« Depuis la rentrée, c’est silence radio » : aux marches climat, 120 000 manifestants exigent du concret après un été de tous les records (H.fr-27/09/26)

Samedi 26 septembre 2026, près de 120 000 personnes ont manifesté dans toute la France pour « le climat, la justice sociale, la paix et le vivant ». Ici, à Paris. © MEHDI FEDOUACH / AFP

L’appel à manifester samedi pour le climat, la justice sociale, la paix et le vivant, a été entendu dans 157 villes à travers la France. Ce mouvement citoyen qui soutient toutes les mobilisations sociales et environnementales des prochaines semaines attend les annonces de la ministre de la Transition écologique le 30 septembre.

Par Stéphane GUERARD

Si l’Hexagone s’est trouvé fort dépourvu quand le cagnard fut venu dès le mois de mai dernier, Marius, « six ans et demi », sait bien, lui, comment si prendre pour ne pas trop subir les canicules. Son mode d’adaptation, il l’a éprouvé à la fin de l’année scolaire dernière. « À l’école, grâce à mon pistolet à eau, je n’avais pas trop chaud », se souvient le bout de chou juché sur les épaules de sa mère. Mais quand même.

Ce samedi 26 septembre, en vétéran juvénile des manifs, il participe au rassemblement citoyen parisien « pour le climat, le vivant, la paix et la justice sociale ». Parce qu’il pense aux autres : « On vient pour la terre, parce que tous les gens disent qu’ils ont eu trop chaud cet été ».

Ne justement rien faire pour les autres, c’est bien ce qui a été reproché au gouvernement par les 120 000 participants aux 157 marches pour le climat décomptées par leurs organisateurs à travers le pays ce week-end. Dix mille manifestants à Lyon, 5 000 à Rennes, 3 000 à Besançon comme à Montpellier et Toulouse, 1 200 à Clermont-Ferrand où un chauffard a forcé le passage dans le cortège, blessant légèrement quatre personnes…

À Paris, les 8 000 personnes du cortège – retardé au dernier moment à 17 heures et privé de défilé par la Préfecture de police, trop absorbée à sécuriser la grande prière de rue papale à la Concorde — ont finalement occupé une moitié de la place de la République.

En grande partie des convaincus de la cause climatique, ils se sont massés durant deux bonnes heures entre la statue allégorique de Léopold Morice pour rappeler l’urgence d’adapter le pays à l’accélération du réchauffement, en plus d’atténuer plus fortement nos émissions de gaz à effet de serre.

« Habemus trop chaud » !

Le podium manquait un peu de son. Pas grave, car ce mouvement social émergeant sait se rendre visible pour remettre au centre de l’attention démocratique la justice climatique et sociale. « On est là, on est là, même si Léon XIV ne nous voit pas, nous on est là », chante une joyeuse procession derrière une marionnette géante d’un pape cotonneux proclamant « habemus trop chaud » ! L’imagination des slogans transforme l’éco-anxiété en essence de lutte : « Finies les grands-messes, on veut du concret », exhorte une pancarte, quand d’autres pépient « Cuit, Cuit » ou poussent à la révolution verte : « Aux arbres, citoyens ».

Non loin d’une toute petite, blottie dans les bras de son père, arborant un glaçant « j’ai 15 mois et 5 canicules », la discussion va bon train entre des quinquagénaires venus de banlieue pour rappeler ce que la population a enduré cet été. « J’ai l’impression de revivre l’après-Covid, quand on s’était promis que plus rien ne serait comme avant. Lors des canicules, on a cru à une prise de conscience. Mais depuis la rentrée, c’est silence radio », déplore François, 65 ans « et toujours actif ».

Comme l’après-Covid

Stéphanie, salariée d’une boutique, reste très marquée par le grand nombre de décès à domicile dans sa ville du 92, où très peu de locaux municipaux climatisés sont restés ouverts. Elle pense à ses « ados qui ne se projettent pas plus loin que l’année prochaine ». « On parle de la clim’, mais c’est comme prendre de l’aspirine pour combattre un cancer. Il faut changer nos modes de vie », rebondit Franck, chemise fleurie au vent, qui pense à quitter son travail de consultant trop vampirisé par l’intelligence artificielle.

Parmi les jeunes adultes manifestants, Emeline, habitante « d’un studio de merde, sans clim non plus au travail », a déjà changé pas mal de choses dans son quotidien pour diminuer son bilan carbone : « J’essaie de ne plus trop consommer, je ne mange plus de viande, je ne prends plus l’avion, je tente de convaincre autour de moi ». Désormais, elle attend « la révolution : mettre fin au capitalisme qui entretient tout ce qui détruit la planète ». Quant à Merlin, le grand frère du petit Marius et son pistolet à eau, il revendique que les enjeux climatiques soient « au centre de tout, vu ce qu’on a vécu. Parce que plus on attend et plus c’est trop tard ».

Réuni samedi soir en assemblées citoyennes dans chaque ville, le mouvement du 26 septembre doit désormais structurer son mode d’organisation en autogestion. Ses initiateurs ont déjà incité à soutenir la journée de mobilisation intersyndicale dans la fonction publique le mardi 29 septembre. Le lendemain, la ministre de la Transition écologique Monique Barbut est attendue à Matignon pour dévoiler un plan interministériel afin de « mieux se préparer pour l’été prochain » et « accélérer plus globalement notre action d’adaptation », dixit les services de Sébastien Lecornu.

Source: https://www.humanite.fr/environnement/canicule/depuis-la-rentree-cest-silence-radio-aux-marches-climat-120-000-manifestants-exigent-du-concret-apres-un-ete-de-tous-les-recordsde-linaction-politique

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