
Les conclusions de la conférence travail, emploi, retraites tournent à l’avantage du Medef, qui l’avait pourtant boycottée. Ses garants préconisent l’introduction d’une capitalisation des retraites et d’un âge d’équilibre. Des lignes rouges, pour la CGT.
Par Naïm SAKHI
C’est un rapport explosif qui remet la question des retraites au cœur du scrutin présidentiel. Ce mercredi 16 septembre, les trois garants de la conférence TER (travail, emploi, retraites), qui devait réunir syndicats et patronat de décembre 2025 à juillet dernier, ont remis leurs préconisations au premier ministre, Sébastien Lecornu.
Le conseiller d’État honoraire Jean-Denis Combrexelle, le fondateur du cabinet de conseil Secafi Alpha, Pierre Ferracci, et l’ancienne ministre RPR Anne-Marie Couderc les présenteront ensuite ce vendredi aux organisations syndicales et patronales, au Conseil économique, social et environnemental (Cese).
« Le prélude à une future réforme libérale des retraites »
« La capitalisation n’est pas le point médian de ce rapport. Mais nous disons qu’il pourrait y avoir de la place pour un régime additionnel obligatoire de capitalisation, veillant à une équité pour tous », a indiqué à la presse Jean-Denis Combrexelle, avant sa rencontre à Matignon.
Une piste sur laquelle, dès ce samedi 12 septembre, depuis la Fête de l’Humanité, Sophie Binet avait déjà alerté. « Seulement une organisation a tenté de défendre les retraites par capitalisation », à savoir les entrepreneurs (ex-CPME), soulignait la secrétaire générale de la CGT, face au ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, au Forum social.
Cette ouverture devrait satisfaire pleinement le Medef, qui avait pourtant boycotté la conférence. « Il faudra plus de capitalisation, au bénéfice des futurs retraités et pour que notre économie se finance sans recourir excessivement à des investisseurs et créanciers étrangers », avait de nouveau martelé son président, Patrick Martin, lors des universités d’été de l’organisation.
Se défendant de tout cadeau au patronat, Jean-Denis Combrexelle assure que « le maintien du système par répartition a fait consensus », auprès des participants de la conférence. « Il peut y avoir de la place pour un système additionnel, mais en aucun cas il n’est question de substituer la capitalisation à la répartition », a-t-il précisé.
Une justification qui ne convainc pas la CGT. « Ce rapport est le prélude à une future réforme libérale des retraites », a réagi Denis Gravouil, le négociateur cégétiste et secrétaire confédéral.
Les inquiétudes syndicales ignorées
Dans leurs écrits, les garants reconnaissent pourtant « une opposition ferme et constante de certaines organisations syndicales, au premier rang desquelles la CGT, Force ouvrière, la FSU et Solidaires, qui estiment que toute institutionnalisation même limitée d’un dispositif additionnel de capitalisation constitue, par nature, une atteinte au système de retraite par répartition dont il affecterait l’équilibre ».
Des inquiétudes ignorées dans leurs conclusions, bien que la conférence ait été mise en place en 2025 par le premier ministre comme un gage supplémentaire, en plus du décalage de l’application de la réforme de 2023, après la décision socialiste de ne pas censurer le budget.
« Le patronat veut faire main basse sur une partie des 400 milliards finançant nos retraites, tranche Denis Gravouil. Qu’importe si la capitalisation est injuste car ne disposant pas de mesures compensatoires face aux carrières hachées, comme celles des femmes heurtées par les périodes de maternités. »
Le retour de l’âge pivot d’Édouard Philippe
Par ailleurs, dans leurs préconisations, les garants de la conférence TER jugent « opportun » d’introduire un « âge d’équilibre » dans le départ en retraite. « Cet âge d’équilibre pourrait se substituer à la notion d’âge du taux plein, qui conditionne aujourd’hui l’accès à une pension sans abattement. La décote proposée pourrait être d’un taux à définir par année d’anticipation par rapport à l’équilibre, contre un autre taux de surcote par an au-delà », peut-on lire.
Une autre ligne rouge pour la CGT. « C’est le retour de l’âge pivot présent dans la première mouture de la réforme portée par Édouard Philippe en 2019 », résume Denis Gravouil. À l’époque, la mesure avait rencontré l’opposition de l’ensemble des organisations syndicales. Et il avait fallu son retrait du projet de loi pour obtenir le départ de la CFDT du mouvement social de contestation.
La CGT souligne de plus que l’âge d’équilibre n’a même pas été abordé par les participants à la conférence TER. Interrogé par l’Humanité, Jean-Denis Combrexelle assure « ne rien imposer » et présente la mesure commeune « voie de sortie », pour garantir l’équilibre du régime des retraites.
En revanche, les garants balaient l’idée de supprimer l’âge légal de départ, défendu notamment par Gabriel Attal. Reste que les conclusions de la conférence TER, imposées aux organisations syndicales, demeurent un point d’appui pour les partisans de la capitalisation, à l’approche des échéances de 2027.
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