
2026 est particulière pour le Syndicat des Eaux du Bas-Léon (SEBL), qui couvre un territoire de sept Établissement Public de Coopération Intercommunale (EPCI). Entre intempéries et alerte sécheresse, l’eau s’avère être un bien commun à préserver plus que jamais. Entretien.
Par Kloé MARIN
Trois questions à Christophe Bèle, président du Syndicat
Quelle est l’ambition première du Syndicat ?
C’est d’apporter une alimentation en eau potable, en qualité et en quantité. On a une approche de l’eau axée à la fois sur le petit cycle : on pompe dans l’Aber Wrac’h, on traite l’eau dans l’usine qui existe à Kernilis, puis on redistribue l’eau potable dans les points de livraison du secteur, qui est ensuite redistribuée par les communautés de communes à la population. Il y a aussi le grand cycle de l’eau. C’est l’amont de l’eau, depuis la pluie à ce qui se passe dans la nature.

Quelle est la particularité du territoire ?
En Bretagne, l’eau du robinet provient à 75 % des eaux de surface, et 25 % des eaux souterraines : des captages, des nappes, des nappes phréatiques. On a un terrain granitique, et l’eau s’écoule, donc il n’y a pas beaucoup de réserve.
Comment y remédier ?
Il faut désartificialiser pour que l’eau s’infiltre dans la terre. C’est pourquoi le SAGE (schéma d’aménagement et de gestion des eaux) a été mis en place en 2007, pour que les territoires travaillent ensemble en faveur de la reconquête de la qualité des eaux et des milieux naturels associés. L’eau est un bien commun à préserver.
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Trois questions à Mélanie Baric, animatrice du SAGE.
Comment la sécheresse impacte-t-elle les milieux ?
Les zones humides se gorgent d’eau quand il pleut, et redistribuent progressivement cette eau en subsurface ou en souterrain. Ces milieux permettent de mieux réguler la progressivité de l’eau. Le sol est fissuré et l’hiver, il pleut beaucoup. Une fois que ces fissures sont comblées, que nos stocks sont renouvelés, l’eau part très vite dans les rivières, à la mer. On ne peut pas stocker en quantité suffisante pour pallier les périodes de sécheresse, fortes et longues, auxquelles on est confrontés aujourd’hui.
Quel est l’enjeu principal ?
Préserver les milieux qui permettent de stocker l’eau : maintenir la biodiversité pour pallier les problématiques d’érosion des sols, de ruissellement qui ne permettent pas à l’eau de s’infiltrer suffisamment pour renouveler les stocks.
Que disent les projections avec l’évolution du climat ?
Que les épisodes de pluie sur l’hiver vont se renforcer, et que les périodes de sécheresse vont s’étendre. Par le passé, il pleuvait continuellement, donc les stocks se régénéraient. Aujourd’hui, les cultures souffrent dès le printemps, et s’il n’y a pas de pluie de manière relativement régulière, on peut en pâtir par la suite.
Trois questions à Valérie Horyniecki, chargée de mission d’alimentation en eau potable
Est-ce qu’on manque d’eau actuellement ?
Le débit de la rivière baisse, et atteint une situation d’étiage. Mais un étiage moins sévère que sur le reste du département, ou sur celui qu’on a connu en 2022. Ça nous contraint à une vigilance car il faudra tenir jusqu’à début octobre.

Protéger la ressource en eau, c’est l’affaire de tous ?
Tout le monde doit s’y mettre. Il y a une consommation importante aux périodes touristiques. Quand on a un pic de température, la consommation et les besoins vont suivre les mêmes courbes. Les animaux, quand il fait chaud, boivent plus. Il faut que chacun adopte un comportement responsable vis-à-vis de tous les usages, et prenne conscience du risque qu’il peut y avoir si on a une prolongation de cette situation dans la durée.
Que se passerait-il ?
On est tributaire du débit de l’Aber-Wrac’h : il y a un débit minimum à partir duquel on ne peut plus pomper. Il faut demander des irrigations en cas de sécheresse. Si c’est vraiment sec, c’est qu’il n’y a plus d’eau, et c’est le milieu qu’on met en danger. C’est arrivé en 2022 : on a dû descendre un peu en dessous du débit réservé. Aujourd’hui, on ne pourrait pas se permettre de perdurer encore plusieurs semaines sans précipitation, avec de fortes températures.
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