
Alors que la Cour des comptes appelle les industries électriques et gazières à raboter les tarifs préférentiels appliqués aux agents, les quatre syndicats représentatifs appellent à une mobilisation le 15 septembre. Pour Fabrice Coudour, secrétaire général de la CGT-FNME, c’est un modèle de gestion ouvrier qui est attaqué.
Par Marie TOULGOAT
Quatre-vingts ans après la nationalisation d’EDF, les attaques contre le statut des agents des industries électriques et gazières (IEG) sont désormais légion. La dernière en date vise le tarif agent. La CGT-FNME, première organisation syndicale de la branche, s’attend à une mobilisation massive ce mardi 15 septembre.
La lutte contre l’attaque du tarif agent est au cœur de votre mobilisation. Pourquoi le maintien de ce tarif est important pour vous ?
Fabrice Coudour
secrétaire général de la CGT-FNME
Le tarif agent est un totem dans les industries électriques et gazières, pour les actifs comme pour les retraités, soit quasiment 300 000 personnes. Ce tarif n’est ni un privilège ni un avantage, c’est un élément constitutif de notre statut, qui est régi par décret.
Il est indirectement un élément de rémunération, puisque nos salaires, tels qu’ils ont été pensés en 1946 lors de la création de notre statut, sont en deçà de ceux du privé. C’est un élément important et qui mobilise beaucoup, puisque tous les plus gros taux de grévistes qu’il y a eu dans l’histoire des IEG ont été observés dès qu’est attaqué ce tarif agent.
Dans n’importe quel corps de métier, dans n’importe quelle corporation, les travailleurs peuvent bénéficier d’une sorte d’avantage sur le produit fini. Ce tarif agent, ça fait partie de ce qu’on produit, transporte, distribue.
Il fait aussi partie des éléments d’attractivité de nos métiers. Dans un secteur où les grilles salariales sont basses et où les contraintes sont fortes – avec des astreintes, des heures supplémentaires, du travail en 3-8 –, on peinera à recruter sans ce complément de rémunération.
L’attaquer, c’est tenter de nous faire passer pour des nantis et de nous opposer à la population.
Ce n’est pas la seule atteinte à votre statut que vous avez connue.
Elle fait, en effet, suite à plusieurs autres attaques politiques, à commencer en 2023 par celle sur nos retraites. Depuis le 1er novembre 2023, les nouveaux embauchés ne bénéficient plus de notre régime spécial. Des salariés ont été transférés en début d’année de notre caisse de retraite, la Camieg, vers le régime général.
Sous couvert de pseudo-négociations sur l’article 25 de notre statut, nos œuvres sociales – la CCAS, qui représente les 156 entreprises des industries électriques et gazières – sont aussi sous le feu des critiques. C’est son modèle de gestion ouvrier, qui est attaqué.
Vos détracteurs expliquent que ce tarif pèse sur les factures des usagers. Que répondez-vous ?
Il représente moins de 1 % de la facture. Cela veut dire que, pour des factures moyennes qui avoisinant les 2 000, 2 500 euros par an, ce tarif agent ne représente que 20 à 25 euros.
D’un autre côté, des changements majeurs sont intervenus cette dernière année sur la facture sans que personne ne réagisse. Alors que le Code des impositions sur les biens et services et le Code de l’énergie affirment que l’énergie est un bien de première nécessité, ce n’est pas un taux de 5,5 % qui lui est appliqué, mais un taux de 20 %. Ce qui représente 300 euros que tous les usagers pourraient gagner sur cette même facture de 2 000 euros.
Si l’on supprimait notre soi-disant privilège, on le verrait à peine sur les factures, alors que si l’État prenait ses responsabilités et passait la TVA à 5,5 %, cela aurait un réel effet pour les usagers.
Vos précédentes mobilisations revendiquaient aussi la baisse des factures. Reprenez-vous ce mot d’ordre le 15 septembre ?
Cette mobilisation sert surtout à défendre nos droits. Toutefois, tout notre argumentaire repose sur la nécessité de défendre un service public de l’énergie et d’affirmer qu’un autre modèle est possible, quatre-vingts ans après la nationalisation des industries électriques et gazières.
Nous pensons que nous sommes largement capables de nationaliser l’électricité et le gaz et d’améliorer la gestion démocratique des entreprises nationalisées en intégrant l’État dans les gouvernances d’entreprise, aux côtés des représentants des travailleurs et des représentants d’usagers, qu’ils soient des collectivités, des particuliers, des industriels.
Nous pouvons démontrer que nous sommes en mesure de nationaliser de nouvelles entreprises, financer le nouveau nucléaire, investir dans la rénovation des réseaux et relever les défis de demain. Sur dix ans, ça coûterait 541 milliards d’euros. Mais cela en rapporterait 575 milliards sans alourdir la dette publique et en baissant les factures de quasiment 25 %.
Notre bataille a donc toujours été double. On défend évidemment les droits des travailleurs, mais aussi un modèle de société.
Cette mobilisation est appelée par l’ensemble des quatre fédérations syndicales représentatives des industries électriques et gazières. Considérez-vous cela comme un message fort ?
La CFE énergies, la CFDT chimie énergie, FO énergie et nous, la FNME-CGT (Fédération nationale des mines et de l’énergie), portons le même argumentaire et nous opposons de la même manière aux attaques qui visent le tarif agent.
Nous ne sommes pas toujours d’accord sur le fond ou sur la forme, mais notre objectif commun est de montrer que le sujet mobilise beaucoup les agents, en obtenant de fort taux de grévistes dans les entreprises.
Le tarif agent, comme la défense de notre statut en général, est un sujet qui nous rassemble. Nous savons collectivement que le gouvernement essaye de nous opposer à l’opinion publique, mais nous ne sommes pas les ennemis.
Qu’espérez-vous de cette mobilisation ?
Notre cible, c’est le gouvernement. Ce qui est clair pour la CGT, c’est que nous attendons un retrait pur et simple des menaces qui pèsent sur le tarif agent.
Nous ne savons pas encore si nous allons être reçus, mais si ni le premier ministre ni notre ministère de tutelle ne veulent nous entendre, alors il faudra considérer que ce sont eux les responsables. Et pas les agents qui opèrent le service public sept jours sur sept, 24 heures sur 24 et qui sont mobilisés sur les événements climatiques, les incendies comme les inondations, comme les tempêtes, etc.
Nous attendons de le constater sur le terrain, mardi 15 septembre, mais nous nous attendons à une très grosse mobilisation, avec des taux de grévistes dans les entreprises qui dépassent les 75 ou 80 %.
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