
Le 15 juin 2026, la Moldavie et l’Union européenne (UE) ont formellement entamé les négociations en vue d’une adhésion. Déterminée à conduire son pays sur une voie européenne, la Présidente moldave Maia Sandu milite activement pour une adhésion rapide. Si la guerre en Ukraine et les tentatives russes d’ingérence ont accentué la volonté européenne d’offrir des perspectives d’adhésion à la Moldavie, des difficultés persistent. La population moldave voit d’un mauvais oeil l’engagement européen en Ukraine et la fin du gaz russe, perçu comme un facteur de renchérissement des prix de l’énergie et d’accroissement de l’inflation. Si la Moldavie affiche une volonté transpartisane de rester neutre, les derniers fonds européens impliquent une refonte de sa politique de Défense qui la rapproche de facto de l’OTAN.
Par Paul SIMON
Population clivée
A la suite de l’élection présidentielle en octobre 2024 (victoire de la présidente sortante Maia Sandu) et du référendum visant à entériner la trajectoire européenne dans la constitution moldave (le Pour l’a emporté avec 50,35%), la victoire du Parti Action et Solidarité (PAS) lors des élections législatives de septembre 2025 a conforté la présidente moldave Maia Sandu dans sa trajectoire pro-européenne avec l’appui d’une majorité des votants. Ce, malgré la polarisation de la société moldave et une abstention de près de 48%1. La victoire du PAS n’a pu être obtenue que grâce à la mobilisation massive de la diaspora moldave expatriée en Europe – environ 280 000 votants, soit un cinquième du corps électoral – qui a voté à une écrasante majorité pour le parti de Maia Sandu. Un scrutin qui révèle une forte polarisation, dans un pays où une partie importante de la population, frappée par les difficultés économiques consécutives à la guerre d’Ukraine, voit d’un mauvais œil le rapprochement de la Moldavie avec l’UE.
Si la neutralité moldave reste un consensus transpartisan, cette séquence inaugure un rapprochement avec l’Alliance atlantique
La victoire du PAS semblait loin d’être acquise, notamment à cause de l’importante inflation que connaît le pays. La défiance à l’égard du gouvernement avait pu être accrue par la campagne d’ingérences liée à des réseaux pro-russes, dont l’ampleur est difficile à établir. Lors de l’élection présidentielle de 2024, l’ingérence russe avait été estimée à 100 millions d’euros par les autorités, qui auraient permis d’acheter plus de 100.000 voies – sans que ces chiffres aient pu être vérifiés de manière indépendante.
Le PAS a réussi à remporter l’élection en axant sa campagne non pas sur des questions de politique intérieure, mais en faisant de cette élection une échéance géopolitique et choix d’avenir en faveur de la démocratie. A ce titre, Maia Sandu a elle pu bénéficier du soutien de nombreux dirigeants européens. Avec la levée du veto hongrois à la suite de l’élection du nouveau Premier ministre Peter Magyar en avril 2026, l’UE a approuvé l’ouverture des négociations d’adhésion avec l’Ukraine et la Moldavie. Le début de ce processus ouvre la voie à une accession possible de la Moldavie à l’UE, même si le calendrier est encore incertain. Le gouvernement moldave plaide pour une adhésion d’ici 2030.
Si le PAS a su remporter les dernières élections en imposant des thèmes géopolitiques, il court le risque d’être vite rattrapé par la question sociale. En premier lieu à l’égard des zones rurales, grevées par l’inflation et une pauvreté encore très répandue. L’inflation demeure actuellement le principal sujet de préoccupation de la population moldave2. Ce sont notamment les prix de l’énergie qui ont explosé depuis 2022 avec la fin de l’approvisionnement en gaz russe, si bien que les dépenses liées à l’énergie sont aujourd’hui le principal poste de dépenses de nombreux ménages. Une difficulté matérielle qui explique le peu d’entrain d’une partie de la population à l’égard de l’engagement de la Moldavie dans la guerre d’Ukraine.
Financements européens, rapprochement atlantique
Le gouvernement va également devoir poursuivre les réformes structurelles de son système, en entament par exemple la très attendue réforme de la justice – qui ne consiste en réalité pas en une réforme unique mais en une série de mesures visant à réformer le système judiciaire moldave. Celle-ci est un axe de développement essentiel pour espérer poursuivre l’intégration de la Moldavie dans l’UE. La réforme doit permettre d’accroître la transparence du système judiciaire, afin de faire reculer la corruption dans un pays qui en est gangréné – la Moldavie se situe aujourd’hui 80ème rang sur 182 pays d’après l’ONG Transparency International. En juin 2026, le Premier ministre moldave Alexandru Munteanu a démissionné sur fond d’affaires de corruption au sein d’entreprises publiques moldaves. Cette corruption n’épargne aucun des camps : plusieurs dirigeants de l’entreprise publique MoldATSA, dont une proche de Maia Sandu, auraient accédé à leur poste dans des conditions frauduleuses, avec des salaires largement au-dessus de leur valeur réelle. A la suite de cette affaire, la présidente Maia Sandu a annoncé une série de mesures pour lutter contre la corruption dans les institutions publiques.
Par ailleurs, un plan de 1,9 milliards d’euros financés par l’UE a été décidé en mars 2025, afin de soutenir l’économie moldave et d’accélérer les réformes fondamentales. Ont également été votées des aides à hauteur de 250 millions d’euros pour développer l’indépendance énergétique de la Moldavie, en raccordant par exemple le pays au réseau énergétique européen via la Roumanie. La Moldavie bénéficie enfin de 200 millions d’aides en matière de sécurité et de défense dans le cadre de la Facilité européenne pour la Paix (FEP).
Contre ces aides, le 8 Octobre 2025, le gouvernement moldave a approuvé la révision de sa politique de défense pour 2025-2035. Parmi les 18 priorités évoquées dans sa nouvelle revue stratégique (modernisation des armements, développement de nouvelles technologies pour lutter contre les menaces hybrides, amélioration de la défense aérienne, etc), un élément clé de la nouvelle stratégie consiste à rapprocher la Moldavie des normes de défense de l’Union européenne et à participer à des missions internationales sous l’égide de l’ONU, de l’OSCE, de l’UE et… de l’OTAN3. Des critères de cette dernière organisation, la Moldavie s’engage également à rapprocher les standards de son système d’armement. Ainsi, si la Moldavie insiste sur sa neutralité et sur une politique militaire uniquement défensive – la neutralité moldave, donc la non-adhésion à l’OTAN reste un consensus transpartisan -, cette séquence inaugure un rapprochement avec l’Alliance atlantique.
Convergence économique, opportunités d’investissements
Signe d’un intérêt croissant pour la Moldavie, la EU-Moldova Investment Conference en juin 2026 a engendré des promesses d’investissements à hauteur de 641 millions d’euros dans des projets stratégiques (modernisation d’écoles, construction de logement, rénovations d’infrastructures publiques, construction de data centers, développement du secteur agricole, etc). Ces investissements seront financés aux deux tiers par des institutions financières européennes (dont l’Agence française de développement) et le tiers restant par des entreprises privées.
Le cas de la région autonome de Transnistrie a longtemps constitué un blocage à l’adhésion de la Moldavie à l’UE
Peut-on s’attendre à un effet de rattrapage de l’économie moldave, comme ce fut le cas pour d’autres pays, à l’instar de la Roumanie voisine qui a rejoint l’UE en 2007 ? Il convient toutefois de noter que la Moldavie part d’un niveau relativement plus bas que ces voisins européens (Roumanie, Bulgarie, Hongrie, etc) lorsque ces derniers ont rejoint l’UE, et que son industrie se caractérise par sa faiblesse. L’effet de rattrapage pourrait donc être plus important, mais il existe également un risque que ce rattrapage économique engendre une hausse de l’inflation (taux d’inflation moyen de 6,8% en 2025.
Plusieurs acteurs ont ainsi intérêt à un rapprochement avec la Moldavie, que ce soit pour des régions économiques ou politiques. Les pays d’Europe de l’est (Roumanie, Pologne, pays Baltes, etc) sont par exemple favorables à l’adhésion de la Moldavie – et à l’élargissement de manière générale – notamment pour des raisons de sécurité (renforcement du flanc est face à la Russie) mais aussi pour des raisons économiques (développement des relations commerciales avec un pays voisin qui permet d’ouvrir de nouveaux marchés). Certains secteurs sont particulièrement privilégiés, comme le transport, l’agroalimentaire ou l’informatique et les télécoms. On peut évoquer la Roumanie voisine qui est devenue ces dernières années un hub dans le domaine de l’informatique, de l’IA et de la cybersécurité. A titre d’exemple, la France est l’un des principaux investisseurs étrangers en Moldavie : plus de 200 entreprises y sont présentes maintenant 4000 emplois directs. On peut citer Orange, leader du marché mobile en Moldavie, mais aussi Sanofi, Systra, Alstom ou Accor.
L’adhésion de la Moldavie pourrait-elle y accélérer les délocalisations d’entreprises européennes et, en retour, l’afflux de produits moldaves à bas coût au sein de l’UE – sujet récurrent d’inquiétude des populations européennes ? Outre que les entreprises européennes y sont déjà massivement présentes, il faut rappeler que l’UE et la Moldavie sont liées par un accord complet de libre-échange depuis 2025 qui offre déjà aux entreprises européennes un accès au marché moldave et vice versa. Qui plus est, la Moldavie est un pays relativement petit et malgré des salaires moyens peu élevés (environ 14 000 Leu par mois en 2024, soit environ entre 650 et 700€), les entreprises européennes seraient davantage incitées à délocaliser vers des pays voisins ayant des cadres juridiques plus favorables (Serbie, Roumanie, Croatie, etc) et présentant moins de risques géopolitiques.
La Transnistrie, frein à l’intégration européenne ?
Le cas de la région autonome de Transnistrie a longtemps constitué un blocage à l’adhésion de la Moldavie à l’UE. Autoproclamée indépendante, fortement liée à la Russie (qui y stationne une unitéd e 200 soldats), elle n’est reconnue par aucun pays de l’ONU – pas même par Moscou. Aujourd’hui, la situation semble avoir évoluée. En juin 2023, le Haut Représentant pour l’Union européenne de l’époque, Josep Borrell, a indiqué lors d’une visite à Chisinau que l’intégration européenne de la Moldavie est indépendante de la question transnistrienne. Cela constitue une avancée majeure pour le gouvernement pro-européen de Maia Sandu. La diplomatie moldave s’appuie sur le précédent chypriote – coupée en deux du fait d’un différend territorial avec la Turquie et pourtant membre de l’UE – pour justifier une future intégration à l’UE.
Ce scénario n’est toutefois pas réellement satisfaisant pour les autorités moldaves. Une réintégration de la Transnistrie à la Moldavie est jugée préférable, le gouvernement moldave ne souhaitant pas donner à la Russie – dont environ 2000 soldats sont encore déployés en Transnistrie – des moyens de pressions pour peser dans les négociations d’adhésion à l’UE.
En attendant, la Transnistrie mise sur l’intégration économique de la Moldavie. Il faut du reste noter que parmi les 300.000 citoyens transnistriens possédant un passeport moldave, le PAS a obtenu 30% des voix en Transnistrie, contre 50% pour le Bloc patriotique. Preuve s’il en est que, même dans une région historiquement attachée à la Russie, l’alternative européenne est loin d’être unanimement rejetée. La guerre d’Ukraine, la fin des livraisons de gaz russe bon marché, ont en effet forcé un rapprochement entre la Transnistrie et l’UE. Pour subvenir à ses besoins en énergie, et alors que son approvisionnement en gaz dépendait à 100% de la Russie, la Transnistrie a dû se résoudre à se tourner vers la Moldavie : l’intégration de celle-ci au réseau gazier européen a partiellement permis de combler la fin des livraisons russes. Autre signe de l’intégration progressive de la Transnistrie à l’UE : durant la première moitié de 2025, entre 75 et 80% des exportations de Transnistrie allaient à l’UE, contre 50% en 2019. De même, les importations de produits européens représentaient entre 45 et 55% des importations totales de Transnistrie, entre 2023 et 2025.
Malgré la victoire du PAS, les récents scrutins de 2024et 2025 n’ont pas réglé les problèmes de fond. La polarisation du pays demeure, et le rapprochement avec l’Union européenne ne se fera pas sans heurts. Celle-ci pourrait d’ailleurs voir d’un mauvais oeil l’intégration d’un pays vulnérable à la sphère d’influence russe…
A noter qu’un scénario alternatif a récemment fait parler de lui. Le Parlement roumain a examiné une proposition de loi, portée par son parti le plus à droite, visant à unifier la Roumanie et la Moldavie, en raison de leur histoire commune et de liens économiques importants. Sans fermer la porte à un tel scénario, Maia Sandu a estimé qu’il nécessiterait l’aval de la population moldave. Selon un sondage réalisé en Moldavie début 2026, seul un tiers des personnes interrogées se sont exprimées en faveur d’une réunification.
Notes :
1 La composition du Parlement est comme suit : Parti Action et solidarité (PAS, parti de la présidente Maia Sandu) 55 sièges ; Bloc patriotique (ouvertement pro-russe) 26 sièges, Bloc alternative (parti du maire de Chisinau, pas ouvertement positionné entre l’UE et la Russie, mais liens avec la Russie, 8 sièges), Notre Parti et Democratia Acasa (populistes et antisystèmes, promu par le parti d’extrême-droite roumaine George Simeon, 6 sièges chacun).
2 La Moldavie a connu un pic d’inflation en 2022 (28%) et se trouvait en 2025 à 7,8%, d’après les chiffres de la Banque Mondiale.
3 “A propos de l’approbation de la Stratégie militaire de la République de Moldavie pour les années 2025-2035”, Gouvernement de la République de Moldavie, décembre 2025.
Source: https://lvsl.fr/moldavie-derriere-le-rapprochement-avec-lunion-europeenne/
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article assez médiocre qui parle plus des méchants russes que des élections truquées avec la neo nazie en action!