« Une Bretonne dans l’enfer de Ravensbrück »: le témoignage posthume de Marie-Louise Le Bozec, déportée du Morbihan (OF.fr-26/7/26)

Marie-Louise Le Bozec a été décorée de la Légion d’honneur, en 1965, à Périgueux (Dordogne), par le colonel Chazelles. | COLLECTION PERSONNELLE FAMILLE PUJOL

Marie-Louise Le Bozec a été résistante dès le début de la Seconde Guerre mondiale. Arrêtée en août 1941, l’infirmière morbihannaise a été incarcérée en France et en Allemagne, avant d’être déportée à Ravensbrück. Le récit qu’elle a fait de son calvaire en 1976 vient d’être publié, plus de vingt ans après sa mort.

Par Julie SCHITTLY

Les résistantes Geneviève De Gaulle ou Germaine Tillion avaient témoigné de leur déportation de leur vivant. Marie-Louise Le Bozec, décédée en 2003 à Damgan (Morbihan), n’aura pas vu son livre imprimé. « Une Bretonne dans l’enfer de Ravensbrück » est sorti en juin 2026 aux éditions Skol Vreizh.

Ce récit inédit était resté dans un tiroir, aucun éditeur n’ayant accepté de le publier il y a un demi-siècle. Des années plus tard, l’un des fils de Marie-Louise Le Bozec, Franck Pujol, a accepté de confier le manuscrit de sa mère pour qu’il puisse être diffusé au-delà du cercle familial.

Marie-Louise Le Bozec épouse Pujol avait revêtu sa tenue de déportée, aujourd’hui exposée au musée de la Résistance de Saint-Marcel, pour être décorée. La résistante pose avec ses fils, Franck et Maurice. | ARCHIVES FAMILLE PUJOL

Un ami m’a mis en contact avec Hervé Le Gall, président des Amis de la Fondation pour la mémoire de la déportation du Morbihan. J’ai remis des documents et la tenue de déportée de ma mère au musée de la Résistance de Saint-Marcel. Elle ne m’avait pas beaucoup parlé de ses années de guerre, hormis lors d’un voyage mémoriel en 1966 sur ses lieux de détention.

Arrêtée à l’hôpital de Bodélio

Mais Marie-Louise Le Bozec avait tout écrit de son parcours, qui méritait pourtant de sortir de l’ombre. L’étudiante infirmière, qui vivait à Lanester au début de la Seconde Guerre mondiale, a été résistante avant que des réseaux ne se structurent, dès la fin de l’année 1940. Elle était animée de fortes convictions gaullistes. Elle distribuait des tracts, a pris des photos de l’arsenal de Lorient transmises à des sous-marins britanniques, et a aussi aidé un pilote britannique capturé par la Wehrmacht à s’évader en lui fournissant des vêtements civils, relate Hervé Le Gall.

Dénoncée, la jeune femme est arrêtée en août 1941, à l’hôpital de Bodélio, à Lorient. Elle passe plusieurs mois à la prison de Vannes. Son témoignage renseigne sur les conditions de détention des résistants. Elle est ensuite incarcérée dans plusieurs prisons, à Fresnes (Val-de-Marne) puis en Allemagne.

Matricule 19 860

En mai 1942, parce qu’elle refuse de collaborer et de dénoncer ses collègues de travail, la Morbihannaise est déportée à Ravensbrück. Plus de 123 000 femmes et enfants ont transité par ce camp de concentration au nord de Berlin ; un quart y a péri. Elle reçoit le matricule 19 860.

La carte de combattante de Marie-Louise Le Bozec. | OBC – MUSÉE DE LA RÉSISTANCE EN BRETAGNE

Alors qu’elle est à bout de forces, à l’hiver 1944-1945, Marie-Louise Le Bozec voit les fours crématoires qui reprenaient une intense activité, et se cramponne à ses camarades, à sa foi et à ses convictions. Nous sentons que la fin approche, à toutes les réductions qui nous sont imposées. La nourriture est de plus en plus détestable et moindre chaque jour. Les SS sont hargneux. Leur acrimonie se manifeste par un harcèlement constant ; ils pourchassent les éclopées.

Un trépidant destin

Le camp est évacué le 27 avril 1945. Le lendemain, Marie-Louise s’échappe des marches de la mort. Elle mettra un mois à rejoindre sa famille réfugiée en Loire-Atlantique, au terme d’un long périple sur des routes jonchées de cadavres.

Elle retrouve notamment sa sœur aînée, Marie-Jeanne, également résistante : elle était la secrétaire de Gilbert Renaud, alias le colonel Rémy, sous le pseudo « Yvon ». Son engagement au sein de Réseau Confrérie Notre-Dame lui vaudra d’être arrêtée et également déportée à Ravensbrück, mais après le départ de sa cadette. Marie-Jeanne a ensuite été la secrétaire particulière du Général de Gaulle, de 1958 à 1967, rappelle Franck Pujol.

Un destin tout aussi trépidant attend Marie-Louise, qui vient d’avoir 31 ans. Elle reprend ses études d’infirmière, obtient son diplôme, se marie, fonde une famille et exercera entre Gabon, Cameroun, Madagascar et sud de la France. Elle sera décorée de la Légion d’Honneur et de la Croix de guerre 1939-1945 dans les années 1960.

Tout le reste de sa vie, la Morbihannaise restera fidèle à ses valeurs et très proche de ses compagnes d’infortune, notamment Geneviève De Gaulle. Une amitié indéfectible née dans l’horreur d’un camp nazi.

Marie-Louise Le Bozec restera très proche de ses compagnes d’infortune, notamment Geneviève De Gaulle, ici lors d’une cérémonie. | ARCHIIVES FAMILLE PUJOL

« Une Bretonne dans l’enfer de Ravensbrück », 20 €, en vente en librairies et sur le site internet de Skol Vreizh : www.skolvreizh.com/produit/une-bretonne-dans-lenfer-de-ravensbruck

Source: https://www.ouest-france.fr/culture/histoire/guerre-39-45/une-bretonne-dans-lenfer-de-ravensbrueck-le-temoignage-posthume-dune-resistante-deportee-du-morbihan-en-1942-46610678-8110-11f1-a2c0-b0e90323cd29

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