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C’est au Kirghizistan que l’Organisation de coopération de Shanghai a célébré son 25e anniversaire, lundi 31 août. L’Inde, la Chine, la Russie vont s’entretenir avec le président iranien afin de discuter d’un soutien suite aux nouvelles sanctions économiques de Washington et la reprise des bombardements.
Par Vadim KAMENKA
La capitale du Kirghizistan accueille jusqu’à mardi le 25e sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), en présence du secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres. À Bichkek, ce forum de coopération politique, économique et sécuritaire, initialement fondé en 2001 par la Chine, la Russie, le Kazakhstan, le Kirghizistan, le Tadjikistan puis l’Ouzbékistan, s’est largement élargi avec désormais dix membres (Biélorussie, Inde, Iran, Pakistan) et 15 partenaires de dialogue dont la Turquie, l’Arabie saoudite ou le Qatar.
Durant ces deux jours, 21 présidents et premiers ministres sont présents sous la devise « 25 ans de l’OCS : ensemble vers une paix durable, le développement et la prospérité ».
« Cette organisation a été créée au départ avec un objectif sécuritaire pour stabiliser l’Asie centrale. Il s’agissait de lutter contre le terrorisme, l’islamisme, l’extrémisme, le séparatisme, le trafic de drogue. Elle est devenue une organisation géopolitique régionale majeure avec des enjeux économiques, diplomatiques », explique l’ancien diplomate et directeur de recherche à l’Iris Jean de Gliniasty.
L’Iran s’impose dans les discussions
Ce sommet s’est ouvert après de nouveaux bombardements contre l’un des membres de l’OCS, l’Iran et l’île de Larak, par Washington. Depuis sept mois, Téhéran est plongé en pleine guerre avec les États-Unis. Le président Massoud Pezeshkian, qui est arrivé à Bichkek, a prévu de nombreux échanges diplomatiques avec trois importants partenaires : la Russie, la Chine et l’Inde, et deux participants aux pourparlers de paix avec les États-Unis : le Qatar et le Pakistan.
Après sept mois de conflit, la vingtaine de chefs d’État et de gouvernement réunis dans la capitale kirghize déplorent l’instabilité sécuritaire et économique que provoque cette crise sur l’ensemble de la région.
Les dix membres permanents représentent plus de 40 % de la population mondiale et autour de 30 % de l’économie de la planète. « Avec les pays observateurs, partenaires (Arabie saoudite, Bahreïn, Koweït, Qatar, Pakistan, Iran, Inde, Chine, Égypte, Turquie, Émirats arabes unis, Birmanie… – NDLR) et membres permanents, l’OCS couvre un espace considérable. Leur intérêt n’est pas à une guerre qui s’éternise », constate un diplomate.
L’autre question abordée sera celle des sanctions secondaires. L’administration Trump a acté une nouvelle guerre commerciale contre Téhéran et ses partenaires. Un G20 des ministres des Finances et des gouverneurs des banques centrales se tient également le 31 août à Asheville, aux États-Unis. Washington va réclamer un soutien total à sa stratégie de la part de ses alliés.
La Chine, l’Inde et la Russie sont particulièrement visées. « Vladimir Poutine et Massoud Pezeshkian vont évoquer le corridor Nord-Sud, long de plus de 7 000 km, les questions de logistique et les échanges commerciaux. De nouveaux investissements pourraient également être annoncés. En ce qui concerne les sanctions, la Russie en a déjà subi de nombreux paquets. La Chine, elle, a durci son discours en affirmant être prête à défendre ses intérêts. L’Inde est davantage soucieuse, car elle ne souhaite pas se mettre les États-Unis à dos », constate Igor Delanoë, directeur adjoint de l’Observatoire franco-russe.
New Delhi a le plus à perdre. Elle dispose d’échanges commerciaux encore importants, exportant du riz basmati, des fruits, des légumes et des produits pharmaceutiques vers l’Iran. À l’inverse, elle importe des produits pétrochimiques et des minéraux. Elle a stoppé l’achat de pétrole iranien en 2019, se tournant vers d’autres producteurs comme la Russie.
Contrepoids à l’hégémonie occidentale
Face aux sanctions états-uniennes, un débat plus général se pose au sein de l’OCS. Des projets anciens, comme des alternatives au dollar avec davantage d’échanges en yuans, en roubles ou en monnaies nationales, refont surface. La Chine pousse également à la création d’une banque de développement de l’OCS pour financer des infrastructures sans dépendre systématiquement du dollar, du FMI ou de la Banque mondiale.
« Les récents échecs états-uniens – Afghanistan, Golfe – ont poussé l’organisation et ses nouveaux membres comme l’Iran, l’Inde et le Pakistan et des membres partenaires à développer un schéma de substitution sécuritaire sans Washington au Moyen-Orient et en Asie du Sud-Est. L’Asie centrale n’a jamais réellement intéressé les États-Unis, sauf le Kazakhstan. Exxon et Chevron y sont implantés, ce qui a conduit Trump à demander aux Ukrainiens d’interrompre les bombardements sur certains terminaux », rappelle Jean de Gliniasty.
À Bichkek, l’OCS devrait une nouvelle fois affirmer être un contrepoids à l’hégémonie occidentale. Dès leur arrivée, les deux présidents russe et chinois se sont rencontrés dans la capitale kirghize. Cette rencontre « très importante », comme l’a rappelé Iouri Ouchakov, le conseiller diplomatique de Vladimir Poutine, est la deuxième en 2026.
Selon la chaîne de télévision chinoise CGTN, le volume total des investissements chinois dans les pays de l’OCS a dépassé les 84 milliards de dollars. Pékin y a ouvert environ 3 000 entreprises, créant ainsi 200 000 emplois.
« L’OCS a pour mission essentielle de maintenir la stabilité dans la région et de favoriser son développement », a souligné le président Xi Jinping lors d’une rencontre avec le président russe, Vladimir Poutine, à Bichkek. « Dans un contexte de changements rapides sans précédent depuis un siècle, les facteurs d’incertitude et d’imprévisibilité se multiplient sensiblement, mais l’aspiration des peuples de notre planète à la paix, au développement, à la coopération et au bénéfice mutuel reste inchangée », a-t-il conclu.
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