
Dans son troisième livre – Une enfant gâtée – l’autrice Sylvie Petit revient sur son enfance à Brest (Finistère) dans les années 1960 et sur l’inceste subi de la part de son père entre 12 et 15 ans. Un récit profondément intime, mais écrit avec retenue : plutôt que de décrire les faits, l’ancienne professeure de lettres a choisi de raconter une époque, des lieux et une reconstruction.
Entretien avec Sylvie Petit, autrice de Une enfant gâtée, dans lequel elle raconte son enfance à Brest et les violences incestueuses commises par son père.
Pourquoi avoir choisi d’écrire ce récit aujourd’hui ?
J’avais ce projet depuis longtemps. Après deux romans publiés chez Gallimard à la fin des années 1980, la vie professionnelle et familiale a pris beaucoup de place. Lorsque j’ai pris ma retraite, j’ai enfin pu consacrer du temps à cette histoire. Il y avait une nécessité, mais aussi la volonté de trouver ma propre voie d’écriture sur un sujet qui a déjà donné lieu à de nombreux récits. Ce livre est autobiographique et revient notamment sur mon enfance à Brest.
Vous faites pourtant le choix de ne pas raconter explicitement les faits. Pourquoi ?
Je tenais à ne pas montrer les gestes eux-mêmes. Je ne l’ai fait qu’une fois, lors d’une déposition à la police, alors que j’avais plus de 40 ans. Je ne voulais pas refaire ce récit. Il fallait donc approcher sans raconter. C’était aussi une manière de ne pas brutaliser le lecteur. Certaines images peuvent marquer durablement. Je souhaitais davantage l’amener à réfléchir au contexte dans lequel cela s’est produit.
Ce contexte, c’est notamment celui du Brest des années 1960.
Oui. Je suis née en 1957 et suis arrivée à Brest quelques jours après ma naissance. J’y ai grandi jusqu’à mes 15 ans. C’était aussi une époque où ces affaires restaient dans les familles, où personne n’en parlait. Le silence entourait tout cela. Dans mon cas, l’auteur de l’inceste était mon père. Les faits se sont déroulés durant plusieurs années, de mes 12 à 15 ans. Le silence avant, le silence pendant, le silence après.
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L’écriture vous a-t-elle permis de transformer cette histoire ?
Je ne dirais pas que le livre a été un exutoire. Avec le temps, les choses ont évolué. Ça ne s’efface jamais, mais cela prend progressivement sa place. Écrire m’a surtout permis de créer quelque chose de partageable. J’ai beaucoup travaillé sur les lieux, la géographie, l’histoire, retrouvé le Brest de mon enfance et ceux qui l’ont connu. Cette démarche m’a fait beaucoup de bien : Relire pour me relier.
Que souhaitez-vous que les lecteurs retiennent du livre ?
Que le sujet est difficile, mais qu’il faut pouvoir le regarder. Je tenais aussi à ce que le lecteur ne soit pas enfermé dans la violence du sujet : il y a de l’humour dans le livre et une volonté de laisser de la place à la réflexion. C’est une histoire singulière parmi beaucoup d’autres, mais aussi le récit d’une époque, d’une enfance et d’un chemin parcouru.
Pratique : Une enfant gâtée, éditions l’Harmattan, 113 pages, 14 €.
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