
Canicules, sécheresses, pluies diluviennes… Voici un livre, un documentaire et une BD pour plonger dans une belle lutte victorieuse, comprendre les problèmes liés à l’eau et découvrir les solutions imaginées par les chercheurs.
Par Catherine MARIN
« Il faut, autant qu’on peut, obliger tout le monde : on a souvent besoin d’un plus petit que soi », écrivait La Fontaine dans la fable Le lion et le rat. Face à la sécheresse envahissante et aux restrictions d’eau imposées, le « plus petit que soi » ne serait-il pas la goutte ?
C’est en découvrant sa vie incroyable, entre atmosphère, Terre et sous-sols plus ou moins profonds, que l’on a quelque chance, en effet, de mieux saisir ce qui nous arrive. Tout comprendre (ou presque) sur l’eau, un petit livre bleu édité par deux chercheuses et nourri par une équipe de scientifiques du CNRS, a été conçu à cet effet, avec des schémas colorés et inventifs.
Une goutte est soumise au mouvement perpétuel : tantôt elle s’évapore (lorsqu’il fait chaud et humide) pour former avec d’autres des nuages ; tantôt devient pluie (quand il fait plus frais et sec), par condensation de la vapeur d’eau. Si elle s’évapore à partir de l’océan, elle va passer en moyenne 9,5 jours dans l’atmosphère avant de retomber sur un continent (1 chance sur 10), puis s’infiltrer dans le sol, où elle passera en moyenne deux ans avant de rejoindre une nappe phréatique ou un aquifère plus profond, qui pourra la retenir plusieurs millénaires.
Mais que se passe-t-il pour elle si le travail agricole a rendu la terre trop compacte pour qu’elle puisse y circuler librement ? Ou si le sol sur lequel elle retombe est imperméabilisé ? Quelles pertes d’eau ces pratiques vont-elles engendrer ?
En une vingtaine de chapitres, ce livre-guide répond aux questions essentielles que l’on peut se poser aujourd’hui sur cette substance vitale qu’est l’eau. Cycles de transformation, répartition sociale, effets du changement climatique ou moyens pour favoriser sa conservation et sa circulation… En nous permettant de mieux comprendre son monde, ce livre-guide éclaire aussi les actions de protection possibles. Une réflexion qui se révèle passionnante au fil de la lecture, même pour des enfants, parce qu’elle ramène au premier plan les cycles de la vie.
- Tout comprendre (ou presque) sur l’eau, d’Agathe Euzen et Claire Marc, CNRS éditions, 2024, 136 pages, 19 euros.
Renaturation de rivières
Avec les canicules et la sécheresse qui s’ensuit, les pluies diluviennes sont l’autre phénomène extrême appelé à se répéter. Éprouvant pour l’humanité, ce trio météo provoque aussi une multitude de phénomènes nocifs parmi les écosystèmes, que des scientifiques tentent de déjouer.
Réalisé entre la France et l’Allemagne, le documentaire Sécheresses et inondations, chercheurs en action a tendu le micro à certaines et certains d’entre eux pour qu’ils racontent les enjeux de leurs recherches. De la fonte accélérée des glaciers, qui peut engloutir des villages entiers sous des coulées visqueuses de boue et de blocs rocheux, à la façon de freiner l’érosion des sols fertiles ou la disparition des moules perlières, un panorama des recherches actuelles se révèle au fil du documentaire.
À cet égard, la présentation du nouveau projet de réseau de froid urbain parisien, 110 kilomètres de canalisations qui doivent rafraîchir bâtiments publics et privés, vaut le détour — ce serait une première en Europe…
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Le projet le plus éclairant sur la bascule qui s’opère aujourd’hui dans la façon d’appréhender les milieux naturels est toutefois celui qui concerne la renaturation de la rivière le Célé, dans le Lot. « On a changé de paradigme, explique Joël Trémoulet, hydrogéologue de formation présent sur les lieux. On va vers des solutions fondées sur la nature. » Elles semblent plus prometteuses à de multiples niveaux.
Pour en finir avec la prolifération de bactéries toxiques dans les eaux vives du Célé, source d’eau potable pour la région, un énorme chantier a été lancé dès 2025 pour recréer l’équilibre écologique naturel de la rivière, perdu depuis les travaux réalisés il y a une quarantaine d’années, notamment la construction d’un plan d’eau artificiel. L’ancien barrage en béton va être démantelé de façon à permettre aux poissons, lorsqu’il fait chaud, de migrer vers les affluents du Célé. Une forêt alluviale, que le fleuve pourra inonder sans danger lors des crues, sera recréée, tout comme les zones humides alentour, qui se gorgent d’eau pendant l’hiver et restituent l’eau lentement pendant l’été. De nouvelles berges végétalisées, inspirées des contours naturels d’autrefois, verront aussi le jour pour retenir l’érosion des sols et empêcher l’envasement du lit de la rivière, si meurtrier pour la faune.
Sous l’effet du changement climatique, un nouveau rapport au vivant cherche donc à se déployer. Toutefois, dans certaines régions de France, le peuple n’a pas attendu cette catastrophe pour revendiquer un rapport plus aimant aux paysages et à la biodiversité. Dans les gorges de la Loire, par exemple…
- Sécheresses et inondations, chercheurs en action, documentaire de Torsten Mehltretter, Arte, 53 min, disponible jusqu’au 3 novembre 2026.
Tout commence au lieu-dit Serre de la Fare. La bande dessinée L’Eau vive — Un grand combat écologique aux sources de la Loire émeut d’entrée avec ce paysage splendide, équilibré et profus à la fois, en lui restituant ces cent nuances de vert, d’ocre et de violine. Au milieu des sapins, genêts et roche de basalte, méandre l’un des derniers fleuves sauvages d’Europe, la Loire.
En 1980, au motif d’empêcher les crues, un projet de barrage est officiellement lancé dans le cadre d’un vaste programme d’aménagement du bassin versant de la Loire, mené par l’Établissement public d’aménagement de la Loire et de ses affluents (Epala) — les opposants au projet le taxeront bientôt d’« Epala-mentable ».
À sa tête, le maire de Tours, Jean Royer, un homme qui « a des envies de métropole, comme d’autres ambitionnent d’agrandir leur royaume… » C’est l’époque (mais est-elle terminée ?) où « l’État fait des grands aménagements du territoire le symbole de sa puissance ».
Bientôt un collectif d’opposition voit le jour, SOS Loire vivante, qui rassemble des gens du cru, amoureux de leur région mais sans pratique de la lutte collective. Pour autant, Jérôme, sculpteur inspiré par la Loire, le président des Amis de la Terre du Velay, Jacques Adam, ou encore Jean et Yvonne, Denise et son mari, la courageuse Marie-Rose, qui sera l’une des rares à refuser l’expropriation (« Qu’ils viennent me l’apporter, mon avis d’expropriation, et ils verront ! »), ne faibliront pas dans le froid de l’hiver, ni sous la menace de balles de 22 long rifle. Ils maintiendront le temps qu’il faudra leur campement pour s’opposer au début des travaux.

Très attentive à la dimension concrète de la lutte, cette BD riche d’humanité éclaire comment, pas à pas, ce mouvement d’opposition va aller s’amplifiant. Jusqu’à présenter une liste aux élections municipales du Puy sous l’étiquette des Verts, qui obtiendra jusqu’à 17 % des voix au premier tour et 22 % au second, initier un rassemblement européen de contestation du barrage qui a réuni 14 000 personnes… et emporter la lutte en 1994, avec un projet alternatif qui, déjà, promouvait la restauration des zones de crue naturelles.
Portée elle aussi par un amour volontaire du vivant, cette BD que l’on lit sans discontinuer, comme si l’on retrouvait une chouette bande de copains et copines, s’achève sur une incitation de Jean-Claude, dernier paysan du Goudet, un village de la région : « Sauver les gorges était le bon choix, mais il faut aller plus loin. Demander à l’État d’entretenir la nature comme les paysans le faisaient autrefois, sinon les broussailles vont couvrir toutes les berges, les coteaux, les falaises. Et les dégâts coûteront à la collectivité bien plus cher que quelques salaires. » Décidément, passer un moment avec cette troupe est une vraie bouffée d’oxygène…
- L’Eau vive — Un grand combat écologique aux sources de la Loire, BD d’Alain Bujak et Damien Roudeau, éditions Futuropolis, 2020 (prix Tournesol 2021), 152 pages, 23 euros.
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