La COP17 contre la désertification s’achève… sans prise de décision (reporterre-29/08/23)

Un éleveur conduit son bétail à travers une rizière asséchée par une longue saison sèche, à Bogor, en Indonésie, le 28 août 2026 – © Aditya Aji / AFP

En Mongolie, la COP17 pour lutter contre la désertification s’est clôturée le 28 août, après deux semaines d’âpres négociations. Aucune décision concrète n’en ressort.

Par Etienne CHOLEZ

Oulan-Bator (Mongolie), reportage

Il y aura bien une COP18 sur la lutte contre la désertification, dans environ deux ans, à Charm el-Cheikh, en Égypte. Cela n’a l’air de rien, mais pour les négociateurs présents à la COP17 d’Oulan-Bator (Mongolie), qui s’est achevée le 28 août, c’est un soulagement : « On a sauvé la COP », glisse une source diplomatique aux yeux cernés.

Aucune décision concrète ne ressort pourtant de ces quinze jours de négociations. L’un des points les plus incertains était le financement de la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification. Les négociateurs étasuniens étaient arrivés en Mongolie avec l’objectif de baisser la contribution des pays : « On aurait perdu des gens qui travaillent tous les jours sur cette Convention, détaille cette même source. Mécaniquement, cela aurait mené à sa fin. » Finalement, sur cet enjeu crucial, les États-Unis ont changé d’avis : la Convention maintient son budget, autour de 10 millions d’euros par an.

L’autre grand sujet de cette COP : la sécheresse. Lors de la COP16, qui s’était déroulée en Arabie saoudite en 2024, les pays n’avaient pas réussi à se mettre d’accord sur un cadre contraignant, pourtant réclamé par les pays africains. Même résultat lors de cette COP17 : les États ont choisi… d’en reparler à la COP18. « La création d’un instrument mondial sera rediscutée dans deux ans, assure Yasmine Fouad, la secrétaire exécutive de la Convention. Cette décision donne aussi mandat à mon secrétariat de poursuivre le travail sur les moyens à mettre en œuvre : cela signifie que nous souhaitons transformer ces plans en projets concrets. »

Plusieurs chèques et fonds ont été annoncés (mélangeant argent public et privé), notamment 1,3 milliard de dollars pour la restauration des terres, à travers 45 projets dans 23 pays. Il faut toutefois rappeler que la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification estime qu’il faudrait 1 milliard de dollars par jour d’ici 2030 pour restaurer les terres dégradées de la planète.

« C’est une honte »

Cet argent et la pérennité de la Convention n’ont apporté aucune solution concrète majeure dans la lutte contre la désertification et l’urgence climatique. De quoi agacer Patrice Burger, le président du Cari, une association de lutte contre la désertification : « C’est une honte. Cette Convention risque d’être extrêmement affaiblie et de nourrir la polémique autour de l’inutilité des deux autres COP, celles pour la biodiversité et le climat. »

Jean-Luc Chotte, chercheur émérite à l’Institut de recherche pour le développement (IRD) et président du Comité scientifique français de la désertification, renchérit : « Face à l’urgence, les résultats de la COP17 restent en deçà de l’ambition nécessaire. Des blocages ont empêché des avancées sur plusieurs questions essentielles, notamment l’égalité entre les femmes et les hommes pour l’accès à l’eau et aux financements, la place des organisations de la société civile et les synergies entre les Conventions de Rio [celles sur la désertification, le climat et la biodiversité]. » Les points cités par le chercheur ont été bloqués par les États-Unis dès la présentation de l’ordre du jour : une situation inédite qui a rendu les négociations tendues dès les premières heures.

Tant bien que mal, la société civile a tenté de faire entendre ses messages avec des manifestations et des conférences de presse. « Pendant les sessions plénières, les moments où les États officialisent leurs décisions, on a été déçus car nous n’avons pas été associés comme nous le souhaitions », regrette Ellen Otaru Okoedion, représentante de la société civile tanzanienne. Interprétation différente pour la secrétaire exécutive de la Convention : « La société civile était bien là, dit Yasmine Fouad. Nous avons organisé le caucus [réunion de concertation] sur le genre, les jeunes, les peuples autochtones et les communautés locales. J’y étais. Nous devons simplement faire la différence entre ne pas être là du tout, et être là, parler et ne pas réussir à prendre une décision pour faire avancer les choses. »

Tentant de prendre du recul sur ces deux semaines mouvementées, dont aucune grande décision concrète ne ressort, Yasmine Fouad se veut optimiste : « À chaque COP, autour de tout accord environnemental multilatéral, on ne peut pas dire que c’est facile. Plus les années passent, plus c’est difficile. Mais ce que je vois ici, ce sont des pays qui essaient de construire et non de détruire. »

Source: https://reporterre.net/La-COP17-contre-la-desertification-s-acheve-sans-prise-de-decision

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