Gabriel Amard, premier sénateur LFI : « Le RN a mis 40 ans à rentrer au Sénat, nous on rentre en moins de 10 ans (H.fr-29/09/26)

Gabriel Amard, aux Amfis à Châteauneuf-sur-Isère, le 23 août dernier, est l’un des deux premiers sénateurs LFI à avoir été élu lors des élections sénatoriales de ce week-end.
© Raphael Lafargue/ABACAPRESS

Le premier sénateur LFI de l’histoire, Gabriel Amard, élu dans le Rhône, entend faire de « la vie chère, des retraites, des pensions, des paies et (de) toutes ces questions liées au pouvoir d’achat et au blocage des prix » sa priorité. Il annonce également vouloir rejoindre le groupe écologiste, sans que cela ne soit encore acté.

Par Rachel GARRAT-VALCARCEL

Gabriel Amard a été élu sénateur, ce dimanche 27 septembre, dans le Rhône. Député insoumis de Villeurbanne depuis 2022, il sera, avec Marc Péré, élu en Haute-Garonne, le premier sénateur insoumis de l’histoire. Pour L’Humanité, il revient sur les conditions de sa victoire, loin d’être acquise. Il annonce aussi vouloir rejoindre le groupe écologiste, sans que cela ne soit encore acté.

On savait depuis les municipales avec les victoires à Vénissieux, Vaulx-en-Velin et Saint-Fons, que l’élection d’un sénateur LFI dans le Rhône n’était plus totalement impossible mais toujours difficile. Comment vous expliquez-vous votre victoire ?

Gabriel Amard, Sénateur LFI

La marche était encore haute, vous avez raison de le dire. J’ai senti quelque chose de la dynamique présidentielle de Jean-Luc Mélenchon en milieu rural. J’ai beaucoup tourné dans le département. Des élus sans étiquette, élus dans des configurations très diverses, mais aussi divers droite, des maires Modem me disaient « au local on fait des listes pour se rendre utile au village, mais en tant que citoyen, pour reconstruire les choses dans le pays, on va voter Mélenchon l’année prochaine et donc on s’intéresse à votre liste ».

Ça ne veut pas dire qu’ils venaient convaincus. Ils avaient besoin d’échanger, de faire connaissance. J’ai insisté sur mon engagement par rapport à l’aide aux communes que je veux procurer en tant que sénateur, sur l’indexation la dotation générale de fonctionnement sur l’inflation, la rééquilibrer entre communes rurales et urbaines…

On a beaucoup parlé autonomie financière des communes et du double discours local et national des sénateurs de droite. L’argument de l’anomalie démocratique de n’avoir aucun élu insoumis au Sénat a aussi beaucoup porté je crois.

Ça change quoi d’avoir deux sénateurs LFI ?

Cela doit permettre que notre projet politique soit représenté mais on doit aussi mettre fin à deux choses. La première, c’est qu’on nous fasse passer pour ce qu’on n’est pas, sans nous connaître, sans nous fréquenter, sans nous écouter. Nous sommes des républicains, humanistes et antiracistes.

Deuxièmement, il y a trop de sénateurs qui prétendent défendre l’hôpital, l’école, la mairie et, quand ils sont à Paris, taillent dans le vif. J’entends qu’on propose à tous ceux qui le veulent de faire un observatoire de la cohérence politique au Sénat, entre les discours locaux et les discours et les votes nationaux.

Quels sujets voulez-vous porter en priorité ?

La vie chère, les retraites, les pensions, les paies et toutes ces questions liées au pouvoir d’achat et au blocage des prix. C’est à mon avis l’urgence absolue : il nous faut rentrer dans la séquence budgétaire avec ce fil à plomb dans le raisonnement. Et puis je vais avoir l’opportunité de déposer notre proposition de loi sur la planification écologique et les écorégions au Sénat en même temps que collègue Claire Lejeune à l’Assemblée.

Vous souhaiteriez siéger dans quel groupe ?

Nous avons proposé à plusieurs partis, tous ceux qui votent régulièrement les censures et se positionnent en rupture avec le bloc macroniste, de se fédérer de manière cohérente à toutes les élections. À chaque fois que ça nous a été refusé, on n’a pas renoncé à le reproposer à nouveau pour l’élection suivante. Je ne vais donc pas me dédire aujourd’hui, en accord avec Paul Vannier et Manuel Bompard, je souhaite siéger au groupe écologiste, en tout cas, on en fait la demande.

Vous avez des contacts avec celles qui devraient devenir président du groupe, Mélanie Vogel ?

Non, pas encore, mais j’ai discuté avec le président sortant (Guillaume Gontard, N.D.L.R.) hier soir. Marc Péré (élu sur une liste commune avec les écologistes, il était déjà acté qu’il siégerait dans le groupe, N.D.L.R.) a porté par écrit le message que nous voulions venir à deux. On attend leur réunion de demain et on s’adaptera.

On n’a pas spécialement de plan B, mais je n’ai pas d’ennemis à gauche. Je crois qu’on a assez à faire dans le pays et a fortiori au Sénat, donc on va s’épargner. J’ai travaillé à la région Auvergne-Rhône-Alpes dans le même groupe que Cécile Cukierman par exemple. Je ne suis pas mal à l’aise à l’idée d’aussi discuter avec d’autres et de toute façon de faire des choses ensemble, même si j’étais au groupe écologiste.

Vous avez dit que votre élection était la marque annonciatrice de la victoire de Jean-Luc Mélenchon. Est-ce que le principal signe annonciateur ne sont pas les 15 sièges du Rassemblement national, un signe beaucoup plus inquiétant ?

Évidemment. Mais ils ont mis quarante ans à rentrer au Sénat, dix ans de plus pour avoir un groupe. Nous, on rentre au Sénat en moins de dix ans. Donc je suis optimiste ! J’en profite pour dire que ce qu’on propose aux écologistes, en venant siéger avec eux, c’est d’être plus forts que le RN. J’espère qu’ils vont en tenir compte.

Vous allez quitter l’Assemblée nationale, vous allez être remplacé par votre suppléante, qui est socialiste. Pas de regrets ?

Non ! Elle ne s’est jamais cachée de son soutien aux politiques de rupture, au Nouveau Front populaire. Elle m’a annoncé vouloir faire permanence commune avec moi à Villeurbanne.

Elle est restée par tous les temps alors que les socialistes ne lui ont pas fait de cadeaux, je rappelle qu’en 2024 j’ai gagné contre l’ex-maire socialiste de Villeurbanne ! Elle sait qu’elle est la bienvenue chez les insoumis. Mais nous, on ne contraint pas les gens, elle est libre de faire ce qu’elle veut.

Source: https://www.humanite.fr/politique/elections-senatoriales/gabriel-amard-premier-senateur-lfi-le-rn-a-mis-40-ans-a-rentrer-au-senat-nous-on-rentre-en-moins-de-10-ans

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