Hollande bientôt candidat à la présidentielle ? Le pire de son quinquennat, pour ceux qui auraient oublié (H.fr-1/09/26)

François Hollande semble miser sur le temps qui passe pour faire oublier son quinquennat désastreux.
© ROMEO BOETZLE / AFP

François Hollande nous prend-il pour des poissons rouges ? Cinq ans de renoncements et de réformes libérales ne disparaissent pas avec le temps. De la politique de l’offre aux atteintes au Code du travail et aux libertés publiques, retour sur six marqueurs d’un mandat 2012-2017 qui a abandonné la gauche.

Emilio MESLET

Oui, il y a le mariage pour tous, la COP21 et la possibilité d’encadrer les loyers. Mais il y a aussi les milliards offerts sans contrepartie aux entreprises, le droit du travail détricoté, les libertés publiques malmenées.

François Hollande avait promis le changement ; son quinquennat aura surtout consacré un virage social-libéral et sécuritaire. Une trahison des idéaux de gauche qui explique aussi pourquoi, en 2017, il n’a pas été en capacité de se représenter. Pourquoi le pourrait-il aujourd’hui ?

  • La politique de l’offre, prélude au macronisme

Il ne lui aura fallu que six mois pour rompre avec l’histoire de la gauche. En novembre 2012, François Hollande fait le choix du « socialisme de l’offre », qui n’a de socialiste que le nom. En pleine crise économique, plutôt qu’une politique de relance par la demande, le chef de l’État d’alors promeut un très libéral « pacte de compétitivité » avec pour mesure-phare le crédit d’impôt compétitivité emploi (Cice).

En 2019, la Cour des comptes chiffrait à 91 milliards d’euros les cadeaux faits aux entreprises par des allègements de cotisation sociale, sans contreparties. Et si, d’après France Stratégie (commissariat général à la stratégie et à la prospective, service qui dépend du premier ministre), le Cice n’a eu que peu d’impact sur l’emploi, il a en revanche permis « une amélioration sensible des marges des entreprises » qui ont pu verser des dividendes à foison.

Rebelote, en 2013, avec 40 milliards d’euros de réduction de cotisations prévue par le « pacte de responsabilité ». La politique de l’offre devait pourtant aider François Hollande à « inverser la courbe du chômage ». Un échec patent (+ 1,1 million de chômeurs en cinq ans) : il n’a même pas pu se représenter en 2017.

  • La loi Cazeneuve, premier « permis de tuer »

La légitime défense ne leur suffisait visiblement pas. Dans les derniers mois du quinquennat, le gouvernement élargit donc le cadre permettant aux policiers de faire usage de leur arme. Notamment de tirer lors d’un refus d’obtempérer contre un véhicule en fuite susceptible de menacer leur vie ou celle d’autrui.

Une appréciation laissée aux fonctionnaires. Depuis l’adoption de la loi dite « Cazeneuve » du nom du premier ministre de l’époque, le nombre de décès a augmenté jusqu’à atteindre 13 pour la seule année 2022. Un an avant la mort du jeune Nahel, à Nanterre, dans ce type de circonstance. Ce drame a remis au cœur du débat cette loi controversée que le Nouveau Front populaire promettait, dans son programme, de « réviser » pour « que cessent les morts ».

  • Les « lois travail » et leur répression

Il n’y a pas qu’en milliards d’euros que se comptent les cadeaux faits au patronat par François Hollande. Au mi-temps de son mandat, le socialiste entreprend de réformer le Code du travail. Pour améliorer les droits des salariés ? Que nenni, d’où de grandes manifestations et des oppositions jusqu’au sein des groupes parlementaires socialistes.

Après utilisation de l’article 49.3, la « loi Macron », ainsi nommée car portée par celui qui était alors ministre de l’Économie, accélère les procédures devant les prud’hommes et assouplit les règles du travail de nuit et du dimanche. Comme si cela ne suffisait pas, François Hollande en remet une couche avec la « loi El Khomri », portée par la ministre du Travail pour « protéger les salariés, favoriser l’embauche » (sic).

Si un droit à la déconnexion et le compte personnel d’activité sont instaurés, les travailleurs ne voient pas leurs conditions de travail s’améliorer. Au contraire, la priorité étant donné aux « accords » d’entreprise même défavorables plutôt qu’aux négociations de branche, le gouvernement opère alors une véritable inversion de la hiérarchie des normes, nuisant largement aux salariés.

  • La déchéance de la nationalité, une tâche indélébile

« Déchéance de rationalité », avait alors titré l’Humanité face à la proposition de déchoir de leur nationalité tous les terroristes binationaux nés en France. Une décennie plus tard, aucune forme de rationalité n’est effectivement depuis apparue : comment François Hollande a-t-il pu reprendre l’une des propositions phares de l’extrême droite ?

Quelques jours après la tuerie du Bataclan, et alors que le pays reste plongé dans l’angoisse, le chef de l’État s’engage sur une pente dangereuse et commet une faute morale : porter atteinte au principe d’égalité des citoyens devant la loi, en ciblant les seuls binationaux, avant de s’empêtrer dans un projet visant à créer des apatrides, loin de toute mesure efficace contre le terrorisme.

Une dérive que de nombreux parlementaires de gauche ne peuvent soutenir. Christiane Taubira, ministre de la Justice, décide même de démissionner fin janvier 2016. « Que serait le monde si chaque pays expulsait ses nationaux de naissance considérés comme indésirables ? Faudrait-il imaginer une terre-déchetterie où ils seraient regroupés ? » tance-t-elle. Sous la pression et faute de majorité pour une révision constitutionnelle, François Hollande finit par abandonner la mesure, mais le mal est fait.

  • L’État d’urgence permanent, c’est lui

Les promesses de François Hollande n’engagent que ceux qui les croient. En janvier 2016, il promet que « l’exception ne peut pas devenir la règle », et qu’à ce titre « l’état d’urgence n’a pas vocation à durer ». Mais, au nom de la menace terroriste, le gouvernement socialiste maintient des mois durant un régime exceptionnel limitant les libertés publiques. Il permet aux autorités administratives d’effectuer des perquisitions sans intervention du pouvoir judiciaire, de prononcer des assignations à résidence dans des conditions élargies et d’interdire des manifestations.

L’exécutif avait visiblement une conception large des menaces pesant sur la France puisque même les militants écologistes ont été ciblés par ce dispositif, notamment lors de l’organisation de la COP21 à Paris. C’est donc un président de la République socialiste qui aura entériné un tournant sécuritaire et répressif inédit avant que, fin 2017, son successeur à l’Élysée n’intègre ce régime spécial au droit commun.

  • La loi Touraine ou la réforme des retraites avant l’heure

D’ordinaire, gauche au pouvoir rime avec conquêtes sociales. Avec François Hollande, c’est différent. Si l’ex-président de la République a bien instauré un compte pénibilité permettant à certains de partir plus tôt en retraite en fonction de la dureté de leur métier, il est aussi celui qui a allongé la durée de cotisation pour atteindre 43 annuités, là où était espérée une abrogation de la réforme des retraites de Nicolas Sarkozy portant à 62 ans l’âge légal de départ.

« Je ferai en sorte que tous ceux qui ont 60 ans et qui auront cotisé la totalité de leurs annuités retrouvent le droit de partir à la retraite à taux plein », avait pourtant promis, pendant la campagne, le candidat Hollande sans jamais évoquer une nouvelle réforme « à la hussarde en pleine trêve estivale », comme l’avait qualifiée Pierre Laurent, alors secrétaire national du PCF.

Source: https://www.humanite.fr/politique/francois-hollande/hollande-bientot-candidat-a-la-presidentielle-le-pire-de-son-quinquennat-pour-ceux-qui-auraient-oublie

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