«C’est l’ensemble de l’économie française qu’on doit revoir» : Monique Barbut face au bilan de l’été le plus chaud (reporterre.net-4/09/26)

La ministre de la Transition écologique Monique Barbut, à Paris, durant l’été 2026. – © Lou Benoist / AFP

Devant la ministre de la Transition écologique, Météo-France a fait le bilan d’un été aussi exceptionnel qu’amené à se reproduire. Monique Barbut a annoncé investissements et mesures, en difficile cohérence avec l’action du reste du gouvernement.

Par Laure NOUALHAT

Deux ministres, une douzaine de conseillers, reconnaissables à leurs pochettes bleues et costumes sombres, et, au bout de la table, Virginie Schwarz, patronne de Météo-France. Jeudi 3 septembre, au siège de l’agence, climatisé à la géothermie, il ne s’agit plus vraiment de commenter la météo, mais de contempler le bilan d’un été sorti des statistiques.

« L’été 2026 va certainement rester dans l’histoire », commence la ministre de la Transition écologique Monique Barbut, accompagnée de son assez absent ministre délégué Mathieu Lefèvre. Elle ne force pas le trait. La France vient de vivre son été le plus chaud depuis le début des mesures en 1900 : 24 °C de moyenne, jour et nuit, soit 3,6 °C au-dessus des normales 1991-2020.

L’année 2003, longtemps étalon national de la cuisson estivale, est reléguée loin derrière avec +2,7 °C. Pour 2026, presque la moitié du territoire (45 %) a franchi au moins une fois 40 °C. Et les trois vagues de chaleur ont occupé 53 jours de l’été, contre 33 en 2022.

Sécheresse, soleil et feux de forêt

À mesure que Virginie Schwarz déroule les diapositives, bardées de courbes et de cartes rouges, l’ambiance se rafraîchit curieusement. Et les mines s’assombrissent. L’été a aussi été le deuxième moins pluvieux depuis 1959, avec près de 40 % de déficit. Les sols n’ont jamais été aussi secs en moyenne à l’échelle du pays.

Les façades maritimes, elles, ont connu des températures de surface inédites. Pendant 74 jours consécutifs, au moins un département a été classé en danger élevé de feu de forêt. Même le soleil s’y met : avec plus de 20 % d’excédent, 2026 partage avec 1949 le titre d’été le plus ensoleillé jamais mesuré.

Monique Barbut rend hommage aux quatre pompiers morts cet été, aux soignants, aux agriculteurs, aux élus de terrain. Puis veut voir dans cet été une « France solidaire » face à la catastrophe.

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Le plus désagréable arrive ensuite. Cet été aurait été « quasi impossible » sans le réchauffement provoqué par les activités humaines, explique Météo-France. Il affiche environ 5 °C de plus qu’un été moyen de l’ère préindustrielle, dont les relevés nous ramènent à 1900. Si, dans le climat actuel, il reste rare, avec une probabilité d’environ 1 (mal)chance sur 100, dans une France qui se précipite vers les +4 °C, ce serait presque un été ordinaire…

D’ici là, restera-t-il des cours d’eau à assécher et des forêts à brûler ? À l’avenir, les vagues de chaleur pourraient même occuper un tiers de l’année. « Certains étés futurs pourraient même dépasser les 100 jours de vague de chaleur », déroule Virginie Schwartz. Le millésime météo 2026, aujourd’hui historique et exceptionnel, serait donc demain un simple vin de table.

Monique Barbut écoute la litanie avec l’air de quelqu’un pour qui la facture est déjà largement consommée. Celle que ses détracteurs ont surnommée cet été « Madame Transat », après ses cellules de crise suivies en visioconférence depuis sa villa (avec piscine) de Sainte-Maxime (Var), insiste : « Personne n’est prêt. » Pas même les experts : « Ça a un peu pris tout le monde par surprise et ça arrive plus vite que prévu. Il n’est pas question de revivre ça à l’identique l’année prochaine. » Les scientifiques du Giec apprécieront ce « qui aurait pu prédire »

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Reste à éviter que l’adaptation ne se réduise à un grand concours national de brasseurs d’air. La ministre promet des conclusions sur le sujet d’ici à la fin septembre et esquisse un programme d’investissements pour les cinq prochaines années.

Elle prévient déjà qu’on ne rénovera pas toutes les écoles avant juin prochain : il faudra commencer par des volets, des stores et des ventilateurs, revoir l’organisation des examens (« il n’y aura plus d’examens dans l’après-midi »), créer des accès rapides aux massifs forestiers pour les pompiers, diversifier les essences forestières prenant un peu plus de temps que d’ouvrir des routes. Puis changer d’échelle. « Chaque euro investi doit tenir compte de cette réalité climatique », dit-elle, en appelant à mobiliser davantage l’épargne des Français.

La Tracc, Trajectoire de référence pour l’adaptation au changement climatique, doit ainsi devenir le mètre étalon des investissements. Monique Barbut dit avoir demandé à chaque ministère de passer leurs politiques au tamis climatique. Même travail attendu d’Enedis, RTE, de la SNCF et des grands opérateurs.

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« C’est l’ensemble de l’économie française qu’on doit revoir », dit-elle, en signalant quelques travaux pratiques que l’été a déjà fournis : des usines de chips ont dû fermer faute d’eau. Demain, routes, lignes électriques, bâtiments, usines et écoles devront être pensés non pour le climat d’hier, mais pour celui qu’ils auront à encaisser.

La ministre prend toutefois soin de rappeler que l’adaptation ne doit pas devenir le nouveau nom du renoncement. « Elle ne doit pas éclipser la décarbonation », insiste-t-elle, plaidant pour remplacer les énergies fossiles par l’électricité partout où cela est possible.

Autrement dit : acheter des stores (ou des clim, c’est selon) tout en arrêtant de pousser le thermostat planétaire. Sauf qu’elle est prise au piège d’un gouvernement qui n’hésite pas à donner dans la dissonance… Il y a une semaine, le préfet de Haute-Savoie autorisait le début des travaux de l’autoroute A412, ce qui implique au passage de raser 180 hectares de forêts. La course en avant, toujours, au centre du logiciel politique.

Monique Barbut cite Paul Valéry : « L’histoire est la science des choses qui ne se répètent pas. » Mais Météo-France vient précisément d’expliquer le contraire : l’été 2026 peut se répéter. Et même faire petit joueur. Ironie du calendrier, la chaleur revient déjà avant même la mi-septembre, avec jusqu’à 36 à 38 °C annoncés entre le Gard et l’Hérault. Le bilan de l’été météorologique est terminé. Le climat, lui, n’a visiblement pas reçu le communiqué.

Source: https://reporterre.net/C-est-l-ensemble-de-l-economie-francaise-qu-on-doit-revoir-Monique-Barbut-face-au-bilan

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