
Qui aurait cru que la Bretagne serait un jour confronté au manque d’eau potable ? Alors que les épisodes de sécheresse s’enchaînent, les collectivités bretonnes multiplient les initiatives face au risque de pénurie au robinet.
Par Stéphane JEZEQUEL
1-Bassins et bâches de stockage à la hausse
Les bassins et bâches de stockage se multiplient même en Bretagne, où l’on pensait pouvoir être épargné par les pénuries d’eau potable. La communauté de communes du Pays bigouden sud vient ainsi d’installer, à Pont-l’Abbé (29), sur le site de Bringall, deux bâches de stockage d’eau de 4 000 m3 chacune, afin de remédier à une brutale rupture d’approvisionnement. Ce projet au long cours, lancé en 2018, a coûté pas loin de 4,5 millions d’euros. La retenue du Moulin-Neuf est la seule source d’alimentation en eau potable du secteur, les interconnexions avec les réseaux voisins n’étant pas techniquement envisageables.
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2-Les anciennes carrières à la rescousse
À plus grande échelle, les bassins naturels et carrières sont également de plus en plus recherchés par les collectivités. En Finistère, le Département a réalisé l’acquisition d’une première ancienne carrière de Kaolin, à Berrien, dans les monts d’Arrée (un million de mètres cubes). « Il ne s’agit pas de pomper de l’eau dans les nappes phréatiques fragiles mais de mettre des millions de mètres cubes de côté dans un stockage existant, tout en améliorant l’environnement immédiat », assure le président du Département, Maël de Calan. « D’autres carrières pourront, à terme, être acquises et reconverties afin d’augmenter les volumes disponibles et de renforcer la solidarité entre les territoires finistériens. » Cette première carrière a été achetée par le Département pour un montant de 50 000 euros.
3-Traquer les fuites, s’équiper pour moins consommer
Jusqu’à 20 % de la production peut disparaître dans les sols avant distribution à cause des fuites. Leur réduction, à l’aide de travaux de modernisation des réseaux, fait toujours partie des efforts engagés par les opérateurs et les collectivités. La plupart des grandes villes bretonnes se sont lancées dans la chasse aux fuites et les réparations des secteurs les plus touchés. Des efforts et coups de pouce financiers sont également engagés dans la distribution de kits « hydro-économes » (mousseurs, régulateurs de débit), récupérateurs d’eau de pluie, cuves enterrées ou hors-sol. Commencer par s’équiper pour moins consommer…
4-Eau en circuit fermé dans les ports
La meilleure eau est celle que l’on ne consomme pas. La réutilisation des eaux déjà utilisées se développe, notamment dans les ports d’entretien et de plaisance. Port-La-Forêt (29) a ouvert la voie en Bretagne en développant une aire de carénage de 8 000 m2
, dont l’eau utilisée est renvoyée en circuit fermé et peut être réutilisée, carénage après carénage.
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Récupérée et filtrée, l’eau ainsi réinjectée permet de soulager le réseau, malmené particulièrement durant l’été, alors que les activités de plaisance battent leur plein. Le port mixte (pêche et plaisance) de Saint-Guénolé-Penmarc’h (29) profite d’un dispositif similaire, sous l’impulsion d’une initiative privée.
5-Privilégier la sobriété paysagère
Les services d’entretien des espaces verts comme les industriels les plus consommateurs d’eau sont invités à faire preuve de modération voire de changer leurs habitudes tout au long de l’année, particulièrement durant les pics de sécheresse. L’arrosage est de moins en moins pratiqué par les services des espaces verts des collectivités.
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Une incitation à remplacer les essences gourmandes en eau par des plantes plus rustiques et plus sobres peut aider à préserver la ressource. La restauration des zones humides permet aussi de mieux retenir l’eau pendant l’hiver, à l’image des travaux effectués en 2023 dans les landes et marais de Glomel (22), en Centre-Bretagne. Le remplacement du bitume par des sols drainant favorise davantage l’infiltration des pluies d’hiver vers les petites nappes et réserves locales, comme cela a été imaginé à Crozon (29), cette année, sur le parking du Loch à Morgat.
6-Jouer collectif en reliant les réseaux
L’interconnexion entre les réseaux d’eau potable figure également parmi les objectifs des collectivités. Il s’agit d’éviter la pénurie en profitant des réserves voisines moins touchées par la sécheresse. À quelques kilomètres près, sur un territoire breton contrasté, notamment entre le nord et le sud du Finistère, ce maillage hydraulique géant permet de transférer de l’eau dans les zones qui en ont le plus besoin. On commence à unir les efforts autour de l’eau douce, même si certains secteurs ne peuvent compter que sur leurs propres réserves, dans certaines zones du Finistère difficiles à relier aux autres sources d’alimentation en eau.
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