
La réplique devrait être moins forte que la secousse enregistrée en Saxe-Anhalt où l’AfD frôle la majorité absolue, mais les scrutins de ce dimanche à Berlin et dans le Mecklembourg pourraient constituer deux nouvelles gifles magistrales pour les partis de la coalition du chancelier Merz au pouvoir.
Par Bruno ODENT
Faut-il craindre des répliques du séisme politique provoqué par le succès de l’ AfD (extrême droite) qui a frôlé la majorité absolue le 6 septembre dans le Land de Saxe-Anhalt ? Les deux scrutins programmés ce dimanche 20 septembre à Berlin et en Mecklembourg-Poméranie, sur les bords de la mer baltique, s’annoncent à nouveau difficiles pour le chancelier Friedrich Merz et la coalition gouvernementale (CDU-CSU-SPD), qu’il dirige. Si un nouveau raz-de-marée d’extrême droite ne semble plus à l’ordre du jour, l’AfD pourrait néanmoins doubler son score à Berlin, voire faire mieux encore et arriver en tête dans le Mecklembourg.
La CDU, qui dirige le Land de Berlin, est donnée en net recul ; autour de 20 % des suffrages, et la coalition qu’elle dirige avec le SPD, comme au plan national, serait largement battue. Dans la capitale, Die Linke pourrait créer la surprise avec sa tête de liste Elif Eralp en arrivant en tête du scrutin. Les enquêtes d’opinion la placent à plus de 20 %, très légèrement devant la CDU du bourgmestre sortant.
La douloureuse question de la flambée des prix des loyers, en hausse de plus de 70 % sur dix ans, s’est imposée dans les débats. Des associations de citoyens berlinois avaient obtenu la convocation d’un référendum d’initiative populaire en 2021, où une large majorité (plus de 1 million d’électeurs) a ratifié la demande de nationalisation des requins privés de l’immobilier. Si les partis établis CDU et SPD ont tenté d’ignorer le choix des Berlinois Die Linke n’a cessé, elle, de l’appuyer. Ce qui explique sa nette montée en puissance.
Aucun chancelier n’a jamais été aussi impopulaire
En Mecklembourg-Poméranie, la ministre-présidente sortante, Manuela Schwesig, dirige une coalition SPD-Die Linke. À 35 % des intentions de vote, elle est donnée en recul de 4 points et distancée par l’AfD (37 %). Elle pourrait toutefois tirer son épingle du jeu et échapper à un vote sanction, car elle n’a cessé de prendre ses distances avec les ténors nationaux du SPD, refusant la moindre de leur immixtion dans la campagne pour l’élection du Landtag (Assemblée d’un Land).
Schwesig s’est même insurgée contre les projets de réformes massacrant certaines des garanties essentielles du système social. Au point de faire figure de dirigeante concurrente du chef actuel du SPD et vice-chancelier, Lars Klingbeil, en cas d’explosion d’une crise interne déjà très virulente, alors que le parti n’est plus crédité que de 11 %, dans les derniers sondages nationaux.
Friedrich Merz n’est guère mieux loti. Aucun chancelier n’a jamais été mesuré à un tel niveau d’impopularité. Au sein de la CDU, d’aucuns appellent à sa démission en regardant intensément sur leur droite et en réclamant la mise en place d’un gouvernement « minoritaire ».
Débarrassé du SPD, ils pourraient, disent-ils, s’appuyer sur lui ou sur l’AfD au coup par coup. Un scénario qui a suscité, le 16 septembre, une mise en garde émue de Thorsten Frei, chef du groupe CDU au Bundestag : « Ce serait la fin de l’Union (chrétienne-démocrate) », s’est-il exclamé, en précisant que l’AfD « conduirait un gouvernement minoritaire par le bout du nez, comme dans un manège. »
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