«On veut de la végétation, on veut de la considération» : dans les quartiers populaires, LFI mobilise pour 2027 (reporterre-31/08/26)

À Saint-Denis, le 30 août 2026. – © Mathieu Génon / Reporterre

Le maire de Saint-Denis, Bally Bagayoko, a présenté l’« Alliance des numéros 10 » en vue de la présidentielle de 2027. Cette initiative s’adresse aux quartiers populaires pour mobiliser contre l’abstention et l’extrême droite.

Par Nicolas CELNIK et Mathieu GENON (photographies)

Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), reportage

Dans la foule, une bonne dizaine de maillots de football bleu électrique, floqués « Mélenchon 27 ». À la sono, des morceaux du rappeur Jul s’enchaînent avec des classiques du hip hop des Fugees. Le nom de l’événement, l’Alliance des numéros 10 des quartiers populaires, fait lui référence à un morceau de Booba, qui rappait en 2004 « que des numéros 10 dans ma team ». Et le slogan, répété à l’envi par plusieurs orateurs, pour continuer dans le registre de la pop culture : l’Alliance des numéros 10 se présente comme une organisation qui veut mobiliser les « meneurs de jeu » de chacun des quartiers populaires pour porter une dynamique politique.

L’équipe a déjà « choisi son numéro 9, à qui l’on va faire la passe pour marquer le but, et c’est Jean-Luc Mélenchon », explique Bally Bagayoko, maire La France insoumise (LFI) de Saint-Denis. Le meeting de lancement de l’Alliance des numéros 10, dimanche 30 août à Saint-Denis, voulait envoyer un message clair : la France insoumise s’organise pour réunir les voix des habitants des quartiers populaires en vue de l’élection présidentielle de 2027.

L’abstention et l’extrême droite sont les sujets ciblés par cette nouvelle Alliance. © Mathieu Génon / Reporterre

Si ce n’était pas l’affluence des grands jours, plusieurs centaines de personnes — 500 selon les organisateurs — se sont massées sur le parvis de la gare RER de Saint-Denis pour assister à l’événement. Le lieu n’avait pas été choisi au hasard : depuis la victoire de Bally Bagayoko aux élections municipales de mars 2026, la ville a servi de point d’ancrage à La France insoumise pour appeler à un rassemblement contre le racisme, organiser un meeting de Jean-Luc Mélenchon, et démontrer l’ambition de sa politique à destination des habitants des quartiers populaires.

L’Alliance des numéros 10 reprend d’ailleurs le slogan qui a mené Bally Bagayoko à la victoire : elle a pour vocation de « mettre un coup KO contre l’abstention et l’extrême droite », dit à la tribune Bally Bagayoko, qui a cofondé le mouvement au cœur de l’été, avec des responsables associatifs et des élus — dont une majorité LFI, mais aussi quelques élus Écologistes.

Depuis l’élection de Bally Bagayoko à la mairie de Saint-Denis, la ville est devenue centrale dans la mobilisation insoumise. © Mathieu Génon / Reporterre

Pour ce faire, le mouvement entend miser sur des personnalités elles-mêmes issues de quartiers populaires, pour l’instant surtout urbains mais tendant aussi à intégrer des quartiers populaires ruraux, pour mettre la cause de ces quartiers au cœur de la campagne présidentielle et augmenter la participation de leurs habitants.

« Les gens sont conscients de ce qu’il se passe »

Au fil des prises de parole, plusieurs thématiques reviennent : le péril de l’extrême droite, le racisme décomplexé et les violences policières. « On ne va pas venir éduquer les habitants des quartiers populaires, parce que les gens sont conscients de ce qu’il se passe, pose Assa Traoré, tête de proue du Collectif Adama, engagé contre les violences policières. Ce qu’il faut mettre au centre du discours, ce sont des valeurs fondamentales : l’éducation, la santé, l’égalité, la fraternité. C’est ça que l’extrême droite veut nous enlever aujourd’hui. »

Plusieurs personnes présentes arboraient ce maillot de football inspiré de celui de l’équipe de France et floqué du logo de La France insoumise. © Mathieu Génon / Reporterre

L’Alliance des numéros 10 prépare, pour l’automne, un tour de France des quartiers populaires, dans lequel chacun des « numéros 10 » aura la mission d’organiser l’étape locale et de mobiliser les habitants. Si le collectif n’a pas dévoilé de proposition concrète, les organisateurs assurent déjà avoir planché à partir de propositions émises par différents membres du collectif, qu’il s’agisse du Comité Adama ou de l’Assemblée des Quartiers, une formation politique créée en 2024, qui a présenté des candidats en son nom propre aux dernières municipales.

Si le jeune mouvement a rejoint l’Alliance des numéros 10 dès sa création, c’est avec un enthousiasme qui n’est pas dénué de toute prudence : « Aujourd’hui, on fait le constat qu’on doit appuyer le seul candidat qui a une réelle politique de rupture, explique Almamy Kanouté, responsable associatif à Fresnes et cofondateur de l’Assemblée des Quartiers. Mais on connaît l’histoire de la gauche, qui nous a énormément trahis. Alors on reste sur nos gardes. »

«  Dans les quartiers, dès douze ans, les gens connaissent la réalité politique  », dit Térence Nzau, 20 ans. © Mathieu Génon / Reporterre

Dans le public, où se croisent avec complicité militants des quartiers et insoumis, Anas a le sourire aux lèvres : ce meeting, il « l’attendait beaucoup », dit-il. Habitant de Saint-Denis, il a été séduit par l’effervescence de la ville au cours de la campagne des municipales.

Gare aux étiquettes

« On a vu à ce moment des habitants des quartiers populaires prendre part à la politique, observe-t-il. Et ce qui m’a touché, ce qui était important, c’est qu’ils ne participaient pas en tant qu’habitant des quartiers, mais en tant que citoyens à part entière. C’est important de ne pas réduire les habitants des quartiers à cette seule étiquette ! »

Pour lui, l’Alliance a un atout : pouvoir toucher un public éloigné de la politique pour le mobiliser sur un événement « hyper institutionnel comme une campagne présidentielle ».

Pour cette Alliance des numéros 10, Jean-Luc Mélenchon est le buteur, le numéro 9 qui doit pousser la balle dans le but en 2027. © Mathieu Génon / Reporterre

Térence Nzau, 20 ans, influenceur politique et ex-candidat aux municipales à Orléans sur la liste de La France insoumise, assure de son côté que « dans les quartiers, dès douze ans, les gens connaissent la réalité politique », et qu’il s’agit avant tout de les accompagner dans leur éveil politique.

« Je vais devenir végétarien »

De son côté, sur l’écologie, plutôt que des grands discours « très éloignés de la réalité de chacun », il trouve que « beaucoup de jeunes parlent d’écologie », mais par un biais bien particulier : « J’ai beaucoup d’amis en train de devenir végétariens ; moi-même, je vais devenir végétarien », assure-t-il.

« En parlant des sujets qui attirent le plus les jeunes, poursuit le jeune homme, ils vont ensuite s’intéresser à d’autres sujets dont je parle aussi : certains ont commencé à me suivre par le biais des violences policières, mais vont voir ce que j’écris à propos du féminisme, du pouvoir d’achat, ou de l’écologie. »

Smael, Léo, et Seydou sont militants LFI. Pour Léo, au centre, «  c’est important que ce soit les gens des quartiers populaires qui parlent pour les gens de ces quartiers  ». © Mathieu Génon / Reporterre

Moussa Konaté, militant antiraciste au sein de Rassemblement égalité démocratie (RED) Jeunes (organisation née d’une scission des Jeunes communistes du Val-de-Marne) et candidat aux municipales à Drancy, assure qu’il ressent « une véritable bascule » sur le sujet de l’écologie.

« Nous, les quartiers populaires, on a l’impression que l’écologie c’est un peu loin, que ça ne nous concerne pas trop, dit-il. Mais quand on regarde la question des passoires thermiques, on se rend compte que la question de l’écologie populaire est essentielle, et qu’il faut qu’on s’en empare ».

«  On veut de l’isolation, on veut de la végétation, on veut de la considération, parce que la considération, c’est déjà un pas vers une forme d’écologie  », affirme l’élue rennaise Régine Komokoli. © Mathieu Génon / Reporterre

Car, si des enjeux écologiques sont présents en toile de fond de l’ensemble des discours, au travers des bouilloires thermiques, de l’alimentation, et des inégalités territoriales, rares sont les orateurs à explicitement mentionner l’enjeu. Régine Komokoli, conseillère municipale LFI à Rennes, profite du micro pour rappeler que « dans les quartiers, le social et l’écologie ne sont pas des théories, mais notre quotidien ».

« Pour lier social et écologie, c’est simple », nous explique-t-elle une fois descendue de la tribune : « On peut aller jouer, mais après il faut rentrer chez soi. Et quand il fait chaud, on suffoque ; quand il fait froid, ça coûte cher. Donc on veut de l’isolation, on veut de la végétation, on veut de la considération, parce que la considération, c’est déjà un pas vers une forme d’écologie. »

Alors que le public s’égaie sur la dalle du parvis de la gare, une conclusion se dessine : pour porter les enjeux écologiques dans les quartiers populaires, il faudra dessiner des propositions écologiques en réponse aux besoins des habitants, et non l’inverse ; une méthode que l’Alliance des numéros dix semble avoir bien comprise.

Source: https://reporterre.net/Pour-mobiliser-les-quartiers-populaires-La-France-insoumise-presente-l-Alliance-des-numeros-10

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