
Les femmes employées à la Tour Eiffel ont été priées, par leur direction, de rester invisibles samedi. La raison ? La visite de membres d’une secte hindoue, proche du premier ministre indien Narendra Modi, qui venait inaugurer un temple en France. Les salariés se sont mis en grève ce 7 septembre.
Par Elisabeth FLEURY
Samedi matin, alors qu’une centaine de membres du Bochasanwasi Akshar Purushottam Swaminarayan (BAPS), une secte hindoue, étaient accueillis pour une visite à la Tour Eiffel, toutes les femmes salariées de la Tour ont été priées, par leur hiérarchie, de rester invisibles. « Certaines ont été invitées à quitter leur poste et à se mettre à l’écart dans des locaux. À certains postes, elles ont été remplacées par des hommes, indique un communiqué des salariés de la Tour Eiffel. Et toutes les femmes salariées ont reçu la consigne de ne pas passer ou de ne pas traverser certaines zones pendant la présence de la délégation ».
Scandalisés par cet évènement qu’ils qualifient de « grave et profondément contraire aux valeurs d’égalité et de non-discrimination », les salariés de la Tour Eiffel ont refusé de reprendre le travail ce lundi matin. La Tour Eiffel, monument emblématique de la capitale, est donc restée fermée.
« Des consignes qui ont amené à cette discrimination sexuelle »
« Nous recevons chaque jour des milliers de visiteurs de différentes nationalités, religions, et les accueillons toujours sans distinction aucune, expliquent les salariés dans leur communiqué. Ce qui nous concerne aujourd’hui, ce sont les consignes données à nos collègues et la façon dont les femmes salariées ont été traitées en raison de leur sexe », poursuivent-ils.
Face à cette situation « absolument inacceptable », ils se disent collectivement « choqués » et réclament à leur direction des « explications claires et précises », notamment sur « les consignes qui ont amené à cette discrimination sexuelle ». Une délégation a été reçue par la direction en début d’après-midi et les personnels devaient décider, dans la foulée, des suites à donner à leur mobilisation. En fin de journée, une Assemblée générale des salariés de soirée a voté la prolongation de la fermeture pour la nuit.
Quatre hauts responsables du site (dont le directeur général Patrick Branco-Ruivo, la déontologue de la mairie de Paris et deux autres directeurs du site) y ont été amenés à s’expliquer. « Le DG a présenté ses excuses aux salariés, mais ceux-ci, en Assemblée générale, lui ont rétorqué que le contrat de confiance était rompu », affirme Diane Davoine, secrétaire CGT du CSE et référente VSS côté salariés sur le site.
Le dialogue social est « extrêmement compliqué avec cette direction en place depuis 2018 », ajoute-t-elle : « Ce qui s’est passé samedi, c’est la goutte d’eau. » Le site devrait rouvrir ses portes mardi matin à 9h30. Aucune Assemblée générale n’est prévue. « Il n’est pas question d’abandonner le dialogue avec la direction sur ce point, ajoute Diane Davoine. Nous serons vigilants. Les événements de samedi ne doivent plus jamais se reproduire ».
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