Verbalisés pour un feu sur une plage : on a passé une nuit avec des gendarmes spécialisés en intervention en Finistère (OF.fr-5/08/26)

« On compense par de la présence » : une nuit avec le PSIG de Douarnenez | OUEST FRANCE

Pêche de nuit, feu sur une plage, suspicion de vol…Nous avons suivi trois militaires du peloton de surveillance et d’intervention de la gendarmerie (PSIG) de Douarnenez (Finistère) dans la nuit du lundi 3 au mardi 4 août 2026. Dans ce territoire où les interventions sensibles sont moins nombreuses qu’ailleurs, ces gendarmes spécialisés assurent aussi une mission de présence.

Par Hubert MARY

Le vrombissement de la machine à café couvre un instant la voix nasillarde du poste de transmissions qui relaie les demandes d’intervention dans le Finistère.

Gilet pare-balles, pistolet, matraque

Au peloton de surveillance et d’intervention de la gendarmerie (PSIG) de Douarnenez, à 23 h ce lundi 3 août 2026, trois militaires, Jérôme, Guillaume et Maxence (les noms de famille des gendarmes ont été volontairement omis afin de protéger leur identité), s’apprêtent à partir pour quatre heures de patrouille.

Jérôme, grand gaillard de près de 2 m, termine un café dans une tasse Batman. Il est équipé d’un gilet pare-balles, d’un pistolet, d’une matraque, de menottes, d’une caméra-piéton et de lampes, soit près de 15 kg. Difficile de courir avec tout ça, sourit-il.

En plus des patrouilles de jour, les gendarmes du PSIG de Douardenez travaillent deux nuits par semaine. | OUEST FRANCE

« Veuillez ranger vos outils »

23 h 47, port du Rosmeur. Une trentaine de pêcheurs bordent la jetée. L’adjudant-chef Guillaume, qui dirige la patrouille, saisit le mégaphone : Messieurs dames, bonjour. La pêche de nuit est interdite, veuillez ranger vos outils. Les cannes se replient. Même pas eu le temps de faire un lancer ! peste un homme. À l’arrière du véhicule, Jérôme vérifie les plaques d’immatriculation sur son Néogend, le smartphone professionnel sécurisé des gendarmes.

C’est le Centre d’opérations et de renseignement de la gendarmerie (CORG), basé à Quimper, qui reçoit notamment les appels au 17 et engage les patrouilles.

Peu après minuit, il envoie les militaires à Penmarc’h. Onze jeunes ont allumé un feu sur la plage. Pour éviter qu’ils ne prennent la fuite, la voiture reste à distance. Guillaume et Jérôme avancent à pied, lampes éteintes, guidés par la lueur du foyer, pendant que Maxence, arrive en voiture par l’autre accès. Contrôle d’identité, ordonne Guillaume.

Aucun des trois n’a encore verbalisé ce type d’infraction. Ils cherchent l’arrêté puis le code Natinf (code d’immatriculation permettant de classer chaque infraction pénale) correspondant. Quinze minutes passent. Je n’ai jamais fait ça. On improvise, glisse Guillaume. L’amende est finalement de 135 €. La plus âgée, 24 ans, est verbalisée. Vous ferez une cagnotte, ironise le gendarme.

Les gendarmes du PSIG de Douarnenez verbalisent des jeunes ayant allumé un feu sur la plage. | OUEST FRANCE

Un scooter dans la nuit

1 h 29. « Au Summum », du groupe 113, résonne dans l’habitacle. Le CORG prévient : à Plobannalec-Lesconil, deux personnes à scooter auraient tenté d’ouvrir des voitures. Vingt minutes plus tard, plus personne. La patrouille se poste en surveillance à proximité. Un scooter blanc finit par apparaître.

Le conducteur mâchouille nerveusement un bâton de sucette. Huit mentions apparaissent à son nom dans le traitement d’antécédents judiciaires (TAJ). La palpation ne révèle ni arme ni stupéfiant. Sans plainte, il repart.

Beaucoup de stups ici. Et de plus en plus de drogues dures, glisse Jérôme. En novembre 2025, une opération à Douarnenez, Pont-l’Abbé et Quimper avait mobilisé 220 gendarmes et démantelé deux réseaux. Plus de 100 000 € de cocaïne, héroïne, cannabis et ecstasy avaient été saisis.

Sans plainte ni pièces à conviction, rien n’a permis aux gendarmes d’interpeller l’homme sur le scooter blanc. | OUEST FRANCE

« On ne fait plus peur à personne »

2 h 19. La radio s’allume : une altercation à Douarnenez. Seize minutes plus tard, la rue est vide. Belle inter, commente Jérôme. Heureusement qu’on est dehors, sinon le brigadier se lèverait pour aller voir et tomberait sur une rue vide, reprend Guillaume.

En repartant, ils entendent une musique techno s’échapper d’un appartement. On y va avant qu’on soit appelés. Depuis la rue, les militaires demandent à l’occupant de descendre. Et si je ne veux pas ? On vient vous chercher. L’homme, visiblement alcoolisé, referme sa baie vitrée. On ne fait plus peur à personne, souffle Maxence.

La dernière étape de la nuit est une «brigade» : deux personnes placées en cellule de dégrisement pour ivresse publique et manifeste doivent être surveillées. Personne n’y est présent en permanence la nuit : les patrouilles passent vérifier leur état. Quelques mois plus tôt, un homme avait réussi à découper ses vêtements pour fabriquer un semblant de corde.

Lire aussi : Opération déferlante des gendarmes à Quimper : des saisies « significatives »

Une présence avant tout

Nous sommes en zone périurbaine, où la criminalité visée par les PSIG est moindre, explique Guillaume. Autre singularité : Douarnenez et Quimper ont chacun un PSIG sur une seule compagnie.

Ici, le groupement privilégie la prévention de voie publique : être visible et rassurer. On compense le fait qu’il n’y ait pas une énorme délinquance par de la présence. Je peux comprendre que des militaires qui viennent pour faire de l’intervention soient déçus.

3 heures du matin : les gendarmes du PSIG s’assurent que les personnes placées en cellule de dégrisement la veille sont en bonne santé. | OUEST FRANCE

Les sorties en civil ou en véhicule banalisé doivent être motivées. On a besoin de voir du bleu, résume Guillaume. Quand il y a deux patrouilles dehors, ça coûte quoi d’en avoir une en civil et l’autre en tenue ? lâche Maxence.

Vers 3 h, retour sous les néons. Encore quinze à vingt minutes de comptes rendus à réaliser. Cette nuit-là, le PSIG aura surtout fait de l’appui : prévenir, contrôler, dissuader, surveiller. Des missions qui font partie de ses attributions, mais loin des interventions sensibles auxquelles ces militaires sont aussi formés. On est là pour aider les brigades, résume Guillaume. Derrière la phrase, pointe l’envie de faire davantage.

Source: https://www.ouest-france.fr/politique/defense/gendarmerie/on-compense-par-de-la-presence-on-a-passe-une-nuit-avec-des-gendarmes-specialises-en-intervention-en-finistere-356b148c-8fff-11f1-9add-57c399f24235

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