« Zéro enfant à la rue » : quatre ans après la promesse de Macron, la France compte 2 355 enfants sans-abri (H.fr-26/08/26)

Le nombre d’enfants à la rue a presque doublé sous le deuxième mandat de Macron, passant de 1 658 en 2022 à 2 355 à l’heure actuelle. © Ayoub BENKARROUM

En 2017, Emmanuel Macron promettait un toit à toutes les personnes sans abri. En 2022, son gouvernement fixait l’objectif de « zéro enfant à la rue ». Quatre ans plus tard, plus de 2 300 enfants dorment toujours dehors faute de solution après un appel au 115, soit 42 % de plus qu’en 2022.

Par Pierre CAZEMAJOR

D’année en année, toujours plus d’enfants dorment à la rue. En juillet 2017, à l’aube de son premier quinquennat, Emmanuel Macron promettait pourtant de ne plus voir, « d’ici à la fin de l’année », de femmes et d’hommes dormir dans la rue. Cinq ans plus tard, en 2022, son gouvernement fixait à son tour l’objectif de « zéro enfant à la rue ».

Cette année-là, à la veille de la rentrée, 1 658 enfants étaient restés sans solution d’hébergement après un appel au 115. Quatre ans plus tard, ils sont désormais 2 355, dont 514 âgés de moins de 3 ans. Soit une hausse de 42 %.

Le huitième baromètre des enfants à la rue, publié par l’Unicef France et la Fédération des acteurs de la solidarité (FAS) à partir des données de la nuit du 18 au 19 août, établit ainsi un triste nouveau record.

Et encore, préviennent les organisations, ces chiffres sont largement sous-évalués : ils ne comptabilisent ni les familles qui ont renoncé à appeler le 115, ni les mineurs non accompagnés, ni les quelque 2 000 enfants reconnus comme mineurs par un juge mais contraints de vivre dans la rue, des squats ou des campements.

« En 2022, on affichait déjà des chiffres importants. Aujourd’hui, force est de constater que c’est encore pire », résume Béatrice Lefrançois, de l’Unicef. Nathalie Latour, directrice de la FAS, fait le même constat : « La situation continue de se dégrader malgré les promesses formulées il y a dix ans, puis celle, en 2022, du zéro enfant à la rue. »

« Le résultat de choix politiques et de renoncements »

Car, loin de la promesse formulée par Emmanuel Macron en 2017, le nombre de personnes sans domicile a fortement augmenté au cours de ses deux quinquennats. Elles sont aujourd’hui près de 330 000, soit deux fois plus qu’il y a dix ans. « C’est globalement un aveu d’échec », constate Manuel Domergue.

Pour les associations, la chose est d’autant plus tragique qu’il s’agit d’« un scandale évitable », insiste Manuel Domergue, directeur des études de la Fondation pour le logement des défavorisés. « Cette situation est le résultat de politiques, de choix politiques et de renoncements », poursuit-il.

Il faut dire que, face à l’augmentation des besoins, le système d’hébergement arrive à saturation. Les quelque 203 000 places disponibles ne suffisent plus à répondre aux demandes. Et la situation pourrait encore se dégrader : la FAS dénonce une « sous-budgétisation chronique » qui pourrait contraindre les associations à fermer jusqu’à 10 000 places faute de crédits supplémentaires.

D’autant que la sortie de l’hébergement vers un logement pérenne se heurte elle-même à la crise du logement social. Sa production a fortement reculé, passant de 124 000 logements financés en 2016 à 95 000 en 2025. Dans le même temps, le mouvement inverse s’accélère : les expulsions locatives atteignent, elles, des niveaux record. En 2025, 30 500 ménages ont été expulsés avec le concours de la force publique, près de deux fois plus qu’en 2022. « Aujourd’hui, on est sur un record historique d’expulsions locatives », relève Manuel Domergue.

Porter le sans-abrisme dans la présidentielle

À l’approche de 2027, les associations veulent donc faire de ces promesses non tenues, et d’une situation qui n’a cessé de s’aggraver, un enjeu de la campagne présidentielle. « Ce n’est pas possible de se dire qu’en France, cet objectif de zéro enfant à la rue n’est pas atteignable. Il est atteignable : c’est une question de volonté politique », insiste Béatrice Lefrançois.

L’Unicef et la FAS réclament notamment de sanctuariser les 203 000 places d’hébergement existantes et d’en créer 10 000 supplémentaires, dont 2 500 pour les femmes enceintes ou sortant de maternité. Mais l’objectif est aussi d’agir en amont : les organisations demandent une programmation pluriannuelle prévoyant la production de 200 000 logements sociaux par an, la création d’un observatoire national du sans-abrisme et la généralisation de l’encadrement des loyers.

Mais avant même 2027, l’urgence est budgétaire. « Il faut impérativement qu’il y ait un projet de loi de finances rectificatif », réclame Nathalie Latour. Faute de crédits supplémentaires, avertit-elle, les associations « n’auront pas d’autre choix que de fermer des places ».

Le secteur social prévoit ainsi une mobilisation nationale du 12 au 16 octobre. Et les organisations entendent faire de la présidentielle l’occasion de demander des comptes sur près de dix années de promesses non tenues. « Une campagne présidentielle, c’est le lieu pour faire entendre la voix des mal-logés », estime Manuel Domergue.

Source: https://www.humanite.fr/societe/acces-au-logement/zero-enfant-a-la-rue-quatre-ans-apres-la-promesse-de-macron-la-france-compte-2-355-enfants-sans-abri

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