Sainte-Soline à sec : le modèle des mégabassines à l’épreuve des canicules (reporterre.net-17/08/26)

La mégabassine de Sainte-Soline, dans les Deux-Sèvres, le 18 juillet 2024. – © Christophe Archambault / AFP

La réserve d’eau de Sainte-Soline a vu ses stocks intégralement évaporés par les fortes chaleurs de cet été. Un signe de fragilité qui questionne sur la capacité des mégabassines à aider l’agriculture face au changement climatique.

PAR Sylvain LAPOIX

La Rochelle (Charente-Maritime), correspondance

Sainte-Soline, séchée par les canicules, est révélatrice de la fragilité des mégabassines face au changement climatique. Interdite de remplissage et d’utilisation depuis la décision de la cour d’appel de Bordeaux de décembre 2024, la réserve de substitution de Sainte-Soline s’était vue partiellement remplie par les pluies hivernales à hauteur de 50 000 m³. Un volume conséquent qui s’est intégralement évaporé durant les deux premières canicules ! Rien qu’entre le 15 juin et le 20 juillet, 40 000 m3 — la consommation annuelle de plus de 900 personnes — ont été dissipés, pschit !

Une démonstration en conditions réelles de la vulnérabilité des mégabassines pour stocker l’eau à usage agricole face à un climat qui se réchauffe et à des vagues de canicule de plus en plus précoces et fréquentes. De quoi appuyer l’argument des opposants aux mégabassines qui critiquent les risques d’évaporation massifs dans les stockages d’eau en surface, là où les nappes phréatiques préservent la ressource.

Une démonstration de poids, au lendemain de l’adoption de la loi d’urgence agricole qui prévoit le doublement des stockages d’eau d’ici 2035.

1 000 m3 d’eau évaporés chaque jour

De son côté, la Coopérative de l’eau des Deux-Sèvres (Coop de l’eau 79), gestionnaire des mégabassines du bassin de la Sèvre niortaise et du Marais poitevin — dont fait partie Sainte-Soline —, présente systématiquement les mêmes chiffres rassurant sur l’évaporation : « Les valeurs maximales d’évaporation constatées […] sur les réserves de substitution sont de l’ordre de 3 à 4 % du volume stocké. La pluviométrie compense largement l’évaporation », énonce ainsi l’organisation sur son site. Une affirmation que l’année écoulée contredit point par point.

Remplies en temps normal par pompage des nappes phréatiques durant les périodes dites de « hautes eaux » (automne et hiver), Sainte-Soline à l’arrêt n’a été abondée cette saison que par les eaux de pluie. Mais quelles pluies ? Si d’après Météo-France, 2025-2026 fut le huitième hiver le plus pluvieux jamais enregistré, au maximum de ce remplissage naturel le 17 mars, la bassine stockait seulement 55 210 m3, soit plus de 12 % de son remplissage maximal historique de 450 000 m3.

Baisse du volume de remplissage de la mégabassine de Sainte-Soline. Système d’information sur l’eau du Marais poitevin

Cependant, à compter du mois de mai, la courbe a chuté de plus en plus vite. Au 20 juin, le département des Deux-Sèvres est passé en vigilance canicule orange, puis rouge le lendemain. Le 22 mai, la station Météo-France de Niort (la plus proche de la bassine) a affiché 41 °C. Le 20 juillet, les sondes n’ont plus détecté de trace d’eau. En moyenne durant le mois passé, plus de 1 000 m3 d’eau se sont évaporés chaque jour.

La fragilité du modèle technosolutionniste

« Ces pertes ne me surprennent pas, elles correspondent aux valeurs obtenues dans certains lacs : ce sont des puits de chaleur, analyse Florence Habets, directrice de recherche au CNRS et spécialiste des réservoirs d’eau. C’est pendant les périodes de sécheresse, où chaque goutte compte, que ces flux d’évaporation sont les plus marqués. »

Le début des canicules et l’évaporation massive qui ont touché Sainte-Soline ont ainsi coïncidé presque jour pour jour avec le début de la période d’arrosage du maïs, céréale gourmande parmi les plus irriguées par les mégabassines.

Contacté par Reporterre, François Geay, directeur de l’Établissement public du Marais poitevin, qui a pour charge la gestion de l’eau sur le territoire, confirme que le taux d’évaporation constitue « un des paramètres [de] performance » des réserves. Estimés entre 2 et 10 % pour les années précédentes, « ces taux seront de nouveau évalués en fin de campagne 2026 mais il est évidemment très fortement probable que les températures records mesurées cette année conduisent à une évaporation plus élevée que la normale », reconnaît-il.

« La situation à Sainte-Soline met une nouvelle fois en lumière la fragilité de ce modèle technosolutionniste qui n’a jamais accepté de prendre en compte les impacts du changement climatique, déclare à Reporterre un porte-parole du collectif Bassines non merci des Deux-Sèvres. Les politiques de financement de stockage hors sol que souhaitent nous vendre le gouvernement et ses partenaires agro-industriels ne répondront pas aux enjeux de notre territoire ni aux difficultés de la grande majorité de nos paysannes et paysans face à la sécheresse. »

Au-delà de Sainte-Soline, toutes les réserves de substitution du bassin affichent des taux de remplissage critiques. Premier ouvrage mis en service, la bassine de Mauzé affichait au 14 août moins de 3 000 m3 de stock, un dixième de son remplissage moyen les années précédentes à la même date. La réserve de Priaires, dernière construite, est à sec depuis le 8 août. Censés être mis à l’abri de la sécheresse par ces ouvrages, les agriculteurs raccordés aux mégabassines sont loin d’être tirés d’affaire.

Contactée par Reporterre, la Coop de l’eau 79 n’a pas répondu à nos questions.

Source : https://reporterre.net/Sainte-Soline-sechee-par-les-canicules-prouve-la-fragilite-du-systeme-des-megabassines-La

URL de cet article: https://lherminerouge.fr/wp-admin/post.php?post=106824&action=edit

Article suivant :

Article précédent :

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *