«Un passage en force» : la colère monte pour sauver le château d’eau du Finistère (reporterre-21/09/26)

Manifestation dans les monts d’Arrée (Finistère), le 20 septembre 2026. – © Chloé Richard / Reporterre

Plus de 700 manifestants se sont rassemblés le 20 septembre dans le Finistère pour dénoncer le déclassement de plusieurs communes des zones vulnérables aux nitrates agricoles. Ils craignent notamment une pollution de l’eau.

Par Chloé RICHARD

Monts d’Arrée (Finistère), reportage

« Ici commence la mer », « L’eau, notre bien commun »… Ni les nuages qui chatouillent le sommet des monts d’Arrée et obstruent l’horizon, ni la vingtaine de gendarmes qui encerclent le secteur et enregistrent les plaques d’immatriculation des automobilistes ne sont parvenus à arrêter les manifestants. Dimanche 20 septembre, plus de 700 personnes, munies de dizaines de pancartes, se sont donné rendez-vous dans les monts d’Arrée, au cœur du Finistère, pour protéger l’eau.

« Quand on a appris ce qui se passait, on a trouvé cela préoccupant », rembobine au micro Jean-François Dumonteil, maire de La Feuillée, surplombant le public qui entoure le rond-point du Roc’h Trédudon, un des sommets situés à l’entrée des monts d’Arrée. Sa commune, ainsi que huit autres du secteur [1], ont appris au printemps qu’elles étaient dans le viseur du préfet du bassin Loire-Bretagne : l’État a en effet décidé de déclasser le territoire, jusqu’alors considéré comme « zone vulnérable aux nitrates », comme l’a révélé en juin au grand public le média local d’investigation Splann !.

Plusieurs élus étaient présents. © Chloé Richard / Reporterre

Le classement, mis en péril aujourd’hui, permettait jusqu’alors de limiter l’épandage de lisier, à l’origine des excès de nitrates dans l’eau et des tristement connus échouages d’algues vertes sur les plages bretonnes.

Le territoire des monts d’Arrée est également connu pour être le château d’eau du Finistère. « L’eau d’ici alimente des centaines de milliers de Finistériens », rappelle Mélanie Thomin, députée socialiste du Finistère, devant la foule attentive. Autour d’elle, des dizaines d’organisations, armées de leurs fanions, ont répondu à l’appel à manifester des élus locaux : la Confédération paysanne, Les Écologistes, le Parti communiste français ou encore La France insoumise et l’Union démocratique bretonne (UDB, gauche fédéraliste).

Quelque 700 manifestants ont fait le déplacement le 20 septembre 2026. © Chloé Richard / Reporterre

« On a appris que cette décision allait être prise par hasard. Personne n’était au courant ici. De là, on a fait des notes, interrogé tout le monde », rappelle Gaël Calvar, maire de Port-Launay et président de l’Épaga, l’établissement public local en charge du bassin de l’Aulne et de l’Hyères. « Les services de l’État se sont appuyés sur une étude scientifique menée pendant plusieurs années. Selon eux, les bons résultats faisaient qu’on pouvait relever les seuils d’épandage », fait savoir Jean-François Dumonteil.

Les seuils d’épandage étaient jusqu’alors limités à 170 unités par hectare. La suppression du classement « zones nitrates vulnérables » permet de relever ce seuil à 240. Le risque d’une trop grande concentration de nitrates dans l’eau est principalement qu’il se transforme en nitrites dans l’organisme, pouvant altérer le transport de l’oxygène dans le sang.

« Des agriculteurs de tout bord ont fait des efforts depuis des années pour réduire la pression sur l’eau. Et, aujourd’hui, on veut revenir en arrière », regrette Véronique Coadou, agricultrice bio et trésorière au sein de la Confédération paysanne du Finistère.

Les seuils d’épandage pourraient passer de 170 à 240 unités par hectare. © Chloé Richard / Reporterre

« Qu’ils se méfient ! »

« Malgré les avis largement défavorables émis par les élus locaux, l’Aappma [Association agréée pour la pêche et la protection du milieu aquatique] et l’autorité environnementale, l’État a malgré tout décidé de passer en force ce déclassement », précise la députée Mélanie Thomin. Le 31 juillet, un arrêté a en effet été émis, entérinant le déclassement de ces neuf communes. « Au même moment, la loi d’urgence agricole a été votée », précise la députée. Un rappel qui fait huer de mécontentement le public, la loi agricole s’attaquant également à l’eau.

«  Les paysages ont du caractère, tout comme les habitants  !  » affirme Sébastien Marie. © Chloé Richard / Reporterre

« Ça commence à faire beaucoup tout ça », souffle Martine, retraitée qui réside dans le département. Comme de nombreux élus locaux et manifestants présents aujourd’hui, elle « trouve cela insupportable que ce soit le préfet d’Orléans [en charge du bassin Loire-Bretagne] qui vienne décider de ce qui doit se passer ici. Et parce qu’[ils ont] de bons résultats, [ils] peu[vent] se permettre d’épandre davantage. Au contraire, cette protection doit être maintenue ».

Un recours gracieux a été formulé par l’Épaga, pour demander au préfet de retirer cet arrêté. Gaël Calvar l’assure aux manifestants : « Si mon recours gracieux n’aboutit pas, on ira au tribunal administratif ! »

Le maire de Plounéour-Ménez, Sébastien Marie, dont la commune n’est pas concernée par ce déclassement mais dépend tout de même de l’eau du secteur, tient quant à lui à rappeler une chose : « Nous sommes ici dans un des lieux les plus emblématiques de Bretagne. Les paysages ont du caractère, tout comme les habitants ! Qu’ils se méfient, ajoute-t-il, à destination des services de l’État. S’ils ne viennent pas nous voir, nous iront à eux ! » La mise en garde est on ne peut plus claire.

Source:https://reporterre.net/Un-passage-en-force-la-colere-monte-pour-sauver-le-chateau-d-eau-du-Finistere

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