
Les Islandais ont majoritairement choisi le « non » à la réouverture des négociations en vue d’une adhésion à l’Union européenne, lors du référendum du 29 août. Le vote révèle d’importantes fractures au sein de la société.
Par Lina SANKARI
L’Europe, obsédée par son élargissement, va devoir faire un tour sur elle-même et de nouveau regarder vers l’est. Faute d’avoir convaincu, elle renonce à une région d’intérêt stratégique, à savoir l’Arctique. Samedi 29 août, les Islandais ont dit « non » à 52,8 % à la réouverture des négociations d’adhésion avec l’Union européenne (UE) contre 47,2 % pour le « oui ».
Sans surprise, c’est dans la capitale, Reykjavik, où vit un tiers de la population, que le « oui » a recueilli la majorité des voix, tandis que le « non » a dominé dans les quartiers populaires de la région capitale et dans le reste du territoire, où il atteint parfois plus de 60 %, comme dans le Nord-Ouest, où l’économie est très liée à la terre et à la mer.
C’est donc un vote de classe qui s’est exprimé, avec d’un côté les régions liées à la pêche ou l’agriculture notamment, et de l’autre les habitants de Reykjavik, davantage intégrés aux réseaux économiques et professionnels internationaux. « Cette fracture importante » dans la société, n’a pas manqué de frapper Pétur Marteinsson, dirigeant du parti social-démocrate à Reykjavik.
Crainte d’une réglementation européenne de la pêche
Le débat sur l’adhésion à l’UE avait été entamé en 2009, après l’effondrement du système bancaire islandais et la révolution dite des casseroles, qui avait mené à la démission du gouvernement et à la nationalisation des trois principaux établissements financiers du pays.
Les discussions avaient buté sur la question de la pêche et l’Islande avait fini par retirer sa candidature en 2015. L’île fait toutefois partie de l’espace économique européen et de l’espace Schengen.
Localement, les partisans de la reprise des négociations ont cette fois fait valoir que l’adoption de l’euro pourrait contribuer à réduire l’inflation (+ 5,6 % sur un an). Les opposants – des syndicats au patronat – craignent pour leur part que la pêche soit réglementée par la politique commune de la pêche (PCP) de Bruxelles plutôt que décidée nationalement. Le secteur pèse pour 40 % des exportations et 8 % du PIB national.
Un référendum aux dimensions géopolitiques
Le scrutin a revêtu une dimension géopolitique claire. Et les visées prédatrices de Donald Trump sur le Groenland ne sauraient l’expliquer à elles seules. Sur le plan militaire, le pays, sans armée, est membre fondateur de l’Otan. L’Islande est également partie prenante d’un accord bilatéral de défense avec Washington depuis 1951, grâce auquel les États-Unis ont joui d’une base militaire jusqu’en 2006.
Lors du forum économique mondial de Davos, le président Donald Trump a plusieurs fois confondu l’Islande avec le Groenland et a provoqué une prise de conscience nationale sur les changements en cours dans les relations traditionnelles.
Pour la première ministre Kristrun Frostadottir (sociale-démocrate), les sanctions commerciales, les mesures prises par les États-Unis à l’encontre du Canada et les récentes tensions entre l’administration Trump et l’UE ont également joué. « Et une approche diplomatique de plus en plus intransigeante, qui a conduit à un réexamen des relations, à une évolution des alliances et des courants, nous place, comme si souvent dans l’histoire, quelque peu entre deux feux », a relevé la cheffe du gouvernement, qui promet d’enterrer les négociations conformément au vote populaire.
La semaine qui s’ouvre devrait être consacrée à un point de situation gouvernemental. « Nous consulterons sans doute la commission parlementaire des Affaires étrangères », indique encore Kristrun Frostadottir. Comme une recherche de boussole dans un monde mouvant.
URL de cet article: https://lherminerouge.fr/wp-admin/post.php?post=107944&action=edit
Article suivant :
Article précédent :
