Première Résistante condamnée à mort, cette Bretonne a été « la femme la plus recherchée de France » durant l’Occupation (OF.fr-23/08/26)

« La manifestation de la rue de Buci est l’un des épisodes emblématiques de la Résistance parisienne », selon l’historien Alain Prigent. | ARCHIVES OUEST-FRANCE

Enseignante, militante communiste, puis députée, Madeleine Marzin est la première femme Résistante condamnée à mort, durant la Seconde Guerre mondiale. Née à Loudéac (Côtes-d’Armor), elle a grandi dans le Trégor. Retour sur l’affaire de la rue de Buci, « épisode emblématique de la Résistance parisienne », qui a conduit à son arrestation.

Par Kathleen PLAISANTIN

Sur la photo prise le 2 juin 1942, après son arrestation, le regard dur et déterminé de Madeleine Marzin interpelle. Cette image, Alain Prigent, ancien professeur d’histoire à Lannion (Côtes-d’Armor), l’a choisie pour illustrer la couverture de son livre Madeleine Marzin, bretonne, résistante et élue communiste de Paris, publié aux éditions Manifeste !.

La Costarmoricaine, née en 1908, est alors au cœur de l’affaire de la rue de Buci, à Paris, moment emblématique du rôle des femmes au sein de la Résistance, écrit l’auteur, qui habite à Ploulec’h. La manifestation, qui a lieu le 31 mai 1942, fait grand bruit et est relayée dans la presse ».

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Une « opération compliquée »

Pour comprendre cet épisode qui fait d’elle la première femme condamnée à mort durant la Seconde Guerre mondiale, il faut remonter au début du conflit. Le gouvernement d’Édouard Daladier dissout le Parti communiste (PC), en septembre 1939.

Après l’instauration du régime de Vichy, Madeleine Marzin, militante au sein du PC, participe à la création de réseaux souterrains, notamment dans le XVe arrondissement de Paris. Native de Loudéac (Côtes-d’Armor), elle a grandi à Plouaret, près de Lannion. Formée à l’École normale d’instituteurs de Saint-Brieuc, l’enseignante commence sa carrière dans le Trégor, avant de rejoindre la capitale et d’être nommée au Plessis-Robinson (Hauts-de-Seine).

L’ancien collège Beaufeuillage, à Saint-Brieuc, a été renommé site Madeleine-Marzin. Il accueille notamment l’Inspé (Institut national supérieur du professorat et de l’éducation). | BIBLIOTHÈQUES DE SAINT-BRIEUC

La direction clandestine du parti lui demande d’organiser une intervention féminine, dans le VIe arrondissement, rue de Buci, lors d’une distribution de boîtes de sardines dans un grand magasin, raconte Alain Prigent à Ouest-France. Cette action s’inscrit dans le cadre des manifestations dites des ménagères, qui protestent contre la vie chère et le rationnement.

Elle comprend qu’il s’agit d’une opération compliquée. Un groupe de francs-tireurs était chargé de les protéger, mais elle ne savait pas qu’ils seraient armés, affirme l’auteur.

Le 31 mai 1942, dans la matinée, des militantes se positionnent dans la file d’attente, devant la succursale Eco, rue de Buci. Elles attendent qu’une camarade entonne La Marseillaise, signal marquant le début de l’intervention. Dans un dossier remis au Comité pour l’étude de la Résistance populaire des Côtes-du-Nord, Madeleine Marzin revient sur l’action prévue à ce moment-là : l’équipe procéderait à la distribution de vivres de ce magasin aux ménagères […]. Une distribution de tracts serait faite », en parallèle.

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« Torturée »

Mais La Marseillaise ne retentit jamais. Madeleine Marzin et d’autres camarades pénètrent néanmoins dans la succursale et lancent des boîtes à toute volée par la porte ouverte. L’institutrice est sortie des locaux par le groupe de protection. Des échauffourées éclatent. Elle apprend plus tard qu’un brigadier et un gardien de la paix ont été abattus.

Les brigades spéciales n° 2 (BS2), qui traquent les ennemis intérieurs, se mettent à la recherche des responsables. Madeleine Marzin est arrêtée le 1er juin 1942. Interrogée dans les locaux de la préfecture de police, elle est torturée. Il s’agit de violences physiques, psychologiques et sexuelles. Dans les archives, les lettres S.I., qui signifient “sous interrogatoire”, apparaissent 18 fois. Cela veut dire qu’elle a été battue à 18 reprises, décrypte Alain Prigent.

Les militants arrêtés sont jugés, en juin 1942, par une nouvelle juridiction, le Tribunal d’État, dont les membres sont désignés par le gouvernement de Vichy. Pétain veut frapper un grand coup. Les procès sont organisés à toute vitesse, selon l’auteur. Vingt-neuf peines sont prononcées. Madeleine Marzin est la seule femme parmi les cinq condamnés à mort.

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Évasion

Mais elle est par la suite graciée par le maréchal Pétain. Alors qu’une universitaire américaine, Paula Schwartz, avance qu’elle ne doit la vie sauve qu’à son statut de femme, Alain Prigent développe une autre hypothèse : L’avorteuse Marie-Louise Giraud a été guillotinée en juillet 1943. Je pense plutôt que le prix politique était trop élevé pour Pétain. Madeleine serait devenue une martyre de la Résistance. Il partage l’analyse de l’institutrice : Pour elle, il s’agissait d’une mise à mort différée. Elle allait être transférée à la prison de Rennes. De là, elle serait déportée dans un camp de concentration.

L’enseignante échappe à ce funeste sort, en s’évadant, gare Montparnasse, le 17 août 1942. Elle est alors la femme la plus recherchée de France. Sans contact avec le parti, pendant dix-sept mois, elle est ensuite envoyée à l’est pour structurer des comités féminins de Résistantes.

Après la guerre, elle devient conseillère de Paris et de la Seine, puis députée de Paris.

Source: https://www.ouest-france.fr/culture/histoire/premiere-resistante-condamnee-a-mort-cette-bretonne-a-ete-la-femme-la-plus-recherchee-de-france-durant-loccupation-a0cdbd58-9d5e-11f1-b6b2-5710555c207e

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