
Le premier ministre israélien a pris la parole à l’Assemblée Générale de l’ONU ce jeudi 24 septembre, après s’être fait huer et que des centaines de représentants des pays aient quitté la salle. Benyamin Netanyahou, sous mandat d’arrêt international émis par la CPI depuis 2024, a bénéficié de l’autorisation d’un certain nombre d’États, dont la France, pour se rendre aux États-Unis.
Par Vadim KAMENKA & Théo BOURRIEAU
Encore une fois, un criminel de guerre s’est tenu à la tribune, ce jeudi 24 septembre, au cœur de l’enceinte qui symbolise le droit international et la paix : les Nations unies. Devant une assemblée presque vide, de nombreux présidents, premiers ministres, ministres et diplomates des 193 États membres ayant quitté la salle, Benyamin Netanyahou a pris la parole malgré son mandat d’arrêt émis par la Cour pénale internationale, en novembre 2024.
Le premier ministre israélien s’est exprimé, après s’être fait huer, comme en septembre 2025 alors que le président Palestinien, Mahmoud Abbas s’est vu refuser un visa d’entrée aux États-Unis. « S’il y a encore d’autres lâches de la moralité qui n’ont pas encore quitté la salle, qu’ils le fassent maintenant », a réagi Benyamin Netanyahou, prétendant dénoncer « l’hypocrisie de beaucoup de dirigeants » qui le remercieraient en secret pour son action.
Netanyahou s’en prend à la France
Le premier ministre israélien a commencé son discours par cibler l’Iran, justifiant la guerre par la nécessité de détruire les prétendues armes nucléaires de Téhéran. Le dirigeant suprémaciste a ensuite vanté l’action militaire de son pays au Liban, fanfaronnant même de l’attaque aux bipeurs. « Vous vous souvenez ? Le Hezbollah lui s’en souvient », ironise le chef d’État génocidaire, assumant pleinement ce qui est pourtant considéré par les Nations Unies comme une violation du droit international.
« Ils accusent Israël, le minuscule Israël, de colonialisme, quel colonialisme ? », s’est exclamé Benyamin Netanyahou à propos de la situation en Cisjordanie occupée. « Parmi eux, il y a des gens en Grande-Bretagne et en France. Bon sang, ce sont eux qui ont inventé le terme », a-t-il dit, soulignant que « leurs colonies couvraient la planète entière ».
« Accuser Israël de génocide c’est le plus gros mensonge du siècle », ose déclarer le premier ministre israélien, citant plusieurs pseudo-experts pour tenter de faire croire à son auditoire qu’Israël a même « empêché un génocide ».
Benyamin Netanyahou s’en est ensuite violemment pris à Zohran Mamdani, le maire « antisémite » de New York, le « copain du Hamas », à cause duquel « beaucoup de juifs ne se sentent plus en sécurité » dans la ville. Il va même plus loin, en estimant que le maire socialiste de New York aurait même « pu tuer tous les juifs » et être l’auteur d’un « génocide ».
Le premier ministre israélien a ensuite accusé le président turc, Recep Tayyip Erdogan, d’être un « tyran ». « Et maintenant, le dernier pays en date à être devenu un super-propagateur de mensonges antisémites est la Turquie », a-t-il lancé.
« La solution à deux États ne peut pas disparaître sous nos yeux »
« Il ne peut pas y avoir de double standard », avait lancé Emmanuel Macron, deux jours plus tôt, en évoquant la situation à Gaza et en Cisjordanie dans le Palais de verre. Le président français participe pourtant pleinement à la violation du principe d’égalité et du respect de la charte des Nations unies qu’il a défendu lors de son discours.
Pour se rendre aux États-Unis, Benyamin Netanyahou a été autorisé de survoler l’espace aérien français. Aucune sanction n’a été émise depuis 2023 à l’encontre du crime de génocide en cours à Gaza par l’armée israélienne ou le nettoyage ethnique en Cisjordanie.
Dans son éditorial dans le quotidien Haaretz, Zvi Bar’el affirme : « Mais si, par le passé, il était la vedette – multipliant les effets d’annonce, les feutres et les pancartes sur la tribune américaine, avec un agenda rempli de rencontres avec des dirigeants mondiaux et des personnalités influentes –, cette semaine, il sera considéré comme persona non grata – au mieux, comme une figure du passé ».
Isolé sur la scène internationale, le premier ministre israélien a fait face à une Assemblée hostile. Il n’a eu de cesse ces dernières années de s’attaquer à l’Organisation des Nations unies, coupable à ses yeux de défendre les droits des Palestiniens et de dénoncer le non-respect des résolutions.
À l’ouverture de la 81e session, le secrétaire général de l’Onu, António Guterres a rappelé dans son dernier discours : « Nous ne pouvons pas laisser la solution à deux États disparaître sous nos yeux ». Il a surtout dressé un constat glaçant, trois ans après les attaques du Hamas du 7 octobre 2023 : l’offensive contre les Palestiniens à Gaza, par le nombre de morts et de destructions, d’une ampleur « sans précédent » au cours de ses années comme Secrétaire général.
António Guterres a condamné « un climat de plus en plus coercitif » et « le spectre d’un nettoyage ethnique » contre les Palestiniens. Il a exhorté les autorités israéliennes à respecter l’ONU, son mandat à Gaza et d’arrêter les attaques contre son personnel et les travailleurs humanitaires.
Outre le non-respect des résolutions onusiennes, des décisions de la CPI ou de la CIJ, la coalition de Benyamin Netanyahou avec le parlement israélien ont voté une loi mettant fin à toute relation entre l’État d’Israël et l’agence d’aide aux réfugiés palestiniens (UNRWA), et lui interdisant toute activité sur le territoire en janvier 2025. Israël a également démoli des bâtiments du siège de l’UNRWA à Jérusalem-est.
Netanyahou en campagne
Le dirigeant cherchait également à s’adresser à son opinion publique. À l’instar de Donald Trump qui a défendu son bilan à quelques semaines d’élections de mi-mandat, Benyamin Netanyahou est lancé dans une campagne pour sa réélection, le 27 octobre.
Devant l’Assemblée générale des Nations unies, Netanyahou tentera de s’adresser au monde comme si Israël occupait toujours un rôle de premier plan. Mais le leadership mondial ne se mesure pas à la capacité de tenir un micro et de sortir des lapins d’un chapeau, mais plutôt au nombre de pays prêts à se ranger à vos côtés une fois le discours terminé. À la fin de l’allocution de Netanyahou, Israël découvrira que le problème n’est plus ce que la « communauté internationale » pense de lui, mais le dirigeant qui le mène à la guerre », concluait Haaretz.
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