
Au cœur de l’été, son propriétaire a mis en vente l’enseigne de parfumerie et ses 2 375 employées. N’obtenant aucune garantie sur l’emploi, ni détails sur le projet du repreneur, les syndicats se mobilisent.
Par Pierric MARISSAL
Pas moins de 800 salariées sur 2 375, soit un gros tiers des effectifs français de Marionnaud, et plus de 100 magasins sont en sursis. En cause, un rachat de l’enseigne française de parfumerie – et le passif de 120 millions d’euros de dette et d’intérêts – pour un euro symbolique par un repreneur français, David Konckier, qui n’a pas caché ses vues.
« En CSE, il nous a clairement dit qu’il ne garderait pas les magasins non rentables et qu’il comptait réduire les coûts », raconte Hanane El Kacimi. « Il a ajouté qu’il se donnait six mois pour faire le point », souligne la déléguée syndicale CFDT, qui s’attend donc aux premières annonces de casse sociale début 2027.
Alors, les représentants du personnel ont calculé : « Il y a des dizaines de magasins déficitaires, avec plus de 500 salariés, plus tous les établissements qui sont vétustes… Cela fait bien 800 emplois menacés », soupire Marilyn Gentil, secrétaire du CSE, déléguée CGT.
Les salariées s’inquiètent des moyens d’un repreneur déjà fragilisé
En intersyndicale (CGT, CFDT, Unsa, CFE-CGC), les salariées du groupe – des femmes à 95,7 % – ont lancé la semaine dernière la mobilisation. Elles ont tenu un premier piquet de grève au siège parisien lundi 31 août, un deuxième à Lyon mercredi 2 septembre, mais la direction refuse toujours de s’engager sur des garanties sur l’emploi pendant trente-six mois et un engagement financier de l’actuel propriétaire, principales revendications des salariées.
Alors, elles ont durci le ton ce samedi en appelant à la fermeture de magasin. « Le mouvement a été très suivi, surtout à partir de 14 heures où de nombreux rideaux ont été baissés », assure Marilyn Gentil, qui n’avait pas encore, à l’heure où ces lignes sont écrites, le nombre exact de grévistes. « Cela montre en tout cas que nous sommes nombreuses à être prêtes à perdre du salaire, au ras des pâquerettes chez Marionnaud, pour se mobiliser. »
Les salariées ne sont pas opposées par principe à un rachat, d’autant plus que le repreneur est français : David Konckier, lui-même PDG du groupe Bogart, un groupe français spécialisé dans la beauté et la parfumerie propriétaire notamment des parfumeries April. Son plan, baptisé Revival, prévoit une mutualisation des politiques d’achats et de la chaîne d’approvisionnement, du marketing, des formations…
Il s’agit aussi de vendre chez Marionnaud plus de produits cosmétiques appartenant au nouveau propriétaire. « Mais il achète le groupe avec un euro symbolique, et récupère 123 millions d’euros de dette et intérêts à payer, il ne va plus lui rester qu’un million de trésorerie, je ne vois pas comment il va pouvoir redresser la barre », redoute Hanane El Kacimi. Surtout que son propre groupe, Bogart, n’est pas fringant : il a lancé un PSE l’an passé et fermé près de la moitié des boutiques Nocibé qu’il avait rachetées. « Au moins, notre propriétaire actuel avait les moyens de payer un plan de licenciement économique avec du supralégal », glisse Marilyn Gentil.
Des effectifs en baisse et des accidents du travail en forte hausse
C’est en effet le conglomérat hongkongais CK Hutchison, aux poches bien remplies, qui détient Marionnaud depuis près de vingt ans, mais il est plus concentré sur ses infrastructures portuaires au Panama que sur ses enseignes françaises de parfumerie. Résultat, si l’enseigne va mal, cela ne date pas d’aujourd’hui.
Les syndicats dénoncent des erreurs stratégiques, citant pêle-mêle les errements autour du programme fidélité, devenu payant avant de faire marche arrière ; l’abandon, au début du printemps, des épilations dans les instituts ; des offres plus attractives sur Internet qu’en boutique ; ou encore une communication ciblée plutôt centrée sur Chérie FM que sur les influenceuses, ce qui n’a pas permis de renouveler la clientèle.
Depuis plusieurs années, la direction de Marionnaud, qui n’a pas répondu à nos questions, enchaîne les plans d’économies. « La DRH a supprimé toutes les prestations de ménage, les hôtesses de caisse et la majorité des agents de sécurité. Donc les conseillères doivent tout faire elles-mêmes, y compris des remises en banque, avec tous les problèmes de sécurité que ça implique », dénonce Hanane El Kacimi.
Les effectifs ont déjà fondu de 8 % en deux ans, sans plan social. « On fait tout à magasin ouvert, traitement des livraisons, conseil clients, soins express, conseil clients, encaissement, vigile… » témoigne un salarié. Selon des extraits du rapport d’expertise commandé par le CSE que nous avons pu consulter, le nombre d’accidents du travail a plus que doublé en deux ans et en 2025, les absences pour arrêt maladie ont bondi de 38 %.
La vétusté des boutiques, certaines sans ventilation alors que du parfum est vaporisé toute la journée, est aussi cause de maladies respiratoires. « Oui Marionnaud va mal, mais ce n’est pas ma faute, on est les victimes de leurs orientations stratégiques », assure une salariée. « On avait lancé il y a plus d’un an un droit d’alerte économique, contesté par la direction, mais le juge nous a donné raison, déplore Marilyn Gentil. On allait déjà droit dans le mur. »
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