« Le projet d’Emmanuel Macron est le même que celui de Javier Milei », accuse le philosophe franco-argentin Miguel Benasayag (H.fr-28/09/26)

« Javier Milei est dangereux car il fait partie d’une sorte d’avant-garde qui voudrait imposer une dérégulation à outrance », explique le philosophe. © © Daniella Fernandez Realin/ZUMA Press Wire

Pour le philosophe franco-argentin Miguel Benasayag, l’accueil réservé au président argentin en France dépasse les intérêts économiques pour s’inscrire dans une accointance idéologique. Sous des formes différentes, un même horizon : une société « hyper-individualiste » livrée à un « technonéolibéralisme sauvage ».

Entretien réalisé par Luis REYGADA

Comment qualifiez-vous le gouvernement de Javier Milei ?

Miguel Benasayag-Philosophe franco-argentin

L’Argentine de Javier Milei est une sorte de banc d’essai d’un technonéolibéralisme sauvage couplé à un franchissement de ligne, un changement d’époque. Les gouvernements ne promettent plus rien à personne ; ils laissent chacun face à sa « liberté » et Milei le dit très clairement : un État qui aide une personne est en train de l’empêcher de s’épanouir en toute liberté.

Il n’y a donc plus de promesse d’intégration quelconque. Nous sommes livrés à la règle du chacun-pour-soi, ce qui relève d’une brutalité sociale énorme, d’autant plus qu’elle s’appuie sur le facteur technologique pour rendre tout cela prétendument plus efficient et moderne, alors qu’en réalité c’est un retour à la barbarie de la loi du plus fort.

Nous avons tort de nous focaliser uniquement sur son style grossier : il faut lire entre les lignes de la fausse utopie qu’il prône dans son pays et au-delà.

Ne s’agit-il pas d’une course vers un hyper-individualisme débridé ?

Un hyper-individualisme absolu, en volant au passage le noble mot de « libertaire », ce qui est quand même incroyable. Javier Milei est dangereux car il fait partie d’une sorte d’avant-garde qui voudrait imposer une dérégulation à outrance.

C’est la tendance que l’on suit en France et un peu partout : couper les aides vouées à rétablir un semblant d’équilibre comme si tous les citoyens affrontaient les règles de la vie en société sur un pied d’égalité. Attaquer les liens sociaux, car on ne pense plus en termes de société, mais simplement en termes d’individus, d’individualités.

D’une certaine façon, c’est un peu le triomphe de ce qu’avait dit Margaret Thatcher avec sa formule : « La société n’existe pas, il n’y a que des individus. »

Milei est également critiqué pour ses penchants antidémocratiques.

Le président Milei s’affaire à détruire la démocratie de l’intérieur. Il se croit autorisé à le faire car il a été porté au pouvoir par une majorité d’électeurs. Mais la démocratie ne se caractérise par seulement par du quantitatif, la démocratie signifie la division des pouvoirs, l’existence de contre-pouvoirs et de syndicats, ainsi que des gens qui expriment leur mécontentement et qui manifestent librement. Il représente très clairement un gouvernement autoritaire.

Le président Emmanuel Macron peut-il ignorer une telle situation au prétexte de prioriser les affaires ?

Sans tomber dans l’exagération, je pense sincèrement que le projet d’Emmanuel Macron est le même que celui de Javier Milei en Argentine, mais d’une façon moins brutale, plus délicate : casser le lien social, casser les solidarités.

C’est une tendance mondiale dans laquelle des présidents comme Trump et Milei sont les visages les plus à découvert, mais, malheureusement, beaucoup de démocraties comme la France suivent la même direction.

Emmanuel Macron n’est-il pas le spécialiste du « cause toujours tu m’intéresses » ? Il écoute, mais ne prend pas en compte. La forme est différente, le degré de radicalité n’est pas le même, mais il s’agit bien de la même tendance : celle d’un néolibéralisme brutal qui avance pour instaurer un modèle de société où l’individu est livré à lui-même face à un marché tout-puissant.

Source: https://www.humanite.fr/monde/amerique-latine/le-projet-demmanuel-macron-est-le-meme-que-celui-de-javier-milei-accuse-le-philosophe-franco-argentin-miguel-benasayag

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