
Mardi 1er septembre, 11,6 millions d’élèves et 1,2 million de personnels reprennent le chemin de l’école. C’est aussi la dernière rentrée pour le macronisme éducatif, qui entend poursuivre, derrière le bruit de l’élection à venir, son entreprise de destruction de l’enseignement public.
Par Olivier CHARTRAIN
C’est le chiffre de la rentrée : 3090 euros, le montant en euros du salaire moyen des enseignants français, selon une note de la Depp (Direction des études, de la prospective et de la performance du ministère de l’Éducation nationale). Publié à quelques jours de la rentrée et opportunément repris, sans recul, par une bonne partie des médias, ce chiffre est… faux.
Parce qu’il exclut – pour quelle raison ? – une partie des enseignants les plus mal rémunérés (les contractuels, en particulier, qui représentaient quand même 8 % des effectifs en 2024). Et parce qu’il porte sur la période 2023-2024, soit la seule année où plusieurs mesures se sont cumulées pour produire une augmentation visible de la rémunération des professeurs.
Voilà de quoi faire « un sujet pour la rentrée » dans les salles des profs, notait Sophie Vénétitay, porte-parole du Snes-FSU (principal syndicat du secondaire). Car dans la réalité, celle que vivent les personnels et celle que montrent les études internationales, les enseignants français restent parmi les plus mal payés, avec le plus d’heures de travail et le plus grand nombre d’élèves par classe. Et, pour rester en France, comme cadres A de la fonction publique, elles et ils gagnent en moyenne 900 euros mensuels de moins que les autres cadres A.
Les enseignants français toujours mal payés
En attendant que se réalisent les promesses de certains candidats à la présidentielle, qui jurent être disposés à mettre en œuvre ce qu’ils ont refusé de faire lorsqu’ils étaient aux affaires, la dévalorisation du métier par le prix que la nation lui accorde demeure un problème entier.
Ce n’est pas le seul, loin s’en faut, en cette rentrée. La baisse démographique a été au premier plan de la conférence de presse de rentrée d’Edouard Geffray, qui annonçait 161000 élèves en moins (sur 11,6 millions) cette année. Une tendance qui devrait se poursuivre à moyen terme et constitue, selon le ministre de l’Education nationale, une « triste aubaine » pour « repenser la géographie scolaire », en laissant planer une menace voilée sur l’éducation prioritaire, qui pourrait voir ses moyens affaiblis au profit de l’école rurale.
Les syndicats enseignants y voient eux, surtout, un prétexte pour poursuivre l’hémorragie des postes. Près de 1900 sont supprimés dans le premier degré en 2026-2027. Pour le secondaire, le Snes remet les chiffres en perspectives : depuis 2006, les effectifs y ont crû de 105000 élèves, et plus de 29000 emplois y ont été supprimés (dont 10230 sous Emmanuel Macron).
Autant dire que pour les représentants des enseignants, si opportunité il y a, elle devrait consister à améliorer les conditions de travail des personnels et les conditions d’apprentissage des élèves en commençant par réduire le nombre d’élèves par classe, à tous les niveaux. Toujours selon le Snes, pour que notre pays retrouve un taux d’encadrement dans le secondaire identique à ce qu’il était en 2006, il faudrait non pas supprimer des postes, mais en créer… 40 740.
Interdiction du portable au lycée, la grande contradiction
L’autre grande affaire de la rentrée, c’est bien entendu l’interdiction du portable au lycée. Le ministre n’a, dans ce domaine, pas de mots assez durs, évoquant une « urgence sanitaire » pour protéger les jeunes d’un « processus de destruction cognitive massif ». En réalité, il s’agit d’étendre à d’autres espaces que les cours une interdiction qui y est déjà effective depuis 2018. Avec une assez large liberté laissée aux conseils d’administration des établissements pour définir, dans les règlements intérieurs, les lieux et les moments où cette interdiction devra s’appliquer.
Gwénaël Le Pailh, secrétaire général adjoint du Snes-FSU, juge « positif » le fait de créer de nouveaux espaces sans téléphone. Mais, tout en dénonçant « l’hypocrisie » qui consiste, dans le même temps, à pousser les élèves à utiliser de plus en plus les écrans (via la généralisation et l’extension des espaces numériques de travail), il redoute surtout la précipitation avec laquelle cette mesure est instaurée, au risque de la compromettre en négligeant les temps de dialogue et de concertation indispensables pour qu’elle soit bien comprise par tous.
Enfin, alors que notre pays sort de nouveaux épisodes dramatiques de canicule, dont les premiers ont une nouvelle fois perturbé la tenue des examens, Édouard Geffray a annoncé qu’en 2027, ceux-ci seront organisés exclusivement le matin. Sur l’adaptation du bâti, il a tout simplement renvoyé la balle aux collectivités territoriales, en soulignant que l’État les y aide – et en passant sous silence la réduction des crédits affectés dans ce but.
Syndicats enseignants et association environnementales continuent à exiger, de leur côté, un véritable plan de rénovation et d’adaptation du bâti scolaire, chiffré selon eux entre 4 et 5 milliards d’euros par an pendant dix ans. L’équivalent, selon le Snes, de « 2 % des aides annuelles aux grandes entreprises en 2023 ». Car ce qui manque à l’école, c’est ce qu’on choisit de ne pas lui donner.
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