Entretien-« Le boycott d’Israël est un moyen essentiel de lutte contre l’occupation », analyse Imen Habib coordinatrice de la campagne BDS en France (H.fr-3/10/26)

« Où que vous alliez en Palestine occupée, les gens vous disent « soutenez la campagne BDS. » », explique Imen Habib. © Villette Pierrick/ABACA Qu’est-ce que le BDS ?

La coordinatrice de la campagne BDS en France, Imen Habib, revient sur l’importance de ce mouvement et son organisation dans l’Hexagone. Elle rappelle que, contrairement aux tentatives de criminalisation du boycott, celui-ci est totalement légal comme l’a reconnue la Cour européenne des droits de l’homme.

Par Pierre BARBANCEY

Qu’est-ce que le BDS ?

Imen Habib, Animatrice de la campagne BDS en France

Cette campagne est née en 2005 à l’appel de plus de 170 associations de la société civile palestinienne. Elle a été créée à la date anniversaire des un an de l’avis de la Cour internationale de justice qui, déjà, demandait, en 2004, le démantèlement du mur de l’Apartheid. C’est une campagne antiraciste, internationale, qui existe aujourd’hui sur tous les continents. Elle est non violente et s’inspire directement de la lutte contre l’apartheid en Afrique du Sud.

Nous menons donc le boycott des produits. C’est une de nos actions les plus connues. Mais nous développons également des campagnes de désinvestissement. Il s’agit par exemple de demander à des entreprises, et notamment des entreprises françaises, qui croient pouvoir tirer impunément profit de la colonisation des territoires palestiniens, de cesser.

Ensuite, nous demandons des sanctions internationales. La Cour internationale de justice elle-même le demande. Si le génocide a pu avoir lieu à Gaza c’est aussi parce qu’aucune sanction effective n’a été mise en place toutes les années qui ont précédé.

Cette campagne est-elle crainte par les gouvernements ?

On a entendu récemment les ministres français et britannique des Affaires étrangères s’y opposer tout en disant qu’il fallait refuser l’importation des produits des colonies.

Ce sont des annonces dont on attend déjà les mesures effectives, mais par ailleurs, au même moment le porte-parole du gouvernement français déclarait que les relations avec Israël allaient être renforcées. C’est cynique et hypocrite. Et absolument insupportable. Même si le génocide ne fait plus la une des grands médias, eh bien il continue à Gaza aujourd’hui. Et heureusement que des médias comme l’Humanité en parlent.

Comment s’organise en France cette campagne pour BDS ?

Cette campagne est de plus en plus présente en France. Il y a aujourd’hui de très nombreuses organisations, des groupes locaux, des syndicats dont beaucoup de la CGT, et des camarades aussi partout en France, des différents partis, notamment du Parti Communiste français, qui se mobilisent sur la campagne BDS.

On essaie de la développer partout dans le pays. Il y a à peu près une trentaine de comités locaux un peu partout en France. Mais il est important de savoir qu’on peut aussi participer à cette campagne BDS et en tout cas être acteur là où on se trouve, dans la ville où l’on vit ou l’on travaille.

Comment cela se passe-t-il ?

On organise des tables d’information, principalement les actions BDS, c’est des actions devant des centres Carrefour. C’est une campagne que l’on mène avec l’association France Palestine Solidarité depuis plusieurs années. Nous avons appris que non seulement Carrefour avait des partenariats avec deux entreprises israéliennes complices de la colonisation, mais aussi que durant le génocide, Carrefour avait ouvert des hypermarchés, surtout en Israël, et qu’ils avaient conclu un partenariat à hauteur de 15 millions d’euros avec le gouvernement génocidaire israélien.

C’est extrêmement grave et pour finir, 8 magasins franchisés dont 2 sous enseigne Carrefour ont ouvert pendant le génocide dans les colonies. Les colonies qui sont des crimes de guerre au regard du droit international. Donc malheureusement, au lieu de comprendre les leçons même de l’histoire, Carrefour continue sa complicité et c’est pourquoi Carrefour est devenue une cible du boycott aujourd’hui.

Est-ce qu’il y a une tentative de criminalisation de cette campagne par le pouvoir en France ?

Il est important de souligner qu’on a effectivement tenté de nous criminaliser toutes ces dernières années. Il faut rappeler à tout le monde que cette campagne est définitivement légale. Elle est protégée par un avis de la Cour européenne des droits de l’homme, rendu le 11 juin 2020, qui statue que le boycott relève de la liberté d’expression.

La Cour européenne est même allée plus loin en condamnant la France à verser plus de 100 000 euros de dommages et intérêts pour avoir poursuivi et tenté de criminaliser des militants BDS non violents pour une simple distribution de tracts devant un supermarché. Ils menaient une simple information aux consommateurs et la France a été condamnée pour avoir entravé leur liberté d’expression. C’est important. Nous faisons face à de nombreuses tentatives de criminalisation qui ne fonctionnent pas parce que la justice, comme le droit international, est de notre côté.

Nous avons le droit avec nous peu importe les tentatives. On le voit avec des groupes pro-israéliens comme El Net, qui agissent avec des députés à l’Assemblée nationale. On le constate aussi avec toutes les plaintes pour apologie du terrorisme qui sont menées contre beaucoup de personnalités et de militants. Nous sommes vigilants là-dessus et surtout nous considérons que le moyen essentiel de lutter contre cette criminalisation, c’est d’agir. Notre place est sur le terrain, dans la rue, pour développer la campagne BDS. C’est finalement notre façon de leur dire qu’on ne se laissera pas faire, qu’on est là, qu’on résiste aux côtés du peuple palestinien. Nous sommes du bon côté de l’histoire.

Source: https://www.humanite.fr/monde/boycott-produits-israeliens/le-boycott-disrael-est-un-moyen-essentiel-de-lutte-contre-loccupation-analyse-imen-habib-coordinatrice-de-la-campagne-bds-en-france

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