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Quatre agents du guichet du bureau de cette commune du Cher ont cessé le travail depuis plus de trois mois. Ils protestent contre l’élargissement de leurs tournées, synonyme selon eux d’une nette dégradation d’un service public de proximité.
Par Chloé BODIN-SZCZYGLAK
Léré (Cher), envoyée spéciale.
Devant l’agence de Léré (Cher) au logo jaune et bleu, ce 26 août, les gilets de La Poste se mêlent aux chasubles rouges de la CGT. Des militants de la Fédération des activités postales et de télécommunications de toute la région, ainsi que des élus municipaux des villages voisins de Belleville et Savigny et des parlementaires se sont retrouvés devant le petit bureau de poste du village pour afficher une nouvelle fois leur solidarité avec les agents qui y travaillent.
La date n’est pas anodine : ce mercredi, cela fait cent jours que quatre postiers sont en grève. Au cœur de la tempête qui agite le service public de cette petite bourgade du centre de la France, à quelques kilomètres de la Loire, un projet de réorganisation de la distribution du courrier amorcé par La Poste entre Léré et Sancerre, à 20 kilomètres plus au sud.
Les syndicats craignent la fermeture du bureau de poste de Léré
Si ce plan venait à être mis en œuvre, des tournées de distribution de courrier s’ajouteraient aux journées de travail habituelles des quatre facteurs, qui couvrent la zone à proximité de Léré. Ces derniers refusent catégoriquement l’élargissement de leur périmètre d’exercice, au nom de leurs conditions de travail, mais pas seulement.
« Ce qui compte pour nous, c’est le maintien d’un service public essentiel à la population », affirme Dominique Larduinat, représentant de la CGT FAPT du Cher. « Il y a aussi un enjeu environnemental pour ne pas faire 50 000 kilomètres supplémentaires par an entre Sancerre et Léré. Cela représente une heure de plus par jour passée dans la voiture au lieu de la passer auprès des usagers », appuie-t-il. C’est aussi une détérioration « sans précédent » de leurs conditions de travail que redoutent les agents. « La route qui relie Léré à Sancerre est une route assez dangereuse et très passagère. Il y a encore eu deux accrochages récemment », assure Dominique Larduinat.
Contactée, La Poste justifie son projet de réorganisation en invoquant une « évolution des usages de (leurs) clients » et un « manque de place pour l’activité colis » à Léré. Mais les syndicats y voient surtout une démarche économique. Dominique Larduinat dénonce un processus de « regroupement de services de La Poste » dans des centres toujours plus grands, pour faire des « économies d’échelle », au détriment des petits guichets ruraux, comme celui de Léré.
En 2003, ils étaient 11 facteurs à y travailler. Ils ne sont plus que 4 aujourd’hui. La commune, qui compte 1 200 habitants, n’est pour l’instant pas concernée par la fermeture de son unique bureau de poste, mais les syndicalistes craignent que ce soit la suite logique au projet en cours de déploiement. Les agents, comme les usagers, en paieraient le prix fort, assurent les syndicalistes.
Tenir malgré les pertes de salaire
Alors que la grève des postiers chérois a cours depuis plus de trois mois, le courrier continue tant bien que mal d’être distribué aux habitants. « On est remplacés par des facteurs qui tournent sur toute la région et par des intérimaires », détaille Sébastien Blanchet, l’un des agents à avoir cessé le travail depuis mai, postier depuis trente-deux ans. Si les usagers ne voient guère les effets de cette lutte sociale dans leur boîte aux lettres, il n’en va pas de même pour les agents mobilisés. « Au 31 juillet, mes trois collègues étaient à plus de 2 000 euros de retenue sur salaire chacune », souffle Sébastien Blanchet.
Une situation qui pèse sur le moral des grévistes, notamment sur les trois femmes du groupe. Célibataires, toutes payées au Smic, elles s’accrochent à la mobilisation malgré tout. « Cent jours, c’est énorme, se félicite Élisabeth Allou, l’une d’entre elles. Mais on est vraiment fatigués : on a des hauts, des bas. On va bien sûr y perdre financièrement, mais on sait pourquoi on tient. On tient pour nos emplois, pour nos milieux ruraux et pour tous les usagers. »
Devant la foule de soutiens venue applaudir la lutte, c’est avec émotion que la postière prend le micro pour dresser le récit du quotidien des agents du bureau de poste. « On est chronométré à la seconde, s’indigne-t-elle, amère. Le nombre de colis a triplé, les cadences sont infernales. Moi, je n’ai pas le temps de faire ma pause méridienne : tous les jours, c’est trois quarts d’heure de mon temps que je donne gratuitement. »
Cent jours de grève sans véritable négociation
Pour cette date anniversaire du 100e jour de grève, La Poste s’est quant à elle fait discrète. Depuis le début du conflit, l’entreprise publique n’a pas su faire preuve de dialogue, pointe la CGT FAPT du Cher. Et ce, alors même que les travailleurs n’en sont pas à leur première interruption de travail.
« Il y a d’abord eu une grève de trois semaines, du 26 janvier au 18 février », relate Christelle Asselin, l’une des factrices de Léré. « On voulait faire reculer la date de mise en place du projet, complète son collègue Sébastien Blanchet. On pensait que les locaux de Sancerre seraient neufs mais le bâtiment est vétuste, sur plusieurs étages. Au final, il n’y a pas eu d’avancées, alors le 19 mai, le jour où on devait aller à Sancerre, on s’est mis en grève une deuxième fois. »
De son côté, le groupe réfute ce défaut de discussion : « Plus de 60 rencontres ont été organisées depuis le 19 mai. Plusieurs propositions ont été formulées afin d’apporter des adaptations opérationnelles. Les échanges se poursuivent ce jour afin de rechercher une issue favorable au conflit », indique La Poste.
Les grévistes en attendent toutefois davantage de la part de leur employeur et se disent disponibles à une « négociation loyale et sincère ». Mais les quatre agents se préparent malgré tout à la suite de leur mouvement. « Si la situation s’éternise, on est prêts à démissionner », confie tristement Élisabeth Allou. Tous espèrent se retrouver pour célébrer la victoire de leur lutte, et non pour un 200e jour de grève.
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avec des patrons quine pensent qu’au profit la poste est mal partie!