Primaire du PS : entre promesses de renouveau et vieux réflexes de campagne… Ségolène Royal, le désordre juste (H.fr-25/09/26)

Au début de l’été, Ségolène Royal se lance : « J’ai décidé de participer à la primaire (du pôle socialiste). Je prends cette initiative avec humilité, sans ego, et sans posture de supériorité comme on en voit trop », écrit-elle sur X.
© Gregoire CAMPIONE/REA

Elle avait promis le « désir d’avenir ». Vingt ans après sa défaite de 2007, l’ex-candidate socialiste se relance dans la course à la primaire, convaincue d’avoir eu raison avant tout le monde. Ségolène Royale entend bousculer la compétition jusqu’à la dernière minute.

Par Emilio MESLET.

Elle se vit en Cassandre, figure mythologique condamnée à ne jamais être crue bien qu’elle puisse lire l’avenir. Si Ségolène Royal n’a, jusqu’à preuve du contraire, aucun don de voyance, elle reste persuadée d’avoir eu raison avant tout le monde. Au moins vingt ans avant lorsqu’elle a échoué, avec 46,9 % des suffrages, au second tour des élections présidentielles face à Nicolas Sarkozy, celui qui a accéléré « le déclin ». Un match qu’elle n’a jamais fini de rejouer tant, estime-t-elle, le « désir d’avenir » reste d’actualité.

« Le Ségolénisme, c’est quoi ? C’est de penser que si j’avais été élue en 2007, la France ne serait pas dans cet état mais une grande puissance industrielle sur le plan écologique », assure-t-elle. Parce que depuis, « la situation s’est dégradée », la voilà aujourd’hui, à 73 ans, candidate à une quinzième élection depuis 1988.

Au début de l’été, Ségolène Royal se lance : « J’ai décidé de participer à la primaire (du pôle socialiste). Je prends cette initiative avec humilité, sans ego, et sans posture de supériorité comme on en voit trop », écrit-elle sur X. Autour d’elle, une petite équipe d’une dizaine de soutiens se reforme, dont la députée de Martinique Béatrice Bellay, son directeur de campagne et maire d’Alfortville (Val-de-Marne), Luc Carvounas, et le mari de ce dernier, l’ex-directeur de cabinet d’Harlem Désir à Solférino, Stéphane Exposito, qui la décrit comme « une mitterrandienne ».

« Je suis parfaitement consciente de ne pas avoir les codes »

« Elle ne peut pas ne rien faire alors que le RN risque de gagner sur ses sujets », appuie-t-il. En vingt ans, la menace a changé mais pas son slogan – « L’ordre juste » – ni ses punchlines – « Je veux pour les enfants de France ce que j’ai voulu pour mes enfants. »

« Ordre juste », certes, mais pas dans cette primaire où Ségolène Royal, à qui les socialistes n’ont jamais fait de cadeaux, sème plutôt le désordre malgré une maigre enveloppe de 15 000 euros, remboursée sur facture par le PS, pour mener campagne. Faire de Raphaël Glucksmann, ex-soutien de Nicolas Sarkozy aujourd’hui qualifié de « stagiaire » déjà « en burn-out » voulant pactiser avec les macronistes, sa cible prioritaire ne lui coûte, en revanche, pas le moindre centime. Au contraire, c’est même le jackpot médiatique – là réside sa principale force – dans une compétition où ses concurrents ne brillent pas particulièrement par leur charisme. Des attaques ad hominem qui lui ont malgré tout valu son lot de recadrages de nombreux élus.

« Les chiens aboient, la caravane passe. Ils s’habitueront », sourit-elle devant l’Humanité. Mais ne lui dites surtout pas qu’elle est une « flingueuse » ! Le ton pourrait monter : « Est-ce qu’on dirait ça d’un homme ? Je suis une combattante. Flingueuse, c’est tirer n’importe où, n’importe comment. C’est comme lorsqu’on disait que j’étais incontrôlable. Une femme n’est tolérable que si elle a les mêmes codes, si elle obéit aux hommes et si elle a été choisie par les hommes. Je suis parfaitement consciente de ne pas avoir les codes. Et je n’en veux pas ! C’est une faiblesse pour l’entre-soi mais pour le peuple, c’est un soulagement. »

Au peuple, Ségolène Royal n’est pas venue pour proposer du très concret, hormis un blocage des prix des premières nécessité dont celui de l’essence à 1,70 euro. Elle balaie d’un « vous verrez » ou « je vous les enverrai » lorsqu’on lui demande des mesures précises. C’est un cap voire une espérance que celle qui fut quatre fois ministre et dix ans présidente de la région Poitou-Charentes veut fixer. Avec pour principaux thèmes de campagne, l’écologie et les violences faites aux enfants.

Un premier meeting qui fait flop

« Depuis dix ans, nous avons été gouvernés par la peur. Par des gens qui s’aiment eux-mêmes avant d’aimer le peuple, tacle-t-elle. C’est dans l’empathie et l’écoute qu’on peut redresser la pente et redonner aux nouvelles générations des raisons d’espérer. Ce n’est jamais foutu ! » Un message, appuyé par son autre slogan « la France tranquille », qui n’a pas forcément trouvé l’écho espéré lors de son premier meeting à Alfortville, mardi, dans le palais des sports où ses équipes annoncent « 513 » participants, dont beaucoup ont été rameutés par le maire pour faire nombre.

Lorsqu’on l’écoute, la résolution des problèmes politiques a l’air d’être une simple affaire de volonté. L’invasion de l’Ukraine par la Russie ? « Avec moi, il n’y aurait pas eu la guerre », répond-elle avant de regretter que « l’OTAN (n’ait) pas un rôle de protection des frontières » ni l’Europe « ses casques bleus ».

La non-coopération de Total ? « Total devrait avoir son siège social en France. Ce n’est pas compliqué à faire. Vous pouvez obtenir des changements profonds en négociant avec les gens. Je pourrais obtenir des choses de Total. » L’union avec les Écologistes ? « Si c’est moi, ce n’est pas indigne pour les Verts. C’est même cohérent. »

Et avec les communistes, elle qui fut l’agent de liaison entre l’Élysée et les quatre ministres PCF de 1981 ? « Je suis quand même sur une ligne de gauche. Je suis sécurisante pour eux. Je ne suis pas pour la TVA sociale. Je ne parle pas de charges sociales mais de cotisations. Et puis je les aime bien, ce sont de bons élus. »

Même débit de parole si caractéristique, même capacité à s’imposer, même sens politique, même assurance inébranlable qu’en 2007, Ségolène Royal peut à la fois, lors du premier débat de mercredi sur LCI, clouer le bec de Raphaël Glucksmann sur son refus de nommer le génocide à Gaza et se prendre les pieds dans le tapis en demandant que « plus de voix israéliennes et juives » le dénoncent publiquement. « Je dénonce Netanyahou, pas parce que j’ai des origines juives. Je dénonce Netanyahou parce que je suis un humaniste révolté par ce qui se passe à Gaza. Il faut faire attention aux mots qu’on emploie. Les Juifs ne sont en aucun cas liés à la politique de Netanyahou », la reprend de volée Raphaël Glucksmann.

Devant le tollé provoqué, le lendemain matin, la seule candidate dans cette primaire tourne son pouce quinze minutes avant de tweeter : « Il faut soutenir et encourager les Israéliens qui se dressent contre le régime criminel de guerre Netanyahou. Je n’ai jamais essentialisé nos compatriotes de confession juive. » Trois autres publications suivront pour éteindre l’incendie.

De Macron à Mélenchon

Une polémique qui ne suffira pas à couler l’insubmersible qui en a vu d’autres, du lâche abandon des éléphants socialistes pendant sa campagne présidentielle jusqu’à la veste prise aux sénatoriales de 2021 (2 %) en passant par un soutien hasardeux, en plein Covid, à la chloroquine promue par le professeur Raoult ou son passage dans le groupe Bolloré comme chroniqueuse éphémère de Cyril Hanouna.

Un angle d’attaque pour ses concurrents qui ne se privent pas de la challenger sur un parcours politique récent un poil erratique. « Elle a raison de souligner que je ne suis pas, moi, en politique depuis 45 ans, rétorque Raphaël Glucksmann. Que je n’ai pas quémandé des postes depuis 45 ans, quémander des postes auprès d’Emmanuel Macron pour être ministre ou finir ambassadrice. » Ce qu’elle a été de 2017 à 2020, chargée de la négociation internationale pour les pôles Arctique et Antarctique, avant d’être limogée parce que trop critique de la réforme des retraites.

« Quels zigzags ? C’est infondé ! », s’offusque la principale intéressée, questionnée sur son incartade en terres macronistes avant de soutenir Jean-Luc Mélenchon en 2022 puis de proposer de conduire une liste d’union de la gauche aux européennes de 2024. C’est désormais dans cet espace que veut s’inscrire l’ancienne compagne et l’ex-ministre de François Hollande, accusée par certains, dont le député Jérôme Guedj, de faire le jeu de la France insoumise parce que favorable à une union législative face à l’extrême droite. « On mise beaucoup sur elle pour bordéliser la primaire, admet, pas mécontente, une députée LFI. On y est pour rien mais elle nous arrange. »

Ségolène Royal, qui se qualifie désormais volontiers d’« anticapitaliste » devant l’explosion de la rémunération du capital mais sans vouloir « parler de nouvelles taxes » si ce n’est le rétablissement de l’impôt de solidarité sur la fortune, continue de tracer sa route avec l’espoir d’être à nouveau la surprise d’une primaire très masculine. Tout en en assurant qu’elle ne se rangera pas in fine derrière Jean-Luc Mélenchon. Vingt ans après, Cassandre s’imagine toujours à l’Élysée.

Source: https://www.humanite.fr/politique/gauche/primaire-du-ps-entre-promesses-de-renouveau-et-vieux-reflexes-de-campagne-segolene-royal-le-desordre-juste

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