40 °C, bâti inadapté : la Bretagne n’est pas le refuge climatique qu’on croit (reporterre.net-6/08/26)

Le 22 juin 2026, à Rennes, les températures ont atteint 40 °C en journée. Ici, un homme se protège du soleil avec sa casquette en passant devant l’église Saint-Germain, à Rennes. – © Jérémie Lusseau / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

Sol granitique qui stocke peu l’eau, bâti inadapté… Longtemps considérée comme un territoire refuge, la Bretagne se trouve aujourd’hui particulièrement peu préparée aux effets du réchauffement climatique.

Par Chloé RICHARD

Des records de températures battus, avec 42 °C à Vannes (Morbihan), 41 °C à Rennes (Ille-et-Vilaine), 39 °C à Brest et à Quimper (Finistère). Un transformateur qui explose avec la chaleur, privant 68 000 foyers d’électricité et entraînant le débordement de stations d’épuration, qui aboutit alors à la fermeture de plusieurs plages dans le Finistère Sud. Des alertes sécheresse dans toute la Bretagne qui ne cessent de s’aggraver, faute de pluie, et poussant des usines à fermer pendant plusieurs jours.

Après la canicule de l’été 2022 et l’incendie des Monts d’Arrée, la tempête Ciaran et ses rafales dépassant les 200 km/h en novembre 2023, des Bretons chassés définitivement de chez eux par la submersion marine en janvier 2025, l’année 2026 prouve, une nouvelle fois, que la Bretagne est elle aussi frappée de plein fouet par le dérèglement climatique.

Pourtant, l’image d’une Bretagne qui serait préservée du réchauffement climatique semble avoir la dent dure. D’après un sondage mené par Ici et Odoxa en septembre 2025, 3 Français sur 10 se disent prêts à déménager de leur commune en raison du dérèglement climatique. 37 % d’entre eux envisagent la Bretagne comme destination. La pluviométrie, plus élevée ici que dans le reste de l’Hexagone y est sans doute pour quelque chose : longtemps la Bretagne a d’ailleurs été moquée pour celle-ci. Pour le bassin rennais, on compte 700 mm de précipitations par an, et jusqu’ à 1 300 mm de précipitations pour le Finistère, contre 500 mm en moyenne à l’échelle de la France métropolitaine.

Un imaginaire façonné par la presse

Mais la presse participe aussi, d’une certaine manière, à façonner cet imaginaire de territoire « refuge ». À titre d’exemple, Le Figaro Immobilier parle, dans un article paru en juin, de la Bretagne comme d’une région « qui pourrait devenir un vrai refuge climatique ». Le 11 juillet, Le Parisien présente une partie de la côte nord du Finistère comme un refuge contre la canicule, où il ne fait « que » 30 °C « pendant que Brest suffoque sous 38 °C ».

Quelques jours plus tard, le 17 juillet, dans sa rubrique « Argent », le journal Le Monde a fait paraître un article intitulé « Où acheter un logement en France pour se réfugier lors des canicules ? » et citant cette fois-ci Brest, mais aussi la ville de Douarnenez, située elle aussi dans le Finistère.

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« Croire que la Bretagne est un refuge climatique a toujours relevé du mirage », selon Stéven Tual, météorologue et fondateur du site de prévisions météo Temps breton. Une des premières idées reçues étant de croire qu’un seul climat définit la région. « Alors qu’on compte environ six microclimats, définis par des biomes, des entités paysagères différentes qui fonctionnent avec des climats différents », précise Stéven Tual.

Sur le littoral nord et ouest, les températures sont plus douces en hiver et fraîches l’été. Dans le nord-ouest du Finistère, le climat n’est ainsi pas le même qu’au cœur des Monts d’Arrée, dans les Montagnes noires et le mont du Méné qui, par leur relief, attirent davantage la pluie, comme l’indique sur son site l’Observatoire de l’environnement en Bretagne (OEB), un établissement public financé par les collectivités locales.

45 °C attendus en 2040

Avec le dérèglement climatique, « la Bretagne est aussi concernée par la montée de la température moyenne. On a moins besoin de se chauffer l’hiver, en échange on a plus besoin d’être au frais l’été », souligne Pierre d’Arrentières, chef de projet climat et adaptation au sein de l’OEB.

Selon les données de l’observatoire, la température moyenne annuelle en Bretagne a augmenté de 1,6 °C par rapport à la période 1961-1990, contre 1,9 °C au niveau de la France hexagonale. Pour autant la région n’est pas épargnée par les événements extrêmes, comme l’a déjà montré la canicule de fin juin. « Comme partout, la Bretagne va aussi connaître des canicules plus longues et plus intenses. Dès 2040, on atteindra 44-45 °C. Les vagues de chaleur seront bien plus intenses que celles de 2026, et 2 à 3 fois plus longues. Certaines pourront durer deux mois », ajoute Pierre d’Arrentières.

Difficile de s’imaginer à l’abri du dérèglement climatique avec de telles températures. Fin juin, 5 000 tonnes d’animaux d’élevage morts — ce qui représente des centaines de milliers de bêtes —, succombant aux plus ou moins 40 °C qui ont frappé le territoire, ont dû être enfouies, faute de place dans les stations d’équarrissage qui étaient débordées.

Une eau en tension

Le territoire se présente aussi comme particulièrement vulnérable face au dérèglement climatique. À commencer par l’eau, qui risque de sévèrement manquer d’ici la fin de l’été, mais aussi dans les années à venir. Le sol breton, granitique, stocke peu d’eau. « Les nappes se vident assez vite. On est très dépendant des réserves de surfaces, 75 % des réserves d’eau en Bretagne sont des barrages. S’il ne pleut pas pendant longtemps, on atteint vite une situation critique », alerte Pierre d’Arrentières.

Malgré un hiver particulièrement pluvieux, avec des précipitations qui ont duré quarante jours par endroit, « dès le printemps, si les températures sont élevées et si le printemps est sec, on peut rapidement être en état de sécheresse », complète le météorologue Stéven Tual. En mai, déjà, le Finistère alertait sur le risque de sécheresse. Aujourd’hui, la partie sud du département, comme tout le sud de la Bretagne, est en alerte 3 sécheresse renforcée, ou en alerte 4 — soit l’état de crise, le niveau maximal d’alerte. Le reste du territoire étant en niveau 2 d’alerte sécheresse.

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Début juin, pour alerter sur le manque d’eau, la Région Bretagne a lancé une campagne pour inciter à l’économie d’eau auprès des particuliers. L’agriculture, qui représente 21 % de la consommation d’eau potable sur le territoire, accentue cette vulnérabilité de la région.

Les captages d’eau, qui ont dû fermer en raison de la pollution aux pesticides, privent également la région d’un accès à l’eau potable. Pour Pauline Pennober, chargée de mission politique de l’eau au sein de l’association Eau et Rivières de Bretagne, « il faudrait protéger ces captages des pesticides et nitrates » pour rendre l’eau de nouveau potable, et donc prélevable.

Un bâti inadapté au dérèglement climatique

La croissance démographique que connaît la Bretagne, avec + 0,6 % d’habitants par an — une croissance double par rapport à celle de la moyenne nationale — devrait aussi accentuer la pression sur l’eau. Selon l’Insee, la région, qui compte 3,5 millions d’habitants, devrait voir sa population gagner 400 000 habitants entre 2018 et 2040.

En janvier 2025, le bassin de la Vilaine a connu des inondations d’ampleur, en raison de pluies intenses — un autre effet du dérèglement climatique — qui ont révélé l’inadaptation d’une partie de l’urbanisation, touchant notamment… des zones inondables.

Le logement est lui aussi considéré comme inadapté face au dérèglement climatique, « et notamment aux fortes chaleurs », complète Clément Jeanneau, consultant et co-auteur avec Antoine Poincaré de l’ouvrage Gérer l’inévitable : répères face à la dérive climatique (éd. Terre à terres, janvier 2026). Le bâti a en effet surtout été pensé pour résister au froid. Et les toitures noires en ardoise, typiques de Bretagne, qui absorbent la chaleur, apparaissent aujourd’hui complètement inadéquates.

Côté pouvoirs publics, « quand je parlais il y a six mois de fortes chaleurs à venir, je voyais que ça ne prenait pas, raconte Pierre d’Arrentières. C’est un processus très long pour amener à la prise en compte de ces données. Mais l’actualité remet les enjeux à leur place », et esquinte quelque peu l’image d’une Bretagne comme refuge climatique. Pour Clément Jeanneau, « il faut simplement arrêter de croire qu’un territoire peut être préservé. Aucun territoire ne l’est face au dérèglement climatique ».

Source : https://reporterre.net/40-oC-bati-inadapte-la-Bretagne-n-est-pas-le-refuge-climatique-qu-on-croit

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