Cisjordanie : 150 colons israéliens attaquent un village palestinien… À quoi a joué l’armée ? (H.fr-29/09/26)

4 août 2026, Jalud en Cisjordanie. Précédente attaque des colons israéliens dans le même village, avec des voitures incendiées, pierres lancées sur des maisons et des slogans tagués en hébreu sur les maisons des habitants du village. © Nasser Ishatyeh / IMAGO / ZUMA Press Wire

150 colons ont attaqué un village palestinien, dans le nord de la Cisjordanie, pour empêcher le retour d’une famille. Des interrogations s’accumulent sur l’attitude de l’armée israélienne qui a tourné au drame. À quelques semaines des législatives, les agressions se multiplient dans les territoires occupés et à l’encontre des Arabes israéliens.

Par Vadim KAMENKA

À une trentaine de kilomètres au nord de Ramallah, le village de Jalud a connu des scènes de violences inouïes dans la nuit de lundi à mardi 29 septembre de la part d’environ 150 colons israéliens. Des bâtiments, des biens et des véhicules ont été incendiés lors de l’attaque contre cette localité du nord de la Cisjordanie pour empêcher le retour d’une famille palestinienne malgré la présence de l’armée israélienne.

« Ma femme, mon fils et moi-même nous sommes rendus en voiture jusqu’à notre maison, encadrés par deux véhicules de l’armée », a témoigné auprès de l’AFP Mahmoud al-Toubasi, membre de la famille escortée par l’armée.

Une décision de justice a confirmé que cette famille, contrainte de quitter les lieux face aux attaques et aux harcèlements quotidiens des colons deux mois plus tôt, était autorisée à regagner son domicile en toute sécurité.

Une opération qui interroge

« Nous n’avons pas été blessés physiquement mais nous avons souffert des gaz » lacrymogènes lancés par les forces de sécurité, a ajouté Mahmoud al-Toubasi en précisant que leur maison était occupée par des colons depuis leur départ.

Une source haut placée dans les services de sécurité a confié au quotidien israélien, Haaretz, que l’armée israélienne avait « complètement échoué » en n’envoyant que 12 agents de la police des frontières pour assurer la sécurité de l’opération.

Trois officiers israéliens auraient été blessés dans cette opération qui s’est soldée par l’arrestation de trois jeunes hommes, tous mineurs. L’armée israélienne a décidé de ramener la famille palestinienne sans en avertir les services de renseignement du Shin Bet.

Des membres des services de sécurité s’interrogent sur une telle opération menée par le général de division Avi Bluth, chef du Commandement central, au beau milieu de la nuit. « Comment l’armée israélienne a-t-elle pu ne pas se rendre compte de l’ampleur de cette mission ? Mener une opération de ce type, qui plus est pendant la fête de Souccot, alors que les avant-postes [des colons] sont bondés, relève de la folie », a jugé une source interrogée par Haaretz.

Malgré la récurrence de ce type de crime, de la part des colons en Cisjordanie et du nettoyage ethnique à l’encontre des Palestiniens dans les territoires occupés, des critiques se sont élevées en Israël.

Le premier ministre Benyamin Netanyahou a condamné l’attaque, blâmant un « petit groupe d’émeutiers ». Leur comportement « cause un grand tort à cette communauté et entrave nos forces dans l’accomplissement de leur mission », a-t-il ajouté.

Vider la population palestinienne

Le président israélien, Isaac Herzog, a dénoncé une « atteinte à l’État de droit et à nos valeurs les plus fondamentales en tant que peuple et nation ».

Ce nouvel épisode illustre pourtant bien une campagne délibérée et orchestrée par l’État d’Israël de nettoyage ethnique comme l’affirment les rapports de l’ONU, d’ONG et d’ambassadeurs. « L’objectif est clairement explicité par le gouvernement israélien : vider la Cisjordanie de la population palestinienne pour que le territoire soit annexé à Israël », constatait Amnesty International, en juin dernier.

Ce mardi, des attaques racistes ont également eu lieu à Jérusalem-Est. Des intégristes juifs, rassemblés pour les fêtes de Souccot, ont été filmés en train de s’en prendre à des Arabes israéliens, porte de Damas, qui donne sur la vieille ville, reconnue comme la partie palestinienne.

À quelques semaines des législatives israéliennes, le député Ahmad Tibi de la coalition de gauche Hadash-Ta’al, a condamné cette agression sur X fustigeant la traque de « Palestinien âgé (…) Ils auraient dû porter des chemises brunes. Quelle fête ! Et [où est] la police ? ».

La semaine dernière, un garçon palestinien de 9 ans a été agressé. Alon-Lee Green, fondateur du mouvement « Standing Together », a dénoncé « nuit après nuit » ce qui se passe à la porte de Damas à Jérusalem : « chasser des Arabes parce qu’ils sont arabes, c’est l’État d’Israël dans lequel nous vivons aujourd’hui. »

Au cours du premier semestre de 2026, des colons israéliens en Cisjordanie ont été impliqués dans une moyenne de six incidents par jour affectant des Palestiniens ou leurs biens, selon les Nations unies.

Source : https://www.humanite.fr/monde/benyamin-netanyahou/cisjordanie-150-colons-israeliens-attaquent-un-village-palestinien-a-quoi-a-joue-larmee

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