
Pendant que Washington autorise l’Arabie saoudite à enrichir de l’uranium au mépris des règles de non-prolifération, la presse étasunienne révèle que le renseignement américain alerte sur les ambitions militaires de Riyad.
Par Stéphane SAHUC
Au moment même où les services de renseignement États-uniens alertent sur les ambitions nucléaires de la pétromonarchie, l’administration Trump lui ouvre la voie de l’enrichissement de l’uranium. Une décision lourde de conséquences, qui affaiblit un peu plus les principes de non-prolifération pourtant présentés depuis des décennies comme une priorité stratégique.
Les informations publiées ce 25 septembre par les grands quotidiens d’outre-Atlantique, notamment le New York Times indiquent que le prince héritier Mohammed ben Salmane (MBS) n’exclut pas de se doter de l’arme atomique bien à l’abri du paravent d’un programme énergétique civil. « En vertu de cet accord, l’Arabie saoudite peut enrichir de l’uranium jusqu’à près de 20 %. Ce taux de purification est bien inférieur à celui nécessaire à la fabrication d’une arme nucléaire. Mais un pays disposant d’uranium enrichi à ce niveau n’aurait besoin que d’un court laps de temps pour l’enrichir jusqu’à un niveau utilisable à des fins militaires » précise en effet le quotidien New-yorkais.
Cette dynamique s’appuie sur une décision des États-Unis. En juillet dernier, s’écartant des principes du désarmement, l’administration de Donald Trump a signé un accord autorisant l’enrichissement d’uranium sur le sol saoudien. Une concession accordée à un régime autoritaire, responsable de la guerre au Yémen et de la répression politique à l’intérieur de ses frontières. Washington invoque la rivalité avec Pékin pour justifier cet accord. Derrière cet argument géopolitique se profilent surtout des contrats colossaux pour l’industrie nucléaire américaine, au prix d’un recul préoccupant des exigences en matière de non-prolifération.
Un risque historique
En offrant à Riyad l’accès au cycle de l’uranium, les États-Unis prennent un risque historique. La doctrine saoudienne est assumée : si l’Iran s’équipe, Riyad fera de même. Cette perspective pèse sur un Moyen-Orient déjà instable, et suscite de vives inquiétudes jusqu’en Israël, où d’anciens dirigeants estiment qu’une ligne rouge a été franchie. C’est l’architecture mondiale de non-prolifération qui est fragilisée. Si l’Arabie saoudite s’approche du seuil militaire avec l’accord américain, la Turquie ou l’Égypte pourraient exiger les mêmes prérogatives.
Cette évolution met également en lumière les contradictions de la position française. L’Élysée multiplie les discours sur la stabilité internationale, mais la diplomatie nationale se met au service des intérêts liés aux énergies fossiles. Le 24 septembre, justifiant sa décision par la nécessité de limiter la hausse des prix à la pompe, Emmanuel Macron a annoncé le déploiement de soldats et de radars français à Yanbu.
Leur mission est de servir de bouclier aux infrastructures pétrolières saoudiennes face aux attaques houthis. Cette intervention militaire, décidée par le chef de l’État, écarte le débat démocratique. Comme l’ont souligné les élus de gauche, engager nos forces sur un tel théâtre d’opérations exigeait a minima une consultation du Parlement, au titre de l’article 35 de la Constitution.
Dans les faits, la France se retrouve réduite au rôle de supplétif sécuritaire, risquant d’être entraînée dans un conflit régional pour protéger les exportations d’un État qui prépare le terrain d’un armement nucléaire. En ignorant les ambitions militaires de Riyad pour garantir l’approvisionnement des marchés, les diplomaties occidentales prennent le risque d’une nouvelle escalade.
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