
© David Sepeau / Hans Lucas via AFP
Suite aux incendies dans l’ouest de la France, les syndicats de l’entreprise postale préparent une action en justice et déposent un préavis de grève. En cause : la décision d’imposer des jours de congé aux agents touchés par les feux et l’obligation de rattraper les heures perdues pour les fermetures de sites.
Par Clémence LE MAITRE
Les incendies en Gironde provoquent une crise sociale au sein de La Poste. Selon la CGT, environ 500 postiers, tous services confondus, ont dû être évacués de leur domicile sous la menace des flammes. Pourtant, pour ces salariés confrontés au traumatisme de l’évacuation, la direction a fait le choix d’appliquer une directive stricte : chaque jour d’absence au travail doit être régularisé par la pose d’un jour de congé.
Cette mesure, bien que conforme au cadre légal, est perçue par les représentants du personnel et les agents comme une véritable « double peine ». « On nous a dit de poser des congés, mais ce ne sont pas des vacances. Ce n’est pas un choix d’avoir été évacué de chez soi, s’indigne un facteur contraint de vivre dans un camping depuis le samedi 25 juillet. La direction ne se met pas du tout à notre place. »
Ce dernier rappelle que les plannings de repos sont exigés dès le début de l’année par l’entreprise : « Je n’ai plus de congés à poser et, normalement, aucun postier n’en a encore à cette période de l’année. » Sans information complémentaire de la part de sa hiérarchie, le postier s’inquiète de devoir annuler des jours de congé pendant lesquels il avait prévu de partir en vacances.
Face à ce qu’il qualifie de décisions « opportunistes et immorales », Johnny Perré, délégué syndicat CGT de La Poste Gironde, et les autres syndicats du personnel sont montés au créneau. À compter du lundi 3 août, un préavis de grève a été déposé, tandis qu’une majorité syndicale a voté le lancement d’une attaque en justice contre le groupe. Les syndicats réclament l’attribution de l’autorisation spéciale d’absence (ASA) – une dispense de service rémunérée pour les agents publics – déjà utilisée lors de la crise sanitaire du Covid.
Une mesure jugée « scandaleuse »
« Ils ont fait le choix de ne pas l’utiliser et de rentabiliser la situation en supprimant les congés des collègues, ce qui représente un bénéfice direct pour l’entreprise, s’insurge Johnny Perré. Les salariés vont payer deux fois la catastrophe dont ils sont victimes. » De son côté, la CGT FAPT dénonce une attitude « qui n’est pas à la hauteur de la gravité de la situation, quand elle n’est pas proprement indécente ».
Au-delà de la situation des agents évacués, la gestion des fermetures d’établissements attise également la révolte. Quinze bureaux de poste étaient fermés le 30 juillet, selon le site de La Poste, tout comme la plateforme de Cestas, qui gère le tri du courrier sur dix départements du Sud-Ouest. Pour compenser ces fermetures imposées par la préfecture, La Poste a notifié aux salariés qu’ils devront récupérer l’ensemble des heures « perdues », c’est-à-dire de travail non effectué, sur une période de 12 mois.
À partir du mois de septembre, ces heures seront reportées sur un compteur que les agents devront progressivement effectuer, à raison d’une heure supplémentaire par jour maximum. Ces heures à rattraper concernent également les personnes qui étaient en congé ou en arrêt maladie durant la période de fermeture. Une mesure qui existe « de longue date », selon La Poste, mais jugée « scandaleuse » par les syndicats, d’autant que les salariés n’ont pas le choix.
Johnny Perré accuse l’entreprise d’avoir pris des décisions rentables : « C’est un calcul de leur part. Cette redistribution d’heures perdues va leur permettre, lors des périodes de pics d’activité, de payer moins d’heures supplémentaires, d’intérimaires ou de contrats à durée déterminée (CDD) », analyse le syndicaliste. Il souligne que cette directive s’étendrait au-delà de la Gironde, touchant notamment « des salariés en Corrèze ou à Limoges », en raison de l’effet domino créé par l’arrêt de la plateforme de Cestas.
« Nous servons de cobayes »
« La Poste est le premier employeur de France après l’État et sa gestion peut donner l’exemple à d’autres structures. Aujourd’hui, nous servons de cobayes », s’inquiète le représentant syndical. La CGT FAPT Gironde exige du groupe, « qui a les moyens de mettre tout en œuvre pour aider ses salariés, (de) neutraliser totalement les absences liées directement ou indirectement à la catastrophe, maintenir les salaires et tous les droits afférents ».
Contactée, La Poste a répondu que « plusieurs solutions sont recherchées en priorité, comme le télétravail ou une affectation sur un autre site adapté ».
À cette bataille s’ajoute un volet sanitaire. Dans plusieurs départements où les seuils d’alerte à la pollution aux particules fines ont été dépassés à cause des incendies, de nombreux facteurs ont continué leurs tournées en étant exposés aux fumées toxiques.
Si la direction a mis à disposition des masques FFP2 pour les agents qui le souhaitaient, la CGT juge cette réponse insuffisante. Un signalement pour « danger grave et imminent » (DGI) a été déposé par le syndicat, qui exige que l’ensemble des agents vulnérables soient mis à l’abri via des dispenses de service.
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