Crise migratoire à Ceuta : les sombres calculs de Trump et Netanyahou (H.fr-3/08/26)

Des soldats espagnols s’apprêtent à escorter de jeunes Marocains vers la frontière, à Ceuta, le 1er août 2026. Ils étaient plus de 50 000 à être entré dans l’enclave en l’espace de quelques jours.
© JORGE GUERRERO / AFP

Par Cathy DOS SANTOS

Le drame de Ceuta, où 72 migrants ont perdu la vie, fait l’objet de sordides instrumentalisations. Vociférations alarmistes et racistes, discours sécuritaires nauséabonds, mise au ban de Madrid par Giorgia Meloni… La faute incomberait au président du gouvernement espagnol, accusé d’avoir suscité un appel d’air en procédant au printemps dernier à la régularisation massive de travailleurs sans papiers. Même antienne du côté de la Maison-Blanche qui voit là une aubaine pour s’en prendre au socialiste Pedro Sanchez, bête noire de Donald Trump et Benyamin Netanyahou.

Pour Washington, la manœuvre est double. Elle vise d’un côté à discréditer un farouche adversaire de la course aux armements au sein de l’Otan qui dénonce l’implacable génocide en cours à Gaza. De l’autre, elle lui permet de réaffirmer un plein soutien à Rabat, un allié stratégique dans la région depuis le premier mandat de Trump avec la signature des accords d’Abraham et la reconnaissance de la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental illégalement occupé.

Ces tragiques événements ravivent un contentieux diplomatique lourd entre Madrid et Rabat, dans lequel se sont engouffrés les États-Unis et Israël. Les premiers lorgnent depuis des années les immenses richesses naturelles dont regorge le Sahara occidental. Le second est l’un des principaux pourvoyeurs de technologies sécuritaires et d’espionnage : logiciel Pegasus, construction du mur dans les territoires occupés par le Maroc, etc. C’est pourquoi on peut difficilement croire que le royaume chérifien n’était pas au courant du mouvement migratoire qui s’organisait sur son sol. Ce que les renseignements espagnols ont depuis confirmé.

Tout à leur partition géopolitique, républicains et dirigeants israéliens promeuvent un changement de statut de Ceuta et Melilla, l’ambassadeur d’Israël à l’ONU allant jusqu’à qualifier la première d’« enclave coloniale ». Comme si Israël était autorisé à faire la leçon ! Mohammed VI, qui ambitionne de voir ces territoires passer sous drapeau marocain, n’en demandait pas tant, malgré l’image déplorable renvoyée par le royaume. Les calculs et les manipulations des uns et des autres ne peuvent occulter les raisons profondes de l’exode des jeunes Marocains : le chômage, la misère et le manque d’avenir, conséquences de politiques injustes, inégalitaires et répressives.

Source: https://www.humanite.fr/en-debat/ceuta/crise-migratoire-a-ceuta-les-sombres-calculs-de-trump-et-netanyahou

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