Face aux sanctions des États-Unis, Cuba contrainte à de nouvelles réformes pour ne pas sombrer (H.fr-30/07/26)

Les soins médicaux restent une « responsabilité de l’État » garantie gratuitement à la population. Ici à La Havane, le 28 juin 2026. © YAMIL LAGE / AFP

La Havane tente d’adapter son modèle économique en ouvrant plusieurs secteurs au privé, face à des États-Unis qui intensifient leur blocus contre une île considérée comme un « ennemi permanent » et la « capitale du communisme du XXIe siècle ».

Par Luis REYGADA

Dans l’espoir de contrer les effets conjugués du blocus états-uniens et la politique de pression maximale initiée lors du premier mandat de Donald Trump (2017-2021), La Havane libéralise peu à peu, depuis déjà quelques années, son économie. En 2021, les micro, petites et moyennes entreprises avaient été autorisées, ce qui avait représenté un tournant majeur dans une économie où la majorité des activités est gérée par des entreprises d’État. Elles sont désormais plus de 15 000 et emploient plus d’un tiers de la population active.

En juin dernier, l’Assemblée nationale cubaine a approuvé à l’unanimité un « vaste programme de réformes qui introduit des changements sans précédent », dixit le média officiel Prensa Latina.

Au menu, pour pallier une guerre économique causant des dommages chiffrés annuellement en milliards de dollars, 176 mesures visant à donner à la planification centralisée non plus la mission de gérer l’économie mais celle de « créer un environnement institutionnel et réglementaire propice » au développement économique de l’île. Notamment en donnant plus de place aux activités menées par les acteurs économiques privés, aux capitaux internationaux ainsi qu’aux « mécanismes du marché ».

Les soins et l’éducation restent une « responsabilité de l’État »

Des mesures impliquant un impact sur le modèle économique et social cubain, sans signifier « pour autant que nous renoncions à préserver les principales conquêtes de la Révolution », précisait alors le premier ministre Manuel Marrero Cruz, non sans rappeler que son pays « traverse l’un des moments les plus complexes depuis la « période spéciale » ».

Mercredi 29 juillet, le gouvernement cubain a franchi de nouveaux pas vers une ouverture accrue de divers secteurs de son économie. Distribution d’essence, services pharmaceutiques, maisons de retraite, terminaux de passagers et de fret, installations portuaires, importation de véhicules, énergies renouvelables, gestion d’infrastructures touristiques, exploitation pétrolière et minière, gestion des déchets…

Les soins médicaux restent une « responsabilité de l’État » garantie gratuitement à la population, tout comme l’éducation. Si le tabac et la production de cigares, les médias, les télécommunications et les secteurs stratégiques de la sécurité et de la défense restent aux mains de l’État, en matière agricole, la propriété de l’État sur les terres s’ouvre à des conditions d’usufruit élargies. Concernant le logement, les Cubains vont pouvoir posséder deux maisons en ville (contre une actuellement), et l’hypothèque va être autorisée.

Les États-Unis redoublent les sanctions

Malgré ces réformes qui pourraient être perçues comme des victoires obtenues par le gouvernement états-unien, celui-ci n’infléchit pas pour autant sa pression sur son ennemi déclaré. Au contraire, l’administration trumpiste a décrété de nouvelles sanctions, le 23 juillet, contre des entités économiques cubaines (énergie, commerce extérieur, services de santé et financiers).

De son côté, La Havane a dénoncé ce mercredi 29 juillet que les sanctions états-uniennes empêchaient l’arrivée de plus de 7 000 conteneurs, bloqués dans divers ports des Caraïbes et contenant des denrées alimentaires, des médicaments ou encore des ressources destinées aux secteurs de l’énergie et de l’eau.

Secteur clé de l’économie de la perle des Antilles, le tourisme (300 000 emplois) est pour sa part en situation de « paralysie quasi totale », avec près de trois quarts des hôtels actuellement fermés, a déclaré Manuel Marrero Cruz.

La veille, les groupes hôteliers espagnols Melia et Iberostar (52 établissements) annonçaient leur départ de Cuba en raison des sanctions états-uniennes. Lors d’une comparution devant l’Assemblée nationale, le ministre des Affaires étrangères, Bruno Rodriguez, a fustigé la « politique génocidaire » états-unienne visant à « s’emparer du pays ».

Le 20 juillet, le Département d’État a publié un rapport de 100 pages affirmant que Cuba est la « capitale du communisme du XXIe siècle » et représente un « ennemi permanent » déterminé à détruire non seulement les États-Unis, mais aussi la « civilisation occidentale » par la propagation du « tiers-mondisme ».

Source: https://www.humanite.fr/monde/amerique-latine/face-aux-sanctions-des-etats-unis-cuba-contrainte-a-de-nouvelles-reformes-pour-ne-pas-sombrer

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