
Vu l’été sec et caniculaire, les cultivateurs de betterave sucrière s’attendent à une récolte amaigrie. Première région productrice, les Hauts-de-France accusent le coup. Cela risque d’affecter fortement la production de sucre.
Par Mehdi LAÏDOUNI
Nectarines, fraises, pommes de terre, et tant d’autres : une bonne partie des fruits et légumes produits en France ont subi de plein fouet la canicule et la sécheresse de cet été. Avec des conséquences directes : selon l’Insee, le prix des fruits et légumes a augmenté de 13 % par rapport à l’année dernière. Parmi les cultures sévèrement touchées en 2026 se trouve un légume omniprésent dans la vie de nombreux ménages : la betterave sucrière, celle qui sert à fabriquer le sucre. La France est le premier producteur européen, et le deuxième mondial, derrière la Russie.
Mardi 25 août, les producteurs de betterave ont tiré la sonnette d’alarme : l’association interprofessionnelle de la betterave et du sucre (AIBS) anticipe une baisse de 20 % de la production totale de betterave par rapport à la moyenne de ces cinq dernières années.
Le « stress hydrique » et le développement de maladies — charançon, teigne et autres — favorisé par les conditions climatiques expliquent ces perspectives inquiétantes. « La campagne 2026 met durement en évidence la vulnérabilité de la production betteravière face aux événements climatiques extrêmes. […] C’est même la culture de la betterave qui est en jeu sur nos territoires », s’inquiète Alain Carré, président de l’AIBS. Cette situation entraîne plusieurs conséquences : des producteurs en difficulté, une baisse prévisible de la quantité de sucre produit — avec le spectre d’une augmentation des prix — et des difficultés d’approvisionnement possibles pour les éleveurs de bovins, très demandeurs de pulpe de betterave sucrière.
D’ordinaire, la betterave sucrière est résiliente face aux aléas climatiques. Elle arrive à pousser malgré de faibles précipitations — mais arrête de grandir si la température excède 35 °C. « La betterave résiste bien au sec pendant un certain temps, au moins un mois, explique Pierre-Élie Dequidt, agriculteur bio à Marconnelle (Pas-de-Calais). Une fois qu’elle est levée, elle va chercher l’eau en profondeur, elle va puiser très profond. »
Des exploitations plus ou moins affectées
Aucune région n’est épargnée. Première région productrice — et de loin, avec environ 50 % de la production nationale, soit 18 millions de tonnes — les Hauts-de-France ont subi de plein fouet la sécheresse et la canicule.
Dans la vallée de la Canche, près du littoral, Pierre-Élie Dequidt s’en sort toutefois plutôt bien, malgré les chaleurs exceptionnelles de cet été dans l’une des zones les plus humides des Hauts-de-France. Sur son champ où poussent aussi pommes de terre, lin et luzerne, seules quelques feuilles de betterave ont jauni. Et ce, malgré le fait qu’il n’irrigue pas ses plants pour rester en accord avec les principes de l’agriculture biologique.
« Je suis agréablement surpris, dit l’agriculteur à Reporterre. En avril, j’ai perdu une betterave sur deux à la levée, en raison de la sécheresse des sols, mais les betteraves sont plus grosses. Si elles avaient eu de la pluie, elles seraient encore plus belles. » Pierre-Élie Dequidt espère tout de même des pluies avant la récolte, prévue en novembre.
Plus on descend vers le Sud, plus la situation apparaît inquiétante. Agriculteur bio à Attichy (Oise), Xavier Piot fait pousser de la betterave à sucre depuis cette année, sur 2,5 hectares. « Il y a beaucoup de feuilles sèches, jaunies et on a perdu beaucoup de betteraves. Le rendement sera largement impacté », déplore-t-il.
Dans son communiqué du 25 août, l’AIBS appelle « les pouvoirs publics à se mobiliser » en faveur de « dispositifs de soutien adaptés aux conséquences exceptionnelles de la sécheresse et de la canicule ». Avec le changement climatique, ces « conséquences exceptionnelles » pourraient toutefois devenir la norme et frapper plus durement la filière betterave française. Celle-ci est déjà soumise à la concurrence internationale, notamment celle de la canne à sucre venue d’Inde et du Brésil.
URL de cet article: https://lherminerouge.fr/wp-admin/post.php?post=107850&action=edit
Article suivant :
Article précédent :
