement-pourquoi-la-bretagne-nen-a-pas-fini-avec-les-incendies-dete-374d45bc-8691-11f1-94d8-e478b94a49e4

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